‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 11 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

En résumé, Aristote est venu substituer aux formules vagues du rapport logique de l’être et du non-être, ou de l'unité et de la pluralité, celle du rapport réel des deux éléments que le mouvement enveloppe, l'être actuel et l'être possible, l'acte et la puissance. Il avoue que le possible n’a pas de réalité hors du mouvement, où il est contenu dans l'acte. Mais il éleve au-dessus du mouvement l’acte pur séparé de toute puissance : c’est la pensée absolue, c'est Dieu, objet propre de la métaphysique. La réalisation, l'actuation du possible par cet acte suprême, c'est la nature. Or, la puissance et l’acte une fois séparés , il semble qu’on ne peut les concevoir ni en eux-mêmes, ni dans leur réunion. Faut-il donc ou en rejeter la distinction comme une abstraction sans fondement, ou bien, sans les confondre, les réunissant de quelque manière nouvelle, en chercher dans un principe antérieur la source et la raison communes?

Tel est le grand problème dont les systèmes qui succèdent à l'Aristotélisme tentent l'un apres l’autre des solutions différentes, qui en préparent lentement le dernier dénoûment. L'école même d'Aristote abandonne peu à peu l’idée caractéristique de sa métaphysique, l'acte pur de la pensée absolue. L'Épicurisme retranche toute idée d'action et de puissance , et réduit tout à une matiere inerte. Le Stoicisme fait redescendre dans la matière la pensée,

dans la puissance l’action, et la métaphysique dans une physique nouvelle. Enfin, on cherche à une hauteur supérieure à celle mème de la métaphysique péripatéticienne, et dans l'idée de Fabsolue unité, l’origine commune de la puissance et de l'acte, de la nature et de la pensée : c'est le Néoplatonisme, dernier et insuffisant effort de la philosophie grecque.

Cependant, par ces mouvements successifs, en apparence contradictoires, la pensée pénétrait par degrés dans le monde intérieur, où les principes péripatéticiens avaient leur source. Peu à peu elle s'avançait ainsi à la rencontre d’un principe plus profond, étranger au monde où FAristotélisme était né, principe qui sert de fondement au christianisme, et où elle devait trouver à la fois, après de longues vicissitudes, sa justification et son complément.

Tels sont les traits les plus généraux de l'histoire dont nous commençons le récit.

Platon avait voulu s'élever à la science suprème, à la philosophie première, par les mathématiques ; Aristote par la physique; or, la philosophie premiere du Platonisme, la dialectique, avait fini par retourner se perdre dans les mathématiques : dans l’enseignement de Platon lui-même et chez ses successeurs immédiats, elles étaient devenues, dit Aris-

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