‹ Essai sur la menstruationChapitre 5 sur 11 · ISI · texte numérisé non relu

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Délion dit qu’à Java et dans les autres îles de la Sonde, les jeunes filles sont réglées à huit ou neuf ans; en Espagne, elles le sont à douze.

Quelques voyageurs prétendent qu’en Turquie les femmes sont susceptibles de devenir mères à six ou sept ans. Le D'' Prideaux, par exemple, rapporte que Cadisja fut réglée à l’âge de cinq ans, et que Mahomet l’admit dans son lit à huit. «Mais, dit M. Velpeau {Traité d'accouchements, 1835), cette histoire n’est qu’un conte populaire, car je vois, dans une traduction plus fidèle du Coran, que Cadisja avait quarante et quelques années lorsqu’elle devint la femme du prophète. »

Si, dans les pays chauds, les femmes sont nubiles de bonne heure, de bonne heure aussi, elles perdent la faculté d’engendrer, et passent presque subitement de leur aurore à leur déclin, semblables, dit Virey, à ces fleurs hâtives que l’ardeur de l’été fait éclore et faner en un jour.

Un tableau inverse se montre du côté du nord.

Tardive là où on respire une atmosphère froide et sèche, la Suède, le Danemarck, la Norvège, une grande partie de la Russie, etc., la puberté ne s’établit qu’à seize, dix-huit, et même vingt ans. Mais, loin que cette lente apparition des règles nuise à la fécondité des femmes du Nord, elle semble, au contraire, en multiplier les heureux produits. En effet, la menstruation chez elles, parcourant une plus longue révolution, et les femmes des pays septentrionaux, en général fortes et bien constituées, étant et plus longtemps et plus exactement réglées que celles du Midi, il en resuite que les premières sont plus fécondes, et, de plus, mettent au monde des enfants plus vigoureux et mieux portants.

Rudbeck et d’autres assurent que les Suédoises ont assez commument de dix à douze enfants, et qu’il n’est pas rare qu’elles en fassent jusqu’à trente (Maygrier, Dictionnaire des sciences médicales, 1819).

On sait, du reste, que les Romains appelaient le Nord la pépinière du genre humain.

Depuis longtemps on a remarqué que les négresses nées en Europe conservent l’aptitude à être réglées de bonne heure, comme si elles fussent nées sous le ciel brûlant de l’Afrique et de l’Amérique du Sud ; ce qui prouverait l’influence des races sur cette fonction ; on en trouve aussi des exemples chez les Créoles et les Juives.

A quel âge, dans nos climats, apparaît le flux menstruel ?

Des statistiques nombreuses et convenablement faites, peuvent seules résoudre la question.

Brierre de Boismont, de 1285 observations faites à Paris, a ,noté 138 femmes réglées à treize ans, 212 à quatorze ans, 204 à quinze ans, 148 à seize ans; d’où il suit que l’âge de quatorze à quinze ans est celui où on compte le plus de premières menstruations à Paris.

Marc d’Espine (,IrcâiVes générales de médecine) conclut d’observations faites à Marseille, au nombre de 68:

1“ Que la puberté, dans les climats tempérés, débute chez la femme entre neuf et vingt-quatre ans ;

2° Que l’âge où ce début a lieu le plus communément est celui de quatorze à quinze ans.

M. Pélrequin (thèse 1835) a recueilli à Lyon 272 observations qui donnent l’âge de dix ans, pour l’apparition la plus précoce ; celui de vingt-deux ans, pour la plus tardive ; enfin celui de treize ou quatorze ans, pour le plus grand nombre.

M. Raciborski, une première fois sur 200 cas, une seconde sur 487, a trouvé que le plus grand nombre de premières menstruations, pour Paris, avait fieu entre quinze et seize ans.

D’après ces statistiques, la moyenne pour la France serait de quatorze ans et demi.

Le D'' Roberton fixe la première éruption à quinze ans pour le nord de l’Angleterre.

2° Genre de vie, éducation, tempérament. La manière de vivre, l’éducation, le tempérament, ont aussi une certaine influence sur le développement de cette fonction. Les femmes nées dans les villes,

ou qui y passent leur enfance, paraissent avoir une puberté plus précoce que celles qui sont nées dans les campagnes, les villages.

La femme des champs, en effet, livrée à des travaux pénibles , étrangère à toute culture d’esprit, n’ayant rien pour éveiller ses sens, aura une puberté tardive. Le contraire se fera remarquer chez la jeune fille des villes, élevée dans l’aisance et l’oisiveté; chez celle dont l’imagination est échauffée par des lectures de romans, dont les sens sont éveillés par les spectacles, les danses, les peintures lascives. De là, l’éveil de ces désirs dont l’influence appelle vers les organes de la génération une excitation hâtive; d où aussi ces habitudes vicieuses, si fréquentes, si dangereuses, On ne saurait trop fixer, sur ce point, l’attention des mères et des personnes auxquelles est confiée l’éducation des jeunes filles. « Les instructions de la nature sont tardives et lentes, a dit Rousseau, celles des hommes sont prématurées. Dans le premier cas, les sens éveillent l’imagination ; dans le second, l’imagination éveille les sens. »

La musique paraît, selon certains auteurs, avoir une influence marquée sur les organes génitaux, et hâter par conséquent l’époque des règles.

Les conditions de tempérament qui ont paru à M. Marc d’Espine influer le plus sur le développement rapide de la puberté, au moins dans nos climats, sont : ,

Des cheveux noirs, des yeux gris, une peau fine et blanche, une complexion forte.

Les conditions qui, au contraire, ont coïncidé avec le développement plus tardif sont :

Des cheveux chatainp foncégr, des yeux verts, une peau rude, colorée , une complexion faible et délicate.

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