‹ Essai sur la médecine légale considérée comme science, précédé d'un aperçu sur les connexions des sciences cosmologiques et noologiques. ThèseChapitre 7 sur 9 · PREMIERE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIERE OBSERVATION

Prié par un de mes amis de l’Académie royale de médecine de Paris , de lui dire ce qu’on pensait à Montpellier de Mademoiselle Pigeaire , qui lisait , assurait-on , avec les yeux couverts d’un bandeau ; j’obtins la permission de voir faire moi-même les expériences , d’abord en présence de plusieurs docteurs en médecine et d’autres curieux , puis seul et assisté deux fois seulement de M. le professeur

Serre \ Je voulais un appareil d’occlusion qui ne permît pas que je pusse être dupe d’aucune supercherie; après diverses modifications, je m’arrêtai au moyen suivant, que je crus propre à empêcher l’arrivée de rayons lumineux sur la rétine de Mademoiselle Léonide Pigeaire : — je plaçais sur les yeux de la magnétisée une petite bande double de batiste large de cinq centimètres environ et arrivant jusque sur les tempes ; — un tampon de coton en rame sur chaque œil ; — une bande de velours noir d’une seule pièce , doublée trois fois sur elle-même , et offrant ainsi pliée une largeur de huit ou neuf centimètres ,

1 Comme en fait de science, et surtout d’expérimentation, le nom de M. Serre est d’un grand poids, selon qu’on est partisan ou adversaire du magnétisme animal , on fait dire à ce professeur qu’il croit ou ne croit pas. La vérité sur l’opinion de M. Serre en fait de magnétisme est exprimée en entier dans ce peu de mots que j’écrivais il y a peu de jours à M. Pigeaire : << M. Serre , aujourd’hui comme »> lorsque vous êtes parti, déclare à qui veut l’entendre, » que lorsqu’il a vu lire votre fille, il a cru voir toujours » le bandeau bien collé , et que, tout en faisant remarquer » que Madlle Léonide ne lisait pas lorsqu’on présentait le » livre à la hauteur des yeux et en face, il n’a jamais soup- « çonné votre bonne foi ni celle de Mme Pigeaire. Vous lui « avez montré que le magnétisme était chose plus sérieuse » qu’il ne pensait, et il ne s’est jamais prononcé depuis ni » pour ni contre. Un homme de science et de probité tel y» qu’il l’est, ne se prononce pas à la légère sur deux expé- » riences , pas plus que sur ce que pourraient décider des » commissaires plus ou moins prévenus pour ou contre le » magnétisme. »

échancrée pour la protubérance nasale , était posée ensuite sur les tampons par un ruban qui passait derrière la nuque , et fixée aux téguments du nez , sous-orbitaires, des pommettes et des tempes, par du taffetas d’Angleterre qui dépassait les bords inférieurs du bandeau de trois centimètres environ , tant endessus qu’en-dessous ; enfin, je collais le sommet d’un triangle de taffetas agglutinatif à l’endroit où je pensais être l’angle interne de l’œil , et les autres deux sommets , ainsi que les bords , au bandeau et aux téguments du nez et de la lèvre supérieure.

Lorsque Mademoiselle Léonide Pigeaire avait ainsi la partie supérieure de la face couverte, je l’ai toujours vue lire les livres , les journaux , les cartes de visite que j’apportais de chez moi et que je tenais enveloppés et cachés jusqu’au moment où je les ouvrais moi -même à la page où je voulais qu’elle lût. C’étaient toujours des livres de médecine que l’enfant (Madlle Pigeaire n’avait que 12 ans) ne pouvait savoir par cœur et comprendre, et je choisissais des éditions dont les caractères étaient assez fins, entre autres le dictionnaire en vingt-un volumes, l’encyclopédie des sciences médicales , le journal politique et littéraire de Toulouse , la carte de visite écrite en caractères extrêmement téntis du professeur Manni de Rome, etc. , etc. J’ai toujours vérifié si le bandeau était bien collé en -dessous , soit lorsque MadIle Léonide lisait , soit lorsqu’on enlevait le bandeau, qu’on détachait par-dessus , et que j’examinais

lorsqu’il était fixé dans le bas par le taffetas qui le retenait encore ; je n ai jamais su voir quil y eût passage pour des rayons lumineux j et j’ai cependant bon pied bon œil.

Ceci est écrit le 4 août 1 838 j. après que j’ai eu connaissance du rapport fait à l’Académie de médecine le 24 juillet dernier .

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