LIVRE I, CHAPITRE II
inexplicables, inconnues, occultes dans leur nature; monde fantastique inaccessible à la science. Selon la comparaison des Pyrrhoniens, de même qu'un archer qui tirerait dans l’obscurité , et ne pourrait savoir s'il a touché le but, ce n’est plus qu’au hasard et par des conjectures arbitraires que le Dogmatique assigne au delà des phénomenes leurs principes cachés.
Enfin , la philosophie se renferme entièrement dans la sphère des phénomènes internes de la conscience morale : c'est la dernière période du Stoicisme , celle des Épictète et des Marc-Aurèle; une stérile conscience d’une volonté ou d’une intelligence également abstraites et de leurs effets et de leurs causes, sans objet, sans but, sans raison, et inconnus dans leur fond et leur substance; c’est à quoi vient enfin se réduire toute la philosophie.
En un mot, tandis que l'Épicurisme rejette comme une pure fiction le principe immatériel d’action et de pensée par lequel la métaphysique péripatéticienne explique tout, le Stoicisme se contente d’abaisser ce principe à la condition de la nature, et de transformer la métaphysique en physique. Au lieu d'un assemblage de particules inertes, sans liaison les unes avec les autres, semées dans le vide par le hasard, avec le don inexplicable de se mouvoir sans cause et sans raison, le monde des Stoiïciens est un tout produit, conservé , uni dans toutes ses parties par un
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esprit de feu, loi vivante, raison séminale dont il est le développement, et qui de métamorphose en métamorphose, par une suite continue de transformations fatales, s'élève enfin dans l’homme à la forme divine de l'intelligence et de la volonté. Mais le premier principe une fois dépossédé de l'existence indépendante et séparée que lAristotélisme lui attribuait, et indissolublement uni avec la matiere et le corps, c’est en vain qu’on s'efforce de l’en maintenir réellement distingué : rien n’en demeure bientôt qui diffère de la matière, des corps, des phénomènes sensibles, sinon un je ne sais quoi d’occulte et d’inexplicable que limagination seule revêt de réalité : inutile et stérile abstraction. Et lorsque abandonnant les spéculations de la physique pour se réduire à la morale, où le Scepticisme le confine , le philosophe reste enfin seul avec lui-même dans la conscience de ses pensées et de ses volontés, ce ne peut être encore à ses yeux rien de plus qu'un phénomène, une manifestation passagère que son orgueil s’efforce vainement d’ériger en Dieu. Que la divinité ne soit pas là tout entière, sa faiblesse, son impuissance à l'égard de ses propres pensées le lui enseignent assez hautement, Et pourtant au delà de cette volonté et de cette raison, objets de sa conscience , il ne lui reste pas, comme au métaphysicien, au théologien, une pensée, une activité supé-
rieure qui en renferme l'éternel principe; rien ne