LIVRE I, CHAPITRE IIL
Aussi, selon les Stoiciens, le corps et l'âme, ou, plus généralement, la qualité et le sujet, ne sont pas unis par une simple juxtaposition. [ls sont mélés intimement, ils forment un mixte. Cependant il n'y a, selon Alexandre, que deux sortes de mélange. Dans la première, les éléments, en se juxtaposant parties à parties, conservent chacun leur qualité propre, et le tout demeure hétérogène. Dans la seconde, qui est la mixtion proprement dite, si d'abord les éléments appartiennent à un même genre, condition nécessaire pour qu'ils puissent agir l’un sur l’autre, et si, de plus, ils sont l’un à l'égard de l'autre dans certaines proportions de quantité, leurs qualités respectives se cèdent l’une à l’autre ce qu’elles avaient d’excès; une qualité nouvelle et unique en résulte, qui fait de la masse entière un tout homogène et uniforme. Dans ce tout, les éléments primitifs n'existent plus, ou du moins ils ne sont plus en acte. Pour les faire reparaitre dans leur première nature, il faut qu’une nouvelle action intervienne. Ils n'existent donc plus l’un et l’autre qu’en puissance ?. — C’est la théorie de la mixtion donnée par Aristote.
1 Id. ibid. f° 14r-2.
2 Jd. ibid. £° 145 a : Où πᾶσα μὲν γὰρ σύνθεσις μιίξις" σύνθεσις μὲν γὰρ καὶ τῶν ὁμιοίων τε χαὶ ὁμοειδῶν γίνεται, ἡ δὲ μίξις ἐχ διαφερόντων τε χαὶ ἐν dia φέρουσι"... ἡ δὲ ὡς χρᾶσις μίξις γίνεται, οὐ σωζομένων ἔτι τῶν μιγνυμένων, χαὶ οὕτως ἀλλήλοις περικειμένων (leg. παραχειμιένων ), ἀλλ᾽ ἑνουμένων κατὰ
τὸ ὑποκείμενον, etc. — Εὖ 145 Ὁ: Διὰ τὴν τῶν δυνάμεων ἰσότητα... ἀποδαλ-
Or, l'union de l’âme et du corps ne consiste pas simplement dans la première espèce de mélange, le. mélange par simple juxtaposition et entrelacement des parties; car alors les particules du corps seraient entièrement privées d’âme, inanimées : or, le corps animé l’est partout". L'union de l'âme et du corps ne consiste pas non plus dans cette mixtion où chacun des deux éléments perd sa qualité primitive et cesse d’exister en acte?; car le corps et l'âme ont, dans leur union, leurs propriétés distinctes et leurs opérations à part. Les Stoiciens en tombent d’accord, et c’est justement pourquoi ils imaginent une troisième espèce de mélange, participant à la fois des deux autres. Tandis que dans tout mélange, suivant Aristote, les corps constituants conservent distinctes leurs étendues, et leurs qualités seulement peuvent ou subsister également distinctes, ou se perdre en une qualité nouvelle qui est leur commune résultante; au contraire, dans la mixtion telle que les Stoiciens la définissent, les éléments qui se mêlent conservent leurs qualités et con-
λοντα κατὰ τὰς ἐναντιώσεις ὑπεροχὰς... μίαν ἐξ ἁπάσων τῶν δυνάμεων γεννήσει ποιότητα, ἑνωθείσης καὶ μίας γενομένης τῆς... ὕλης ὑποχειμένης. Cf, Aristot. de Gener. et corr. I, 10.
1 Id. de An. (1534, in-fol. Ald.), [9 125 a : Οὕτω δὲ οὐκέτ᾽ ἂν εἴη τὸ cœp.a διόλου ἔμψυχον.
5.14. de Mire. À 143 ἃ: ἀνάγκη μὲν τὰ χεχραμένα δι᾽ ὅλων μεμίχθαι, τὰ δὲ δι᾽ ὅλων μεμιγμένα ἀδύνατον μὴ συγκεχύσθαι, τὰ δὲ συγκεχυμένα τε χαὶ συνεφθαρμένα οὐχ, οἷόν τε αὐτὰ σώζεσθαι. De An. ἴ9 122 b.