‹ Essai sur la manifestation des convictions religieusesChapitre 4 sur 52 · XII ■ PREFACE · texte numérisé non relu

XII ■ PREFACE

un jour dans quels rangs politiques la séparation compte le plus d’adversaires.

L’Essai, disent quelques-uns, a un immense défaut, c’est de méconnaître la nature humaine et les faits, et l’on rappelle ici un mot de la grande Catherine à un théoricien d’une autre école que la mienne. «Vous travaillez, disait-elle, sur « le papier, qui souffre tout, et nous autres malheureux rois, « nous travaillons sur la chair humaine. » Cette pensée en a perdu plusieurs. Tout n’est pas chair dans l’homme; il y a, même dans l’homme naturel, une âme avec laquelle il faut compter et de laquelle on doit attendre quelque chose. Il faut bien sans doute prendre l’homme où on le trouve, mais il ne faut pas l’y laisser. Le mot de Catherine, pris en sens absolu, est une fin de non-recevoir contre les principes, contre l’invisible, contre l’idéal, — contre Dieu. Comptons avec les faits, mais que les faits comptent avec les principes.

Je n’ajouterai qu’un mot. Il n’y a rien de commun entre la thèse que j’ai défendue et ce qu’on appelle communément la dissidence. Je ne vous dis pas : séparez-vous de votre Église, mais séparez votre Église de l’État. Il ne s’agit pas de la détruire, mais de l’affranchir. Il s’agit aussi, au moins éventuellement, d’affranchir l’État. Avant de renverser l’Église, voyez si vous pouvez la réformer. Cette réforme ne serait pas moins évangélique que celle du seizième siècle.

On vient de voir par la préface de la traduction allemande fie l’Essai, que M. Vinet a fait, pour cette traduction, des changements assez importants à son ouvrage. Il avait réuni sous un même pli, trouvé parmi ses papiers et portant ce titre : Corrections et additions [jour l'Essai sur la manifestation des convictions religieuses, tous les morceaux qu’il voulait utiliser dans une nouvelle édition française. Ses indications à cet égard sont si précises qu’il a été facile aux éditeurs de s’y conformer. Pour les transpositions et quelques courtes suppressions qu’il avait jugées nécessaires, ils n’ont eu qu'à suivre la traduction où il les a réalisées. C’est donc de l’auteur, quoique paraissant après sa mort, que cette seconde édition a reçu sa forme définitive. — Les Editeurs.

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