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CHAPITRE III

INTRODUCTION A L’EXAMEN DES OBJECTIONS. — COMMENT IL FAUT CROIRE LA VÉRITÉ.

Nous sommes restés jusqu’ici sur le terrain des arguments positifs et de l’affirmation. Nous n’ignorons pas combien les questions retenues sur ce terrain obtiennent comparativement peu d’attention. On en accorde davantage aux considérations négatives et indirectes. On dirait que les rayons obliques sont plus vife et plus chauds. Plusieurs s’attachent à une question par ses seuls côtés négatifs, et sont moins émus de l’exposition d’une vérité que de la réfutation d’une erreur. Ils aiment mieux croire par voie d’exclusion que par voie d’admission. Nous devons compatir à cette inclination, à cette faiblesse peutêtre, sans renoncer jamais à la preuve positive et sans lui refuser son rang. Car il faut que les esprits s’accoutument à chercher la vérité chez elle, et ne se bornent point à la rencontre qu’ils en peuvent faire chez des tiers. Il faut qu’ils sachent la trouver dans sa notion même, dans la nature des choses, et qu’ils ne prétendent pas n’arriver à elle qu’à travers mille erreurs abattues. Ce chemin, je l’avoue, est celui de

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plusieurs, celui du grand nombre peut-être. Dieu choisit à chacun sa voie, qui, par lui choisie, est la bonne assurément. Mais notre devoir demeure ; et la marche régulière de l’esprit n’est pas d’épuiser toutes les erreurs avant de se fixer dans la vérité.

Toutefois la tâche du défenseur des principes resterait incomplète, et son but, relativement à un grand nombre d’esprits, ne serait pas atteint, s’il n’abordait pas les objections : je ne dis point précisément s’il les laissait sans réponse, puisque la réponse est impliquée dans la démonstration positive par laquelle on aurait commencé ; la vérité tue à distance, comme la flamme allumée par le roi de Babylone tua, sans qu’on les y jetât, les malheureux exécuteurs de sa vengeance. Mais bien que la réfutation de l’erreur soit comprise dans la démonstration et même souvent dans la simple exposition de la vérité, il faut aussi chercher l’erreur sur son terrain et lui porter des coups directs. C’est pourquoi, dans une seconde partie, nécessairement plus étendue que celle qui renferme l’exposition des principes, nous allons examiner les objections qu’on élève contre ces mêmes principes ou contre leur application; car on fait, il faut bien le remarquer, cette distinction étrange, comme si l’application d’un principe vrai pouvait être fausse, ou comme si un principe faux pouvait avoir des applications vraies. Mais nous demandons au lecteur la permission de faire d’abord quelques réserves, et de régler, pour ainsi dire, avec notre partie adverse, les conditions du corn liât.

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Les objections dont notre thèse est l’objet sont de deux sortes : les unes sont tirées de la nature des choses, et on peut les appeler objections à priori: nous leur opposerons le principe que nous avons tâché d’établir dans la partie précédente ; — les autres sont pratiques ou à posteriori : ce sont les difficultés d’exécution que l’on allègue, soit qu’on admette le principe, soit qu’on ne l’admette pas. Les réflexions sur lesquelles nous demandons au lecteur la permission de l’arrêter un moment portent exclusivement sur cette seconde espèce d’objections.

On ne serait pas obligé de nous presser pour nous faire convenir que tout ce qui est vrai est utile, et que les résultats définitifs d’une théorie sont la contreépreuve naturelle de sa vérité. Mais voici ce que nous n’accordons pas.

Nous n’accordons pas que des inconvénients même prouvés, même graves, accusent de fausseté un système, attendu que dans un monde corrompu le meilleur des systèmes ne saurait être sans inconvénients.

Nous n’accordons pas qu’on puisse mettre sur le compte d’un principe les embarras et les inconvénients qu’entraîne fort naturellement le retour à ce principe, s’il a été longtemps oublié et méconnu, et si le principe contraire, organisé de longue date dans la société, en a pénétré toutes les parties et modifié tous les éléments.

Nous n’accordons pas qu’un principe doive être abandonné parce que sa réhabilitation présente des difficultés et fait prévoir, même à coup sûr, des dan-

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gers : le plus grand des dangers (je dis plus grand que tous les autres ensemble), la source la plus inépuisable de difficultés, est dans la méconnaissance du principe : tout ce qui donne un démenti à la nature de l’homme et à la loi de Dieu, tout ce qui est contraire à l’ordre moral, est plus contraire, plus préjudiciable x l’ordre extérieur que toute réforme qui ramène l’humanité au vrai, fut-ce à travers la plus violente . tempête.

La foi n’est pas seulement la ferme assurance que tout finira bien pour celui qui croit : elle est d’abord l’adhésion de l’âme à un principe. Or, un principe n’est pas vrai parce que ses applications sont heureuses, mais elles sont heureuses parce qu’il est vrai. Ainsi un devoir accompli porte toujours dans son sein le germe d’un bonheur; mais ce n’est pas à cause de cela qu’il est devoir. Il est obligatoire en lui-même et indépendamment de ses conséquences, quoiqu’il soit impossible que ses conséquences ne soient pas bonnes. Le mot même de devoir emporte cette garantie. Personne ne peut, au fond de son âme, concevoir une vertu qui rende malheureux ; le sacrifice a toujours son dédommagement, au dedans ou au dehors de l’homme, plus tôt ou plus tard, ici ou ailleurs : n’importe, ce dédommagement est assuré, complet, surabondant. On le sait, on le sent; mais celui qui, en outre, voudrait le voir, serait mal pénétré du sentiment de l’obligation. Mettez d’abord le principe à l’abri, hors de question ; après cela seulement calculez, si vous le voulez, les conséquences. Quand Jésus-

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Christ blâme l’imprudent qui, voulant bâtir une tour, ne suppute point d’abord ce que cette construction lui coûtera et si ses moyens y pourront suffire, il veut gourmander le zèle présomptueux des hommes dont l’esprit est prompt et dont la chair est faible; mais, au fond, nous n’avons pas, en fait de religion et de morale, le choix de bâtir ou de ne point bâtir; chacun a sa tour à élever, et les frais n’entrent point en considération dans un devoir indispensable. Il y a des devoirs relatifs, il y en a d’absolus ; les premiers, qui ne sont à l’égard des seconds que des moyens, peuvent varier ; les seconds sont immuables : il faut bien apparemment qu’il y ait dans la vie quelque chose d’immuable, quelques points fixes, auxquels, à travers les différences et les variations, tout vienne se rattacher (1).

Celui qui n’accepte la vérité que sous bénéfice d’inventaire, a beau protester qu’il croit à la vérité, certainement il n’y croit pas. Et nous qui plaidons ici, au nom du christianisme, la cause de la séparation entre l’Eglise et l’État, nous ne croirions pas à notre propre système, si, en même temps que nous lui attribuons un caractère de vérité absolue, nous nous refusions à nous -même de le défendre et de le proclamer jusqu’à ce que nous eussions montré com-

(i) « Toutes les fois qu’ou traite du général, la vérité est absolue, car absolu et « général sont synonymes. Elle n’est que relative lorsqu'on traite du particulier. « Et pour appliquer cette distinction à la société, la vérité est absolue quand on « traite de la constitution, régie générale de la société, et elle est relative dans les « détails d’administration, régie particulière des individus. » (M. de Bon*ld, Législation primitive.)

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ment il peut être réalisé sans rien troubler ni rien déplacer. Car il n’y a pas de milieu : si l’on peut exciper, contre un devoir absolu, de quelque grand intérêt, on le peut du plus petit; si de l’intérêt de plusieurs, on le peut de celui d’un seul ; si la vérité peut cesser d’être vérité, c’est au choc des moindres inconvénients comme à la rencontre des plus graves ; si l’utile est le critérium du vrai, il faut que ce critérium soit instantané, immédiat, universel; si l’utile est le critérium du vrai, ce n’est pas le vrai qui est vrai, c’est l’utile; en d’autres termes, si le vrai n’est pas vrai par luimême, il n’v a pas de vrai.

Nous avons droit de prétendre que les adversaires de notre théorie n’en fassent pas à moitié; que, s’ils la rejettent comme dangereuse, ils la rejettent comme fausse; qu’ils ne professent pas l’étrange doctrine que ce qui est vrai est mauvais, que ce qui est nécessaire est impossible, et qu’il y a des devoirs qu’on ne doit pas remplir. Qu’ils se décident. S’ils ne peuvent être en tout nos partisans, qu’ils soient du moins en tout nos adversaires. Nous aimons mieux des adversaires complets, c’est-à-dire hostiles au principe de religion sur lequel nous nous sommes fondé; ils sont d’accord avec nous sur le point le plus grave de tous, c’est que ce qui est vrai a droit d’être, et nous pouvons compter qu’ils nous accorderont l’application de notre théorie dès qu’ils auront pu nous en accorder le principe. Mais ceux qui, accordant le principe sans difficulté, prétendent le retenir captif en lui-même, à l’état, pour ainsi dire, d’un germe incessamment étouffé,

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éternellement infécond, nous leur savons peu de gré de la reconnaissance du principe, nous leur saurions gré plutôt de ne le pas reconnaître.

« Heureux, dit Jésus-Christ, ceux qui n’ont pas vu « et qui ont cru ! » C’est la marque des vrais disciples, c’est le sceau de l’esprit céleste. Or, qu’est-ce à votre avis, que « croire sans voir? » Ce n’est pas seulement tenir pour vrai un fait dont on n’a pas été témoin; c’est encore, c’est surtout acquiescer à un principe en vertu du témoignage que lui rend notre conscience, et indépendamment de toute autre considération. C’est en cela proprement que consiste la vraie foi, la foi qui sauve. L’homme qui croit ainsi, et qui agit selon sa foi , sait bien qu’il ne hasarde rien ; mais comment le sait-il ? Uniquement parce que cette certitude est, impliquée dans l’idée môme du devoir; parce qu’un instinct sublime, auquel il se fie, lui dit, comme à Yauvenargues, que « nul ne saurait en dé- « finitive être dupe de la vertu, et qu’il nous faut « faire hardiment tout le bien auquel notre cœur « nous tente. » Il ne lui en faut pas davantage ; il ne lui en faut pas même autant; car cette réflexion si générale et si simple n’entre pas toujours distinctement dans le mouvement qui le porte à sacrifier l’intérêt au devoir. A plus forte raison la vertu exclut-elle le calcul préalable de l’intérêt prochain et même de tout intérêt temporel : du moins tout ce qui peut se mêler de calcul au sacrifice est-il par sa nature en dehors de la vertu. Si l’ordre moral est constaté sur la terre, si les traditions morales y sont perpétuées,

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c’est par des actes semblables ; et le principe du devoir, qui est la loi du monde invisible, reçoit dans le monde visible une consécration solennelle par le fait des hommes généreux qui s’y attachent sans espérance ou contre toute espérance, et qui, sur la foi d’une idée, tentent hardiment l’impossible. Car, dans la condition actuelle de l’humanité, toute restauration d’une vérité morale est empreinte, aux yeux de la chair, du sceau de l’impossible. Si cette vérité a besoin d’une restauration, c’est qu’elle ne fait plus partie du monde, c’est que le monde s’est organisé à contre -sens de cette vérité. C’est donc un monde qu’elle a à surmonter ou à changer. Tout ayant été arrangé contre elle, il faut d’abord qu’elle dérange tout. Son point d’appui est en elle-même. Son chemin est à travers l’abîme et la nuit. Son avenir est profondément mystérieux ; la prudence aura toujours raison contre elle, le sens commun la réduira aisément au silence. Je transporte par supposition un des sages de ce monde à dix -huit siècles en arrière de celui-ci, et je lui donne une place dans le collège des apôtres. Je hasarde une autre supposition : celle de Jésus- Christ ouvrant une discussion sur le dessein qu’il a formé de donner une religion à la terre. C’est là qu’on verra triompher ce sage selon le monde. Il sera fort contre Jésus-Christ lui-même. Oui, Jésus-Christ s’interdisant d’ouvrir à ses disciples les profondeurs de l’avenir, Jésus-Christ, certain seulement de la vérité de sa doctrine et de la divinité de sa mission, ne saurait, sur le terrain de l’argumentation, tenir tête

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à cet homme. Les entreprises marquées du sceau de la témérité la plus inouïe ont été raisonnables, timides même, au prix de la sienne. Faut-il tout dire? Je ne sais si aujourd’hui même, aux yeux de la sagesse naturelle, cette entreprise est justifiée. C’est une sanglante histoire que celle du christianisme ; les crimes auxquels cette religion a donné lieu ont peut-être surpassé en nombre et en atrocité tout ce que les annales des peuples antiques nous ont conservé de plus effrayant. Jésus-Christ ne disait pas sans une prévision prophétique : « J’apporte dans- le monde le « glaive et non la paix. » Mais cela même, « apporter « le glaive, » est une puissance : et la sagesse humaine n’avait garde de la prévoir. Si elle avait pu croire à cette prédiction, elle aurait pu croire à toutes les autres. Non, l’homme que je suppose ne craint pas pour la paix du monde ; il croirait faire trop d’honneur à la religion naissante. Ce n’est pas elle, c’est pour elle qu’il craint. Comment, sous quelque forme que ce soit, se fera-t-elle jour dans le monde ? Comment Jésus-Christ, le fils du charpentier, l’ami des publicains, le compagnon des pauvres, peut-il d’avance distribuer le monde à ses lieutenants comme une terre conquise? Je ne sais, mais ce que je vois, c’est que Jésus-Christ a dit vrai, et que sa doctrine humiliante, sa doctrine qui ne flattait aucune passion, qui ne conseillait ni la violence ni le bruit, qui repoussait tous les moyens familiers à la politique charnelle, qui se faisait faible à dessein et comme à plaisir, cette doctrine a conquis le monde.

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Eh bien! toute vérité particulière étant une partie de la grande vérité, un fragment d’Évangile, se présente, toute proportion gardée, comme se présentait l’Évangile. C’est toujours la lutte du visible avec l’invisible , de l’esprit avec les sens , du devoir avec l’intérêt, de l’honnête avec l’utile. En général, et à la première vue (car la seconde n’appartient, en science, qu’au génie, en morale qu’à la foi), ce qui parait, ce n’est pas l’accord, c’est l’opposition. Dieu seul est le médiateur, mais le médiateur secret de cette grande antinomie. Lorsqu’elle est visiblement résolue, chacun s’étonne de n’avoir pas prévu, formulé d’avance la solution, tant elle était simple, tant elle était inévitable. Mais qui, dans la plupart des cas, qui donc, si ce n’est Dieu, eût pu la prévoir? Sur quelle indemnité pouvait compter l’homme du devoir, sinon sur la paix intérieure qui suit l’accomplissement du devoir? N’est-ce pas là le vrai salaire de l’obéissance, et tout le reste, pour parler le langage de Jésus- Christ, n’est-il pas donné comme par-dessus (Matth. VI, 33)?

Il n’est pas très difficile d’élever des difficultés contre le devoir, ni très facile de les résoudre, et, dans ce combat, celui qui réclame le devoir a très ordinairement le dessous. Il est clair que, pour juger une théorie par ses résultats, il faut avoir devant les yeux non le produit brut des circonstances au milieu desquelles agira le principe, mais leur produit net, je veux dire le degré d’action et d’importance auquel les aura peu à peu réduites l’action même du principe

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qu’on aura introduit. C’est de cette influence que les adversaires du principe ou de sa réalisation font ordinairement abstraction (1). Adversaires du principe, ils ne s’identifient pas avec lui, ils n’en pressentent pas la marche, ils n’en apprécient pas la puissance : tous ces éléments qu’il faudrait faire entrer dans le calcul sont nuis et non avenus pour eux : que dis-je? plusieurs de ces éléments échappent même au défenseur du principe nouveau. « Quand on a raison, a « dit un homme célèbre, on a toujours plus raison « qu’on ne croit ; » ce qui revient à dire que quand on croit une chose vraie, on ne la croit jamais assez, on ne s’y fie jamais assez, par conséquent on ne voit jamais tout ce qui peut être dit en sa faveur, on n’ose pas même le voir. En tout genre, d’ailleurs, la prévision des obstacles est plus facile et plus commune que celle des moyens, et celui qui nie un principe a toujours plus de pressentiment que celui qui le croît

(0 Un effet prépare tin autre effet; un effet corrige un autre effet. L’Évangile, en rappelant A l'esclave sa dignité d'homme, ne va-t-il pas lui mettre les armes à la main? Que les tyrans se rassurent : l'Évangile a mis la patience au coeur de l'esclave. Mais celte patience éternisera sa servitude ! Ne le craignez pas : l'esclave chrétien est un homme, et quoi que fasse la tyrannie, ce qui est homme sera libre un jour. — Celte doctrine de la déchéance humaine, qui voudra la recevoir ? Personne et tout le monde. Elle irrite l’orgueil humain, mais elle trouve un écho dans la conscience humaine. I,a conscience finira par être plus forte que l’orgueil. — Mais les Césars et leur puissance? Leur persécution, comme un marteau, ne fera que forger le fer sur l'enclume ; l’obstacle deviendra moyen. — Passons au sujet même de ce discours. Le culte national ou plutôt le culte officiel est supprimé; croyez-vous que cette multitude, telle que vous la connaissez, s’en donnera un nouveau ? Non pas celte multitude telle que vous la connaissez, mais oui bien telle que la fera celle nouvelle situation ; c’est là ce qu’on oublie. Combien va être précaire la position des pasteurs ! Pourquoi, si celle liberté donne au troupeau un sentiment plus sérieux de la religion et du culte, et s'ils s’attachent à des institutions qui sont leur ouvrage, et dont ils ont désormais à répondre ?

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et qui le soutient. Chacun de nous peut se rappeler quelque entreprise qui, d’abord vivement combattue par des hommes d’autorité, a été néanmoins couronnée de succès. Les objections dont on l’assaillait sont reconnues fausses; il y a mieux, elles paraissent absurdes après coup; on s’étonne de les avoir trouvées spécieuses; et les hommes clairvoyants, pénétrants, à qui elles ont fait tant d’honneur jusqu’à ce que l’événement les ait réfutées, ne passent plus (autre injustice) que pour des esprits subtils et creux. II ne faut qu’avoir un peu étudié, dans les livres qui les conservent, les opinions de chaque temps, pour être bien convaincu que, dans un ordre de choses où l’élément moral domine, la prévision humaine est peu de chose. Quelques esprits prophétisent admirablement le passé; l’avenir a peu de confidents. Ceux-ci sont les hommes de génie de l’histoire et de la politique; et combien d’erreurs encore! combien de déceptions! combien peu d’entre eux ont réglé leur montre sur l’horloge des siècles! La politique séculaire n’est pas à l’usage de l’esprit humain. Et qu’est-ce encore que l’élément moral, avec son ressort incalculable, ses mouvements imprévus, 3es caprices apparents (car il n’en a point de réels), auprès de l’intérêt des questions religieuses? Celles-ci dominent en secret toutes les autres; leur action mystérieuse et profonde trompe tous les calculs ; tour à tour elle reste en deçà ou passe au delà des craintes et des espérances; elle tend le piège le plus invisible et le plus inévitable à la politique mondaine. Il est vrai

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que la prophétie divine porte vers l’avenir et vers un point déterminé le regard de la foi, mais c’est de loin et sans marquer les intermédiaires, afin que le croyant soit tout ensemble encouragé et ne le soit pas trop, et que la conscience de la vérité, du devoir et du droit, demeure toujours pour lui la première et la souveraine prophétie.

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