DE LA PREMIÈRE MENSTRUATION
La première apparition des menstrues, qui décèle ordinairement chez la femme l’aptitude à la fécondation, n’a lieu le plus souvent qii’après une série de phénomènes importants dont l’ensemble porte le nom dé puberté, et auxquels nous allons consacrer quelques détails.
PÜBERTÉ.
L’époque de la puberté s’annonce par des changements nombreux, des modifications profondes, qui surviennent graduellement et simultanément dans l’état physique et moral de la femme.
Confondue d’abord avec l’homme- enfant par ses formes extérieures, son langage, ses inclinations ; ignorant alors son sexe, s’ignorant pour ainsi dire elle-même, la jeune fille revêt, à cette époque, des attributs nouveaux : son existence de femme commence.
1® Changements physiques. A ce moment, un accroissement rapide se fait remarquer dans toutes les parties de son corps ; sa poitrine , étroite et serrée, s’agrandit et s’évase, ses respirations sont plus profondes et plus accélérées ; son cœur, plus énergique, donne lieu à une circulation plus active ; grâce à la distribution plus abondante et plus harmonique du tissu cellulaire, ses formes se dessinent et affectent des contours gracieux.
Le bassin, qui n’était presque qu’à l’état rudimentaire, acquiert un plus grand développement, ses diamètres horizontaux augmentent, les cavités cotyloïdes s’écartent, le col du fémur s allonge et devient plus horizontal, le sacrum est refoulé en arrière.
Delà la saillie latérale des hanches, plus considérable que chez l’homme; de là l’obliquité en dedans des genoux, et cette proéminence arrondie de l’extrémité inférieure de l’épine.
« Si l’on place le corps de l’homme et de la femme dans une même ère elliptique, a dit Camper, les épaules du premier sortiront de la figure, et son bassin y sera contenu, tandis qu’au contraire le bassin de la femme sortira de la ligne qui circoncrira ses épaules. »
Cette différence de conformation explique la différence qui existe dans la marche de l’homme et celle de la femme.
Tout semble annoncer aux organes de la pudeur le rôle important qu’ils doivent bientôt remplir.
A l’intérieur, Y utérus et les ovaires, qui jusqu’alors avaient sommeillé, qui avaient été inutiles à l’existence et au rôle physiologique de la femme, acquièrent en peu de temps des dimensions beaucoup plus grandes ; il s’opère dans ces organes des modification» importantes, que nous ferons connaître avec détail quand nous traiterons des causes de la menstruation.
Les parties externes ne sont pas étangères à ce développement. Les grandes lèvres deviennent plus pleines, plus vermeilles ; le mont de Vénus se dessine en relief, et se couvre d’un épais duvet; le clitoris augmente de volume, et devient le siège d’une exquise sensibilité.
1851.— Desbrest.
Le cou lui-même devient plus gros, le larynx acquiert des dimeii-* sions plus grandes, la voix un timbre plus sonore et plus mélodieux ; les sems s’arrondissent, proéminent au devant de la poitrine; le mamelon se dessine davantage, \aréole prend une teinte plus rosée.
«.Les,joues se colorent d’une aimable pudéur; le duvet délicat qui les recouvre ressemble à celui des fruits qu’une tentation indiscrète n’a point encore profanés; de longs cheveux flottants sur les épaules en rehaussent l’éclat; la peau brille du plus vif incarnat; la nature a versé sur la jeune fille ses plus riches trésors » (Rostan). :
2” Changements moraux. Des changements non moins remarquables s’opèrent également dans le moral de la jeune fille :
Sa physionomie a pris une nouvelle expression, son langage est devenu plus touchant; ses yeux, tout à la fois vifs et langoureux, annoncent un mélange de désirs, de crainte et de tendresse; tout annonce que les penchants et les habitudes de l’enfance ont fait place à d’autres sentiments.
Ses jeux lui déplaisent; elle sent des caprices, des inégalités d’humeur inconnues ; elle passe sans motif de la gaieté à la tristesse ; elle éprouve des désirs dont elle ne se rend pas compte ; un nouveau sentiment la pousse à s’épancher dans le sein de l’amitié.
Avide d’émotions, elle se passionne pour la danse, les spectacles et les fêtes ; elle dévore les romans, ou, plus fervente que jamais dans la dévotion, elle s’exalte pour les passions expansives, et surtout pour la piété religieuse, qui est aussi pour elle une manière d’aimer.
Les sensations qu’elle éprouve font qu’elle n’ose plus approcher les compagnons de son enfance sans baisser les regards; inquiète et rêveuse, elle recherche la solitude et s’y déplaît ; elle verse des larmes involontaires qui calment momentanément le malaise qui la tourmente; tous ses sens sont pénétrés d’une douce chaleur.
Cependant quelques confidences, des livres, des avis maternels.
bl dessillent les yeux-, peu à peu elle réfléchit, elle acquiert des no-
lions confuses sur l’acte de la reproduction.
Dans cet intervalle, un prurit incommode se fixe aux parties génitales, et la première éruption des règles se manifeste, fonction nouvelle qui s’établit avec plus ou moins d’efforts, et au libre essor de laquelle se rattachent ordinairement la gaieté, l’appetit, 1 embonpoint, la fraîcheur, en un mot, la fignne santé de la jeune fille (Moreau).