DÉPENDANCE DES PASTEURS
On a beaucoup insisté sur la dépendance oii seront nécessairement les pasteurs dans les communions séparées de l’État. Il faut bien s’entendre. On ne veut pas dire sans doute qu’on trouve plus commode la position du pasteur rivé à sa paroisse par l’autorité civile. Une position moins commode n’en serait pas pour cela moins vraie ; le ministère n’en est pas moins béni pour être plus douloureux, et les ministres fidèles, ne faisant nul cas de leur vie, ne sauraient faire plus de cas des aises de la vie. On veut dire sans doute qu’une situation précaire, étant une douleur pour la chair, est un péril pour la fidélité. Quoi qu’il en puisse être, la garantie offerte au pasteur par l’État serait un singulier préservatif ou un étrange remède. Rendre une fois pour toutes, et constitutionnellement, les pasteurs dépendants, afin de les soustraire à la dépendance, les préserver d’une dépendance éventuelle par une dépendance actuelle et certaine, c’est
<• tienne et de la Réformation, et contribue puissamment à exciter un intérêt go- « néral pour les choses religieuses. » (Ullhasn.)
— « On donne un berger à des. moutons, mais des chrétiens élisent leur pts- « leur. » (IU nas.;
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ressembler à ceux qui se plongeraient dans l'eau jusqu’au cou pour éviter la pluie. Si l’on trouve à propos d'appeler indépendante une telle position, il serait bon de savoir si cette indépendance vaut mieux que la dépendance qu’on appréhende. Et quand cela serait , beaucoup de gens, fort attachés à l’union des deux sociétés, ne regardent pas cette indépendance comme un corollaire indispensable de l’union. Nous avons vu, à la fin de la note précédente, que, dans ce parti même, des hommes respectables réclament la nomination des pasteurs par les paroisses. N’est-ce pas, dans un sens, mettre les pasteurs à la merci des troupeaux ? Et comment leur prouverez-vous que l’indépendance d’une communauté est moins respectable que celle de l’individu? Car il faut prendre garde que l’indépendance de l’une des parties fait la dépendance de l’autre, et toute la question se réduit à savoir si c’est la société qui doit dépendre de son fonctionnaire, ou le fonctionnaire qui doit dépendre de la société. Même dans le catholicisme, où le pasteur n’est point pasteur par le fait du troupeau, les postes vacants ont été plus d’une fois repourvus par voie d’élection populaire. Il paraît assez naturel que ce qui, chez les catholiques, est devenu l’exception, soit la règle chez les protestants.
Quand on objecte à notre système la situation dépendante des pasteurs, on part d’une supposition et non pas d’un fait ; on suppose que la séparation entraînera nécessairement une constitution démocratique de l’Église. Je consens à raisonner dans cette hypothèse, et je ne nierai point, à ce compte, le péril ou l’épreuve dont on parle. La tentation de gagner ou de retenir un troupeau par des complaisances indignes se présente, nous n’en doutons pas. Mais c’est la même à laquelle sont exposés tous les hommes dont la position, l’existence même , dépendent de l’opinion, et toute la différence que j’y vois, c’est que, dans le cas du ministre, les concessions sont plus coupables et de plus grande conséquence. Mais d’un côté j’attends encore qu’on me prouve que cette
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position n’est pas ce qu’elle doit être, j’attends qu’on me nomme une position qui soit sans péril et sans tentation ; et je dis enfin qu’un ministre est un apôtre, un homme extraordinaire , la voix de Dieu et de l’Éternité, le successeur de tous les martyrs, l’imitateur de Jésus-Christ, le Cyrénéen qui lui aide à porter sa croix. Le péril est grand, l’office est grand, la responsabilité est grande, la récompense plus grande encore.
Mais pourquoi d’ailleurs raisonner dans une hypothèse gratuite en tant qu’elle est absolue? On nous montre le pasteur jouet des caprices de son troupeau. Les choses se passent-elles constamment ainsi ? La religion ne crée-t-elle pas d’autres rapports? L’observateur que nous aimons tant à citer, quoiqu’il n’ait point embrassé notre théorie, le docteur Julius, a vu avec un déplaisir que nous partagerions les ministres soumis sans ménagement à un contrôle injurieux de la part des laïques. Ce n’est du moins ni chez les catholiques, ni chez les anglicans, ni chez les wesleyens, communions qui, pour être indépendantes, n’en sont pas plus démocratiques. Mais enfin nous voulons croire qu’en d’autres églises ce contrôle, dont nous ne saurions repousser absolument le principe, a présenté ce fâcheux caractère, et qu’en plus d’un lieu, en Amérique, l’équilibre qui doit exister entre l’élément laïque et l’élément clérical a été rompu au préjudice du dernier, et par conséquent au préjudice de l’Église ; mais ne devons-nous pas ajouter que des Américains bien informés attestent que les pasteurs ne sont point à la merci de leurs troupeaux? Nous l’aurions présumé. Nonseulement nous croyons que la fidélité n’a point la plus mauvaise chance, mais nous pensons que la prévision contraire repose sur une singulière idée du principe générateur des sociétés religieuses, et sur une vue étroite de l’avenir religieux du monde.
Il y a, nous en convenons, peu de fond à faire sur une société religieuse toute factice, qui n’est plus une société si
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elle le fut jamais, et qui ne peut le redevenir; on ne peut non plus se fier à la solidité de vues et d’esprit de ces sociétés plus réelles, mais improvisées et transitoires, qui sortent comme par ébullition du sein dormant de nos vieilles agrégations ecclésiastiques : il y a des fantaisies de toutes sortes: il y en a de théologiques, et ce ne sont pas les moins fantasques; mais ce serait méconnaître l’homme et la religion que de transformer en règle ces exceptions et ce6 moments. Sous quelques auspices que se soit fondé un établissement religieux, il tend à la régularité et il aspire à la durée; l’or.ire, l’autorité, la gravité sont les premiers éléments qu’il s'approprie; et ce n’est que dans des temps maladifs et -sous l’influence de circonstances très particulières que les hommes peuvent s’aviser de jouer à la religion. La consistance est la première des bienséances pour tous ceux qu’un mouvement spontané a portés à circonscrire leur vie dans la forme d’une religion, et cette tendance est même si forte qu’elle menace incessamment de coaguler le principe religieux dans les veines de la société ecclésiastique. Il n’est aucun système qui ne se donne des garanties contre sa propre instabilité; combien plus n’en trouve-t-on pas dans ces confédérations d 'Églises qui se forment d’elles-mêmes, dans l’entière liberté de ne se point former? Là la tradition ne tarde guère, et l’autorité ne tarde point. Une idée de religion ne s’attache que trop tôt peut-être aux institutions qui s’élèvent autour de la religion. On sent que la stabilité, non l’inconstance, convient à la religion, qui représente, au milieu des changements de la scène du monde, l’idée de l’immuable et de l’éternel.
Dans le système de la séparation comme dans celui de l’union, l’individualité du prédicateur est menacée par l’entraînement de l’opinion. Ce que beaucoup de personnes pensent et veulent, chacun de ceux qui se trouvent dans la même sphère d’attraction est tenté de le penser et de le vouloir. Nous ne prétendons pas empêcher l’impossible; nous
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(lisons seulement qu’il n’y a rien là que de naturel; la raison, la conscience n’ont, pour ainsi dire, qu’à se bien tenir. 11 n’y a rien de faux à la base de cet état de choses; il n’y a aucun principe violé. Il est impossible d’en dire autant du système qui donne à la société politique le moindre contact légal avec la société spirituelle. Indépendamment de toutes les conséquences probables du principe mis en œuvre, il y a dans la seule adoption du principe un démenti infligé aux vérités sur lesquelles repose toute la moralité humaine.
NOTE IX, page 390.