‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 105 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE HIT · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE HIT

des quatre systèmes principaux entre lesquels la philosophie était alors partagée : le Platonisme, l’Aristotélisme, l'Épicurisme et le Stoïcisme ". Alexandre d’'Aphrodisiade occupa la chaire péripatéticienne sous les empereurs Sévere et Caracalla ?. ΤΠ dut, et dans ses lecons et dans ses écrits, s’efforcer de faire prévaloir la doctrine du Lycée sur les doctrines rivales. Mais, à cette époque, l'empire appartenait encore presque exclusivement aux Stoiciens : ce fut à eux , surtout, que le commentateur d’Aristote opposa les principes retrouvés , au moins en partie, de la philosophie péripatéticienne ; c'est contre eux que sont principalement dirigés lés opuscules qui nous restent de lui.

Les Stoïciens avaient pris pour les principes des choses , au lieu des formes immatérielles d’Aristote, actes simples dont la pensée est l’essence et qui meuvent Ja matière sans se mouvoir, non pas, à la vérité, les atomes bruts des Épicuriens, mais des forces matérielles, corps subtils, tendus dans les corps, plus grossiers que nous voyons, et dont ils étaient les raisons séminales : d’où il suivait que rien n'existant qui ne fit partie du monde matériel, ou naturel, tout subissait cette loi à laquelle la raison assujettit la nature, la loi de l’enchainement des causes

! Eunap. it, sophist. 1, Ὁ. 138, ed. Commel.; Capitolin. in Antonin. c. 11; Philostr, Vic. sophist. II, 2, 20 ; Dio Cass. LXXLI, 31. ? Alex. Aphrod. de Fato, proœm.

et des effets, tout était nécessaire. Et de même que le matérialisme athée des Épicuriens supposait le hasard, de même du matérialisme panthéistique des Stoiciens suivait la fatalité universelle. C'est contre ce système qu’Alexandre d’Aphrodisiade veut faire prévaloir la physique et surtout la métaphysique péripatéticiennes.

En réduisant les principes, les causes, à des corps, en les assujettissant ainsi à toutes les conditions de l'existence corporelle, le Stoicisme prétend leur conserver les propriétés qui n’appartiennent qu'à l'immatériel; c’est là la contradiction radicale que sigualeet met enlumière l'argumentation d'Alexandre.

D'abord, si l'âme qui anime chaque corps est un corps elle-même, et si, selon la croyance universelle, deux corps ne peuvent occuper à Ja fois le même lieu, ou se pénétrer mutuellement, l’âme et son corps ne forment pas un être véritablement et essentiellement un, dont l'âme fait l’unité. Leur union n'est, selon lexpression d’Aristote, qu'un simple concours qui exige une autre cause. Pour tenir unis le corps et l’âme, il faudrait donc encore une autre âme. Maintenant, pour unir celle-ci, à son tour, avec la première àme et avec le corps, une nouvelle âme serait nécessaire, et même deux, et l’on irait ainsi à l'infini sans pouvoir s'arrêter ἡ.

! Alex, Aphrod. de Mixt. ( Venet. 1527, in-fol. Ald.), [0 r42-5.

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