POURQUOI LE GOUVERNEMENT NE PEUT PAS METTRE LA RELIGION DANS LES LOIS
On nous a fait une objection à laquelle nous croyons bien avoir répondu d’avance, mais à laquelle pourtant nous croyons utile de consacrer ici quelques lignes. On nous a dit que, d’une part, nous refusions à l’État une conscience, et que, de l’autre, nous lui imposions des devoirs, tout au moins celui de protéger la liberté religieuse : deux assertions contradictoires, puisque c’est par la conscience que le devoir est perçu. Voici ce que nous avons répondu au savant ecclésiastique qui nous a fait cette objection :
« On devrait, en métaphysique, éviter comme le feu les personnifications et les métaphores : on y retombe sans cesse. On devrait , avec plus de soin encore, se garder d’employer un même mot dans deux acceptions différentes : et peu de gens évitent cet écueil. Il peut donc y avoir contradiction
APPENDICE
dans mon langage : il n’y en a point dans ma pensée. Je n’ai pas songé à prescrire des devoirs à un être ou à un objet qui n’a point de conscience. C’est aux gouvernements, par conséquent à des individus, que je prescris des devoirs, et je pars, pour les leur imposer, d’idées que je crois communes à tous, identiques à tous; et il faut qu’il y en ait de pareilles, sans quoi ni vous ni moi nous ne pourrions prêcher. Or, le devoir que j’impose aux gouvernements, c’est de ne pas individualiser l’État, qui n’est pas un individu, c’est de ne pas agir au nom de l’État comme si l’État avait une conscience et des convictions religieuses, comme si l’État représentait la vérité absolue, ou même simplement la vérité. Le gouvernement a sans doute atfaire aux idées ; il constate* recueille, promulgue les idées de tous, les idées sociales, les idées humaines; c’est un fait qu’il accepte et qu’il applique; mais ce n’est pas comme idées de l’État, comme convictions de l’État en tant qu’État, qu’il les accepte et qu’il les applique. La conviction religieuse étant individuelle, et l'État n’étant pas un individu, le gouvernement, le pouvoir social, ne peut pas mettre la religion dans les lois. »
NOTE III, page 227.