‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 101 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Il

duquel tout participe sans que sa pureté et son indépendance en reçoivent aucun préjudice, c'est un principe inséparable de la matière, et qui n'existe qu’en mouvement dans le corps. Par là, il est vrai, l'union devient plus intime, plus forte, plus manifeste, entre les êtres particuliers et cette cause premiere qui, dans le système péripatéticien , semblait, trop séparée d'eux, les laisser entièrement à leur insuffisance et à leur néant. La nature des choses et leurs rapports mutuels ainsi expliqués par l'idée féconde de la force concrète, qui pénètre et contient, et circule dans les moindres parties ; dans la Logique, une règle du savoir, un critérium du vrai trouvés dans l'énergie de la perception naturelle; dans la Physique, tous les êtres en particulier et l'ensemble du monde expliqués d'une manière plus précise qu’on n'avait su le faire jusqu'alors par la tension du feu, esprit intérieur qui en unit les parties en un tout organisé, sympathique et solidaire avec lui-même ; dans la Morale enfin, le but de la vie, le vrai bien, définis par la beauté, par l'harmonie et l’accord, expression de la tension constante de la raison dans l’âme; l’homme appelé par là à une conscience toute nouvelle de sa dignité et de sa force morale, la vertu élevée jusqu'à l’héroïisme, tels furent les premiers résultats du Stoicisme.

Mais d’abord si la cause premiere, si le principe

de l'intelligence et de l'action n'existe que iuélé à la matière, ce n'est qu'à travers des sensations que nous pouvons le connaitre. Des lors plus de moyens de l’atteindre en lui-même; par conséquent plus de règles absolues ni de savoir, ni de conduite. C'est la conclusion où la nouvelle Académie réduit le Stoicisme.

En second lieu, si en toute chose le premier principe ne se fait connaitre que par les phénomenes sensibles qui en sont la manifestation, les causes, les substances, les véritables êtres échappent à lexpérience , dont on avait prétendu les rapprocher, et ne sont plus que les objets invisibles des conclusions du raisonnement. Ainsi se constitue le Dogmatisme dans lequel le Stoicisme et le Péripatétisme dégénéré, infidèle à l'esprit de la Métaphysique, viennent se rencontrer, — Mais si les causes échappent à toute connaissance directe, immédiate, le

raisonnement, manquant de base, ne peut pas non | plus les atteindre : nul passage des phénomènes aux noumenes, nulle définition, nulle conception possible des noumènes. C’est ce que le Pyrrhonisme revient mettre en lumière. Et, resserré peu à peu dans les limites d’une étroite physique, presque uniquement appliquée aux besoins de la vie, le Dogmatisme ne sait plus que rapporter les effets de différente nature, dont le monde sensible est composé, à autant de forces corporelles à la fois et

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