‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 104 sur 228 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Nouveaux Péripatéticiens ; nouveaux Pythagoriciens ; nouveaux Platoniciens.

— Avénement de l’Aristotélisme à la domination universelle, — Fin de la philosophie ancienne.

Dans le temps même où les écoles dégénérées de l’Académie et du Lycée semblaient se perdre entièrement dans le Stoïcisme, dans le siècle où vivaient les Posidonius et les Antiochus, la philosophie d’Aristote et celle de Platon commencçaient l’une et l'autre à renaître. Celle-là fut la première , et l’autre suivit de près.

A mesure que la philosophie péripatéticienne avait perdu de son autorité et de son influence, et laissé le premier rang aux doctrines qui lui avaient succédé, les principaux écrits d’Aristote et les plus difficiles à entendre étaient peu à peu tombés dans l'oubli. Un péripatéticien du dernier siècle avant l’ére chrétienne, Andronicus de Rhodes entreprit de les remettre en lumière. Il corrigea les textes, en comparant différentes copies; il réunit en corps des parties jusqu’alors détachées les unes des autres, mais qui appartenaient à un même sujet; par exemple, les cinq livres des Principes naturels et les trois livres du Mouvement, qui formèrent, réunis,

LIVRE I, CHAPITRE IIL. 293 la Physique, telle qu’elle est parvenue jusqu'à nous. Il chercha à séparer des ouvrages authentiques ceux qui ne l’étaient pas : il en retrouva quelques-uns qui s'étaient perdus; enfin il publia des tables, qui servaient encore plusieurs siècles après T. Pendant que Cratippe enseignait avec éclat, dans Athenes, le Péripatétisme altéré par le mélange des idées stoiciennes, Andronicus de Rhodes commencait plus obscurément cette longue série de commentateurs qui s’appliquèrent, durant seize siècles sans interruption, à éclaircir les obscurs écrits d’Aristote, à exposer sa doctrine sous son véritable jour, et à la défendre contre les doctrines rivales. Il paraphrasa lui-même les Catégories et la Physique ?. Eudore , son disciple, commenta le premier, peutêtre, la Métaphysique, et s'efforça d'en améliorer le texte 5. Nicolas de Damas, qui s'illustra aussi dans l'histoire et dans tous les genres de science et de littérature, au temps d'Auguste, essaya de disposer dans un meilleur ordre les différents livres de la Métaphysique , et il en composa un abrégé, ainsi que des livres du Ciel, de Ame, et probablement de

νον Envol, p. IE, 0. 1.

? Voy. ibid.

ὅ Ilest cité, d’après Aspasius, avec un certain Evharmostus (omis par Patrizzi, Discuss. peripat.1, 4, Fabricius , Catalog. Peripat., in Bibl. gr. 1. II, ὁ. 11, et Buhle, Catalog, Arist. interpp. in Arist. opp.t. I, Alex. Aphrodis. ir Metaphys. 1, 6.

quelques autres encore ἢ. Après lui, Aspasius, dont un disciple fut l’un des maîtres de Galien, composa des commentaires estimés sur tous ou presque tous les ouvrages d’Aristote ?. On compte encore, dans l’école péripatéticienne, pendant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne, plusieurs personnages illustres, tels que Xénarque et Boëthus , l’un maitre et l’autre disciple de Strabon 5, Sosigène, habile dans l’astronomie, et que Jules-César employa à la réforme du calendrier #, Alexandre d’Égée, Adraste d’Aphrodisiade, Aristoclès de Messène, etc. Mais il ne nous reste de leurs écrits que des fragments qui donnent peu de lumières sur leurs propres doctrines. Le seul dont il nous soit parvenu des ouvrages complets et importants est le plus renommé de tous, celui qui fut surnommé le Commentateur par excellence, Alexandre d’Aphrodisiade. Par lui seul nous pouvons juger de quelle maniere et en quel sens fut entendue, dans cette nouvelle école, la philosophie péripatéticienne. Antonin et Mare AtEUS avaient établi, à Athènes, des chaires pour l’enseignement public de” Chacun

1 V. Patric. Discuss. peripat. |. X, p. 136, et Sévin, Mém. de l Acad. des Inscer. IX, 486-499.

? Patric. loc. cit, 1, IX, p. 115 ; Fabric. Biblioth. gr. τ, IIL, p. 152.

5 Strab. 1. XIV, p. 640; L. XVI, p. 757.

4 Plin. Hist. nat. XVIIL, 25.

ἢ V. Patric. Discuss, peripat, pp. 13, 32, 137; Fabric. Biblioth. gr. t. III, p.292, 273, 281.

Page 1