‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 8 sur 72 · PRE ES F · texte numérisé non relu

PRE ES F

suit chez les peuples les diverses périodes de leur civilisation. L'histoire nous montre lesprit humain portant successivement son activité sur les divers objets de ses intérêts ou de ses croyances, et n’atteignant un but que pour le remplacer par un autre. Prétendre l'arrêter au milieu de cette marche, c’est se croire le pouvoir de changer les lois de sa nature, qui ont fait de la spontanéité de la pensée le plus bel attribut de son espèce. Mais les hommes de génie, qui du sein de la masse proclament les opinions qui l’agitent, ne sont pas tant la cause du mouvement général, qu'ils ne se développent eux-mêmes à son aide, et leur ascendant n’est vraiment grand, que quand il s'exerce dans le sens des idées régnantes , comme les effets produits par léloquence sur une multitude ne le sont que dans le sens des passions qui la tourmentent. Il n'yaen morale et en politique de grandes et de stables révolutions que celles qui sont faites dans l’opinon, alors qu’ils en annoncent la nécessité.

Tout ce qui dépasse l'esprit du siècle n’exerce sur lui qu'une influence nulle ou éphémere.

Quand Charlemagne organisoit, au milieu de

l’Europe encore barbare, les élémens de la civilisation , il ne faisoit que livrer cet ouvrage d’un autre temps aux causes de destruction qui en provoquèrent la dissolution aprés sa mort.

Et qu'on ne s'étonne point de cette influence des circonstances sur les œuvres de l'intelligence. Qu'est-ce que le nombre d'idées que l'esprit le plus indépendant ne doit qu'à lui seul, si on le compare à l'immense quantité de celles qu’il tient de ses semblables ? Quels sont les préjugés nationaux, les erreurs populaires que des hommes de génie n'aient point partagés, propagés même ?

Quelle est l’histoire quinenous montre point les esprits les plus privilégiés attachés à leur siècle et en recevant l’ineffaçcable empreinte ? Sans doute, il est difficile, dans cette influence réciproque des hommes sur les circonstances, et des circonstances sur eux, de déterminer avec précision ce que ia société reçoit et ce qu’elle donne; ce qui rattache un grand homme à son siècle, et ce qui Pélève au-dessus. Mais cette influence

existe ; on l'aperçoit dans tous les événemens

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