‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 12 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE

tote, toute la philosophie’. De même, dans l'école péripatéticienne , la métaphysique se rapprocha peu à peu de la physique, quoique par une lente dégradation. Peu à peu, l'idée d’un principe suprème consistant tout entier dans l’acte de la pensée s'éloigne et s’amoindrit, laissant le monde naturel subsister et se soutenir de plus en plus par luimême. En même temps l’idée de la nature gagne peu à peu en force et en profondeur; la physique s’enrichit insensiblement de la substance de la métaphysique.

C’est ce qu’on vit déjà chez le successeur d’Aristote dans la direction du Lycée, Fillustre Théophraste. Il ne semble pas qu'il ait rien changé aux principes de la philosophie péripatéticienne. 1] ne rejeta point, comme on l’a dit’, l'idée de Pacte immobile de la pensée spéculative 3 : 1] en fit, comme son maitre, la clef de voûte de la Métaphysique. Mais peut-être il insista plus encore qu’Aristote pour comprendre parmi les mouvements

Rue vol. P. LIL, l. II, ὁ, 2.

? Ritter, Aist. de la philos., trad. franc., τ, III, p. 336. La définition du mouvement (ap. Simplic. ir Phys. ° 94) que M. Ritter donne en preuve comme particulière à Théophraste, est celle même d’Aristote, Voy. Metaphys. XI, p. 230, |. 4 Br.

3 Ilest entièrement conforme à Aristote en disant qu’il peut y avoir acte sans mouvement, mais non mouvement sans acte (Simplic. ir Categ, f9 97 b). J1 dit comme Aristote : Ei δὲ δὴ καὶ ὁ νοῦς, κρεῖττον τι μέρος καὶ

θειότερον, ἅτε δὴ ἔξωθεν ἐπεισίων χαὶ παντέλειος. Simplic, #2 Phys. [Ὁ 225 a. ᾽ Ξ LT.

tous les actes de l’entendement humain *. Dans la morale, on le voit également soutenir avec Aristote que la vie la plus parfaite est la contemplative ?, c’est-à-dire sans doute, comme Aristote l’avait définie, la vie de l'intelligence pure dans Pacte simple et immuable par lequel elle se contemple ellemême. Mais il fait dépendre de la matière et du corps , bien plus que ne l'avait fait Aristote, la perfection et la félicité. Tout en faisant consister dans la contemplation. pure la fin suprême de l’homme, Aristote avait reconnu que l’âme humaine étant inséparable d’un corps, et en partie dans sa dépendance, les biens du corps et ceux là même qui nous sont tout à fait extérieurs étaient pour nous, Jusqu'à un certain point, une condition sine qu& non de perfection et de félicité absolues. Nuisi-

1 Themist. de An. [9 68 a. Mais, comme le remarque très-bien Simplicius, ἐπ Phys. f. 225 b, Aristote avait dit aussi : Ἧ γὰρ φαντασία χαὶ ἡ δόξα χιγήσεις εἶναι δοκοῦσι. Εἰ de plus, Théophraste reconnaissait comme Aristote que les mouvements de l’äme, comparés aux mouvements corporels, sont des actes, ἐνέργειαι ; ap. Simplic. loc laud., etf. 202 a. — Simplicius (ibid. f° 187 a) dit de Theophraste qu’il suivit Aristote en tout. Cette assertion doit être entendue surtout de la Physique et de la Métaphysique. Cependant Théophraste admit l’existence des démons, qu’Aristote avait niée. Li s’écartait souvent d’Aristote dans la Rhétorique; Quin‘il. Zastit. orat. III, 8 : Dissentire ab hoc (sc. Aristotele) solet. — Il avait écrit sur les mêmes matières qu’Aristote et de la même manière, mais en développant surtout les points sur lesquels celui-ci avait moins insisté. Boeth. ἐπ libr. de Interpret., ed. 48, p. 292 (Opp., Basil 1550, in-{°). Cf. Themist. de An., ff. 68 a, 89 b.

? Cicer. ad Attic.

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