SCIENCES MÉDICALES
Du cancer du rectum .
Le cancer du rectum doit être confondu avec le cancer siégeant dans tout autre lieu , sous le point de vue du pronostic et du traitement général approprié à la cachexie cancéreuse.
Les causes sont aussi les mêmes que celles qui produisent les autres cancers ; il faut néanmoins y joindre l’enté rite chronique , ainsique le font remarquer Bayle et M. Cayol, l’accumulation de matières fécales dans cet intestin et la dégénérescence des tumeurs hémorrhoïdales. Cette affection se rencontre plus fréquemment chez la femme que chez l’homme.
Lorsque la maladie commence , elle cause de la gêne dans la partie où elle siège , ainsi que des douleurs lancinantes ; à une époque plus avancée la douleur est continue, mais elle est aggravée parles élancements ; quelquefois cependant le malade n’accuse pas de douleur, et il n’est averti de la présence du cancer que par la gêne progressive que le tissu cancéreux apporte à l’excrétion des matières stercorales et par la forme rubanée , ou cannelée , qu’il imprime à ces matières. Le toucher, du reste, est d’un grand secours pour le diagnostic. Le cancer du rectum a plus de tendance à s’étendre du côté du colon qu’à se porter vers l’anus.
L’engorgement lymphatique du pourtour de l’anus,
ou des tumeurs bémorrhoïdales bien prononcées ou ramollies et ulcérées, peuvent être confondus aveç le cancer du rectum ; cependant les tumeurs lymphatiques s’affaissent sous une tumeur prolongée , et les hémorrhoïdes disparaissent après l’écoulement du sang qui les distend ; il y a d’ailleurs , dans ces deux cas , absence des signes de diathèse cancéreuse.
Le traitement palliatif consiste principalement dans un régime diététique convenable et dans l’emploi de préparations opiacées , administrées par la bouche , et portées dans le rectum sous forme liquide , en injection, ou sous forme d’onguent étendu sur une mèche. M. Bouillaud veut, avec raison , que les aliments difficiles à digérer et qui donnent lieu à un résidu considérable , ceux dont la digestion est accompagnée d’une quantité considérable de ga^et les boissons stimulantes soient sévèrement proscrits. Les malades doivent aussi prendre des lavements émollients. Dans certains cas où le cours des matières est complètement intercepté par suite d’une dégénérescence cancéreuse peu étendue du rectum , l’établissement d’un anus artificiel ou contre-nature sauverait peut-être la vie du malade. Ainsi le traitement palliatif indiqué pourrait devenir curatif, en permettant à la nature ou à l’art de donner une issue aux matières fécales.
Les moyens curatifs , si toutefois le cancer confirmé peut jamais être guéri, sont la compression et l’extirpation.
L’extirpation n’est presque jamais praticable, car on ne doit pas la tenter lorsque la maladie affecte un point des cinq-sixièmes supérieurs où le rectum est revêtu par le péritoine , à moins qu’une adhérence bien établie ne permette de ne pas craindre d’ouvrir aux matières fécales une issue qui deviendrait promptement une cause de mort.
Dans le cas où l’opération est praticable, il faut, après s’être bien assuré , parle toucher et à l’aide du spéculum , des formes et dispositions du cancer à attaquer, faire placer le malade comme pour la taille latéralisée , lui faire faire des efforts de défécation , et si l’on est assez heureux pour voir saillir la tumeur au-dehors, la saisir et l’emporter par une incision circonscrivante ou par deux incisions semielliptiques.
M. Lisfranc a prouvé qu’on pouvait exciser une partie assez considérable du rectum. Ce chirurgien fait , à un pouce environ de l’anus , deux incisions semi-lunaires qui , divisant les parties jusqu’aux couches superficielles, se réunissent en arrière et en avant du rectum; il dissèque ensuite en dirigeant perpendiculairement le bistouri sur l’intestin qui est isolé de toutes parts ; puis , introduisant le doigt à demi -fléchi dans le rectum, il le fait saillir endehors jusqu’au point où il veut en opérer l’excision qu’il effectue avec les ciseaux courbes sur le plat ou le bistouri.
Les moyens hémostatiques à employer, soit dans
ce cas , soit dans le précédent , sont la ligature , si on le peut , ou le cautère actuel , ou le tamponnement.
La compression doit être précédée de saignées capillaires. M. Bégin rapporte qu’au Val-de-Grâce , après avoir porté des sangsues à l’aide du spéculum jusque sur les parties tuméfiées , il obtint un succès étonnant de ce procédé. Il l’exerçait à l’aide de longs pessaires en gomme élastique , renflés à la portion de leur extrémité qui devait correspondre à la maladie, rétrécis à leur base que l’anus embrassait, garnis au-debors d’une plaque étroite propre à loger dans le sillon des fesses , percés dans toute leur longueur d’une ouverture destinée à laisser sortir au besoin les gaz stercoraux, et tellement disposés que les malades pouvaient les porter longtemps sans en éprouver la moindre gêne et sans qu’aucun appareil fût nécessaire pour les maintenir.
M. Récamier préconise beaucoup la compression , et assure que si elle ne réussit pas dans le plus grand nombre de cas , c’est qu’elle n’est pas employée d’une manière convenable , ni modifiée comme elle devrait l’être suivant les périodes du traitement et de la maladie elle-même. Il donne dans ce sens un grand nombre de préceptes dans son ouvrage spécial sur le traitement de cette affection. Desault paraît s’être aussi servi de la compression , puisqu’il employait des mèches dont il augmentait graduellement le volume. Malheureusement l’efficacité de la mé-
tliodc par compression est foin de tenir, à ce qu’il paraît, les espérances qu’elle avait fait naître. Toutefois , je ne me prononce ni pour ni contre , la matière a besoin d’un plus ample informé , et ce n’est pas moi qui déciderai dans cette question où les hommes les plus habiles en la matière restent dans le doute. Du reste, la question ayant été posée dans les sciences médicales , je me suis peut-être même trop avancé ; mais les divisions se touchent , et la médecine et la chirurgie font partie d’une même science.
Note A, page 16.
La question que la liaison des idées m’a obligé de soulever ici est une des plus ardues de la physiologie. Bien que pour moi elle soit décidée , et par le sentiment des ignorants ( qui a une valeur lorsqu’il est ainsi universel ) , et par l’observation faite attentivement sur moi-même , et par l’opinion des savants les plus recommandables, je n’ignore pas qu’il est des faits qui paraissent aller contre l’opinion que j’ai émise.
Toutes les expériences faites après décapitation ne sont-elles pas annihilées , depuis que , l’existence du fluide nerveux étant démontrée , son identité ou sa ressemblance avec le fluide magnétique terrestre a été constatée? Les prétendues sensations ne sontelles pas simplement des phénomènes électro-magnétiques dont l’animal acéphale n’a plus conscience ?
Peut-être encore ici les discussions interminables des savants sur ce point ne sont qu’une longue logomachie. Les partisans de Mallebranche, de Descartes, de Leibnitz , de Stahl , de Haller , de M. de Lamarck
ne peuvent discuter sur la question de savoir, si le centre des sensations est, oui ou non , le cerveau , avec F. Bérard qui commence ainsi son chapitre premier de sa Doctrine des rapports du physique et du moral : « Si un corps extérieur ne touche par » quelque point; si une couleur frappe mon œil, un «son mon oreille, etc., j’éprouve un changement >> d’état dans ma manière d’être , une modification «qu’on nomme sensation. Nous n’avons d’autre no- « tion directe de cette modification , que celle du sentiment même que nous éprouvons. On doit donc « rejeter comme hypothétique toute définition de la « sensation , qui n’est pas phénoménale , qui sort de ce « sentiment , qui est prise , par exemple , de la nature supposée de cette modification (les matéria- « listes , les idéalistes et les théosophes , tels que «Mallebranche, Berkeley, etc. etc.), de son but final «(Descartes), de notions intellectuelles, intuitives, «innées, antérieures à la sensation même (Leibnitz, «Stahl), pu d’une identité vague avec la sensibilité « vitale. Une semblable définition détruirait l’idéo- «logie , en la faisant reposer sur une base ruineuse, « comme l’histoire du passé le confirme. »
«Nous ne pouvons que comparer ce phénomène « avec les phénomènes moraux , physiques et vitaux; « constater les analogies et les différences qui le rap- « prochent ou le séparent des uns et des autres ; éta- « blir ses lois , ses conditions organiques , vitales et «morales; constater ses caractères propres et dis-
» tinctifs ; le rapporter à une cause expérimentale , >*à une force particulière : car tout effet, au-delà » duquel on ne peut pas aller , dans l’ordre de l’ob- » servation des phénomènes , suppose une cause , » quelque inconnue qu’elle soit ; toute action primiy> tive suppose une puissance d’agir du même ordre. » Les physiologistes qui admettent la doctrine de Barthez , sans modifications , divisent la sensation en sensation physiologique qui n’arrive qu'au principe de vie , et en sensation métaphysique qui arrive à l’ame. « Ils supposent même que la sensation de » conscience se joint à la vitale, quand cette dernière » est à un haut degré; et que lorsque la réunion a «lieu, la sensation de conscience peut servir de même » à l’autre. J’avoue, dit M. Lordat, à qui nous em- » pruntons ces dernières phrases 1 , que cela ne me «paraît pas à l’abri de toute contestation. »
Voici au contraire, comment Dugès, ultrà-éclectique, envisage la sensation : « Pour la majeure partie des physiologistes, la sensation est une fonction » passive , qui consiste à recevoir Pimpression d’un » excitant , et c’est tout autre chose que la réaction » qui la suit ; pour la plupart des idéologistes mo- « dernes au contraire , la sensation se confond avec » la réaction , ou plutôt c’est la même chose , et les « différents actes d’innervation auxquels on a donné » des noms différents , ne sont que des modes parti-
1 j Doctrine medicale de Barthez , pag. i43.
» culiers de la sensation ; connaître c’est sentir des » impressions, juger c’est sentir des rapports, vouloir « c’est sentir des désirs. Il y a du vrai dans l’une »et l’autre opinion, des analogies et des différences » entre toutes les opérations nerveuses ou senso- » riales , et l’embarras de ces questions d’identité «disparaît, dès que, au lieu de traiter de ces sujets » par forme d’abstraction , on se contente de les » examiner dans les actes mêmes. Ainsi , sans re- » chercher si la sensibilité est passive ou non , pro- » blême dont la solution ne dépend en réalité que « du sens qu’on veut attacher aux mots , nous dirons » que la sensation est une opération , qu’elle a par «conséquent quelque chose d’actif, tout aussi bien » que la pensée , la volition , la contraction muscu- «laire; nous ajouterons dès-lors que l’innervation, «toujours active, est, jusqu’à un certain point, » partout identique , et ne varie que selon les portions » du système où on l’observe , et selon les excitants «qui la mettent en jeu; mais rien n’empêchera de » considérer chacune de ces variations comme une «fonction à part, et de lui conserver sa dénomina- « tion spéciale tout en donnant à leur ensemble une «qualification commune, comme nous l’avons fait « en les réunissant sous le titre de fonctions de sen- « sation. Partout , en effet , nous aurons à examiner, « dans leurs degrés divers et leurs modes particuliers, «ces trois choses inséparables : impression, réaction , » transmission. Je dis inséparables, car que serait
» l’impression sans réaction ? Y a-t-il impression là » où un contact est sans résultat? S’il en était ainsi, » ce ne serait pas la peine de s’en occuper. Quant à v la réaction , elle ne saurait être spontanée ; il n’y » a pas d’effet sans cause , et la réaction , c’est-à- » dire l’état actif, est incontestable même dans les »cas de sensation proprement dite , dans ceux qu’on « a crus le plus évidemment passifs et qu’on réduisait » au simple rôle d’impression 1 . »
Dugès reconnaît d’ailleurs des sensations centrales (ce sont celles que les philosophes appellent intellectuelles ou mentales); c’est, selon lui, le transport des sensations internes et externes jusqu’aux masses principales du système nerveux , et notamment à l’encéphale des vertébrés et de l’homme 2.
D’autres ont distingué la sensibilité en percevante, c’est-à-dire nerveuse, perceptible; et en sensibilité latente, c’est-à-dire nutritive, organique. Une telle division a fait dire à M. Richerand 3 les choses étranges que voici. « Comme la contractilité , la sen- » sibilité est très-grande au moment de la naissance, » et paraît diminuer plus ou moins rapidement jusqu’à » la mort. La vivacité , la fréquence des impressions » Fusent de bonne heure ; elle se répare en quelque » sorte , c’est-à-dire revient à sa délicatesse première ,
* DüGÈS , Traité de physiologie comparée , part. III , ch. I.
* Id. , ibid. chap. VII.
3 Nouveaux éléments de physiologie , ioe édition, tom. i,
» lorsque les organes sensibles restent long-temps en » repos. »
Pour ce qui est des opinions de Bichat et de Cabanis, des impressions internes de celui-ci, et des phénomènes du grand sympathique de celui-là , il est inutile , je pense , de montrer ce qu’il y a de vrai dans ces deux systèmes. Ils sont tombés tous les deux dans l’erreur, comme le dittrès-bien M. Adelon, en prenant l’effet pour la cause.
Dans ma division de l’homme, la difficulté est singulièrement diminuée. L’appareil d’animalité reçoit immédiatement l’action sensitive, et agit, ou mieux réagit, en vertu de certaines lois. La force d’intelligence reçoit la sensation , la compare , l’étudie selon qu’elle le veut ou qu’elle s’y refuse. L’ame en a connaissance , en tant que la sensation réveille des idées artistiques ou religieuses. Mais cela a-t-il lieu dans le cerveau? Je ne puis affirmer que cela est, mais je crois que là est le point de départ de la résultante des modifications venues du dehors. Je n’ai point besoin de donner des preuves à l’appui de mon opinion. Les ouvrages de Spurzheim , de Gall, d’Adelon, etc. etc , en fournissent en masse.
Note B, page 67.
Une loi providentielle qui doit être bonne puisqu’elle est, ou qui rest le long châtiment d’une faute commise antérieurement par ceux qui viennent en
ce monde, et qui toujours paraît heurter les idées de justice que nous avons en nous, a réglé que nonseulement nos aberrations organiques influent sur la traduction extérieure de notre sens moral et sur notre intelligence , mais que les descendants des hommes coupables paraissent supporter la peine de la faute de leurs auteurs. L’expression pittoresque de l’Ecriture : Les pères ont mangé des raisins verts et les enfants en ont les dents agacées , n’est pas une simple figure. Les maladies héréditaires, ou les prédispositions aux maladies , sont reconnues par tous les médecins. Ce qu’on n’admet pas aussi généralement, et qui est cependant , je crois, une vérité, c’est l’influence exercée sur le moral des enfants à venir par le moral des pères et mères au moment de la procréation. Guillaume Hufeland , dans son Art de prolonger la vie humaine (p. 222 de V édition de Lausanne j 1809 J, dit: « Quelque difficile qu’il soit de rassembler des faits à cet égard , je pourrais citer des exemples d’enfants qui, ayant été engendrés dans l’ivresse , sont restés imbécilles toute leur vie.» Comme le dit avec juste raison le savant professeur d’Iéna , il est difficile de rassembler des faits à cet égard, c’est ce qui m’engage à rapporter ici l’observation suivante :
En 1883 , je trouvai , dans la bibliothèque publique de Strasbourg , un homme grand , maigre , figure de Paganini , qui tenait plusieurs volumes d’un voyage du Rhin dont j’avais besoin. Voyant
qu’il ne se servait pas de tous , je lui demandais celui que je voulais consulter dans le moment. Il acquiesça poliment à ma demande , mais je compris dans le peu de mots qu’il me dit à cette occasion que j’avais affaire à un fou. M’étant informé à quelques personnes qui était ce Monsieur bien mis, accompagné d’un domestique , qu’on laissait ainsi en état d’aliénation mentale courir les lieux publics , il me fut répondu que c’était un propriétaire aisé d’outre-Rhin , ancien capitaine dans la garde impériale française , brave militaire , fou par intervalle , mais dans les moments lucides rempli de cœur et de raison. Il connaissait parfaitement sa maladie , me disait-on , et en parlait en homme instruit. Ce cas me parut infiniment curieux à étudier d’après le peu que j’en savais , et il l’était encore bien davantage que je ne le croyais. Je fis facilement connaissance avec M. N*** ; tout ce qu’on m’avait dit de lui était vrai. C’était un homme au cœur élevé et à l’intelligence vaste ; mais il y avait deux circonstances importantes qu’on avait oublié de m’apprendre. C’est que M. N*** était devenu aliéné à 42 ans, exactement à l’àge où son père l’avait procréé , étant , après un repas splendide , dans une ivresse gaie mais profonde. M. N*** rapportait, dans les moments de rémission , l’histoire même de sa folie , et reconnaissait qu’il n’y avait pas de remède à son déplorable état. Sa démence , qui consistait surtout dans une exaltation étonnante dans ses gestes, ses
regards , ses paroles , passait quelquefois des semaines entières sans paraître ; mais lorsqu’elle avait lieu , elle commençait le matin d’assez bonne heure et allait jusque vers minuit , où elle cessait presque instantanément. Je n’ai jamais assisté à la fin de ces accès, mais j’en ai suivi plusieurs dans leurs diverses périodes d’exacerbation. C’est de ce fou dont je parle dans mes Feuilles de voyage en Allemagne 3 p. 393; c’est lui aussi qui fixa, dans l’église Saint-Thomas, l’attention de mistress Trolîoppe , et qui lui fait dire que j’écoutais avec une grande attention : « He was conversing in a very animated manner wilh a gentleman whom lie had casually met in the church , and who appeared to listen to him with the deepest interest . «
( Belgium and vestern Germany.J
Note C , page 90.
Des jurisconsultes d’un grand mérite d’ailleurs, tels que Paillet et Touilier, me paraissent professer sur la viabilité de singuliers principes. « Le Code civil, dit ce dernier, en décidant ( art. 312) que l’enfant né le 180e jour du mariage ne peut être désavoué par le mari , fait entendre clairement que l’on doit regarder comme viable l’enfant qui naît le 180e jour de la conception; ce n’est donc qu’à six mois que la loi reconnaît l’enfant viable , quoique les gens de l’art prétendent qu’il est viable à cinq mois aux yeux de la médecine : la loi a sagement
pris un terme moyen auquel il faut s’arrêter. ... Si l’enfant naît avant le 1 80e jour de la célébration du mariage , la loi ne le reconnaît pas viable : l’honneur de la mère et la morale publique exigent qu’on le déclare non -viable plutôt qu’illégitime. » Ainsi, d’après Toullier, le médecin devra déclarer nonviable un enfant qui lui paraîtra l’être ; il vaudrait bien mieux ne pas demander son avis. Je suis on ne peut plus surpris que M. Collard de Martigny, qui est avocat et médecin , se soit rangé de l’avis de M. Toullier dans ses questions de jurisprudence médicale; il faut que l’avocat ait bien aveuglé le médecin.
Pour M. Capuron, la viabilité d’un enfant qui vient au monde n’est autre chose que la possibilité de vivre complètement, et aussi long -temps que le commun des hommes , c’est-à-dire , de devenir un adulte , un homme fait , un véritable membre de la société.
Pour M. Orfila , le mot viabilité s’emploie pour exprimer la possibilité de parcourir, aussi long-temps que le commun des hommes la carrière de la vie extra-utérine. Je ne puis non plus admettre ces deux définitions ; car alors certains hydrocéphales , dont les frères seraient morts à Page de trois ans, par exemple, et qui offriraient les mêmes signes que leurs aînés, devraient être déclarés non-viables, alors même qu’ils devraient vivre le même espace de temps; ce peut être là la viabilité médicale , mais
ce n’est pas la viabilité médico-légale. Pour la viabilité médico-légale , il suffit d’offrir tous les organes réputés nécessaires à la vie , et de vivre détaché de la mère d’une vie véritable et normale. Je dis normale, en ce sens : que la vie extra-utérine ne doit pas être une vie plus ou moins prolongée de la vie fœtale, comme on pourrait quelquefois le faire artificiellement. Le sens de viable , quoique paraissant se rapprocher davantage de via que de vila, a cependant été pris dans cette dernière acception par le législateur; mais il faut que la vie soit une vie réelle et extra-utérine , une vie sociale,
Note D , page 9 1 <
Le magnétisme animal est regardé par certains médecins comme n’existant pas. Cependant le nombre de ces gens qui nient sans vouloir examiner, car la question n’est pas plus compliquée que cela , va tous les jours en diminuant. Assistez aux séances de ceux qui magnétisent , magnétisez vous-mêmes , et tôt ou tard vous serez obligés de reconnaître la réalité d’un agent qui a jusqu’ici témoigné sa présence seulement par ses effets, mais qui s’est prouvé ainsi lui-même d’une manière irréfragable, car il n’y a pas d’effet sans cause. MM. Dubois et Bouillaud eux-mêmes n’ont pas vingt ans à attendre pour être forcés par le cri universel à avouer l’existence du magnétisme animai : « Tout ce que je demande
» à ceux qui liront le présent article » ( dit ce dernier auteur dans son plaisant et spirituel article sur le magnétisme, dans un livre scientifique et non bouffon dans toutes ses autres parties), « c’est qu’ils soient » et demeurent profondément convaincus qu’il n’est »pas dans mes intentions d’offenser le moins du «monde les personnes dont je ne partage pas les » opinions magnétiques. J’ai toujours eu et j’aurai «toujours pour maxime , de discuter librement les » doctrines et de respecter leurs auteurs. Ceux dont « les opinions se trouvent attaquées dans mon article peuvent en agir ainsi avec les miennes : s’ils ont « tort , j’aurai bien fait de les combattre ; s’ils ont » raison , au contraire , tous les coups que je leur » aurai portés rejailliront en quelque sorte contre »moi, et je succomberai sous le poids de mes pro- « près armes. » Ainsi soit-il. Toujours est-il que le nom de ces deux docteurs aura acquis une triste célébrité , et que leurs noms seront désormais cités toutes les fois qu’il s’agira d’établir combien une vérité a d’obstacles à surmonter avant de prendre rang dans la science. Du reste, le magnétisme animal , difficile à démontrer d’ailleurs à cause des conditions encore inconnues qu’il demande pour se produire , a cela de commun avec la circulation du sang, la vaccine, les découvertes de Galilée, de Descartes, etc., et autres vérités scientifiques, ou historiques , dont la démonstration était cependant bien plus aisée , et qu’on repoussait jusqu’à faire
mourir leurs inventeurs ou leurs propagateurs. Grâce à Dieu nous n’en sommes plus là. Les ennemis d’une découverte l’attaquent seulement par la plaisanterie ; mais c’est ici surtout le cas de dire : Rira bien qui rira le dernier .
J’étais aussi incrédule , c’est-à-dire aussi ignorant en magnétisme qu’on peut l’être ; maintenant j’ai vu et vu beaucoup , et je ne dis pas: je crois que le magnétisme animal existe , mais je sais . Certaines gens, dont la bonne foi est appréciée à sa juste valeur, trouvent que toutes les expériences sont entachées de jonglerie et de charlatanisme; je vais en rapporter trois dans lesquelles on n’a pu m’abuser par ces moyens; je souhaite que les médecins timides aient le courage d’agir comme je le fais , et l’on verra bientôt que les observations bien constatées abonderont.