‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 103 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Il

lui reste qu'un substrat mystérieux et obscur, matière premiere qui a encore en lui sa forme la plus accomplie, germe imparfait dont il est le dernier développement, ébauche de sa misérable divinité.

Telle est l’inévitable conclusion de cette philosophie, assemblage singulier de force et de faiblesse, de bassesse et de grandeur, si humble et si altière tout ensemble. Elle n’a rien voulu, rien su reconnaître au-dessus de la nature et de l'humanité, audessus des conditions de l’existence physique , rien de supérieur au monde, à l'homme, et particulièrement au philosophe. Dès lors, plus rien où le philosophe puisse trouver une règle certaine de savoir, une raison suffisante des choses; rien sur quoi il puisse fonder une science supérieure à l’expérience des sens; rien enfin sur quoi il appuie sa faible volonté, rien où elle se dirige et se termine. Au lieu de l’ataraxie divine à laquelle son orgueil s'était flatté d'atteindre, il ne trouve que sujets de trouble et d'inquiétude, et sous l'impassibilité qu’il affecte, se laissent voir à la fin une tristesse et un abattement de cœur tout proches du désespoir.

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