LIVRE 1, CHAPITRE I
passe à Dieu , quelle idée se faire de cet acte absolument simple dans lequel on le fait consistér? cet acte qui n'est pas seulement sans puissance en luimême, mais qui ne réside même pas en une puissance, et qui n'a pas de sujet? Comment entendre cette pensée absolument indivisible, et qui n’admet pas même la distinction nécessaire, ce semble, de l'intelligent et de l’intelligible ?
Entre un principe semblable et la nature, quel rapport concevoir? Objet immobile du désir du Ciel, tout le reste du monde ne semble-t-il pas en dehors de son influence, livré au hasard ou à la fatalité des causes particuhères? Renfermé dans une éternelle contemplation de lui-même, Dieu ne laisset-il pas l'univers, ou au moins tout le monde sublunaire, en dehors même de sa pensée? Et cependant si l'unique principe de toutes choses est l'acte de la pensée divine, comment se peut-il que rien lui échappe, et se soutienne hors d’elle et loin d'elle? L'âme humaine , du moins, est par sa partie supérieure en communication immédiate avec l’intelligence divine, de qui elle reçoit l’action. Mais n'est-ce pas une communication extérieure ét superficielle, qui laisse l’âme essentiellement, intimement unie au corps, incapable d'une félicité qui en soit indépendante, sujette enfin à périr avec lui? Point de providence qui descende au-dessous du ciel, point d'immortalité pour l'homme ni de félicité indépen-
dante des circonstances extérieures : ce sont là les traits principaux sous lesquels apparut à l'antiquité en général le système péripatéticien. Comment concevoir, en effet, que l'acte pur de la pensée divine entre de quelque manière en rapport avec la nature, la matière, la puissance, et que les choses naturelles, sans eu excepter les âmes humaines, participent à l’immutabilité dont elle a le privilége ἢ C’est à quoi reviennent en définitive toutes les difficultés. Le premier principe est-il, par son essence, séparé de la nature, n'est-il qu’une fin à laquelle tendent, vers laquelle se meuvent les puissances paturelles, la nature entière est hors de lui, dans l'instabilité du mouvement. Mais alors d’où vient aux puissances le désir qui les meut? Comment leur attribuer, en dehors du seul véritable être, cette sorte d’être et de réalité ? D'un autre côté, comment imaginer que l'être absolu, acte pur, se communique en substance aux choses , sans les absorber en lui ou se perdre en elles? N'est-ce pas le premier principe de la métaphysique que l’essence, consistant dans l'acte , est individuelle, exclusivement propre à ce dont elle est l’essence; d’ou il suit que Dieu, qui est l’acte pur, est l’individualité même? A moins de le réduire de nouveau à ‘une simple idée générale, comme fait le Platonisme, comment entendre de quelle maniere il serait tout en tout et tout serait en lui ?