‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 110 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

comme une exception fächeuse à l’ordre immuable de l’univers. Qu'est devenu ici ce doute de Théophraste, si les mouvements de l'âme, tels qu'ils sont, ne seraient pas d’une nature supérieure à ce mouvement éternel des astres qui roulent imperturbables au-dessus de nous? — Quant à Aristote, tout en reconnaissant le rapport essentiel du libre arbitre avec la simple possibilité, l’indétermination, et le non-être par conséquent, il avait pourtant fait entendre que la plus haute fonction de la liberté était précisément de nous affranchir de l'indétermination du non-être. Dans une maison, disait-il, c'est aux hommes libres qu'il est le moins permis d'agir sans raison; toutes leurs actions, ou presque toutes, sont déterminées; les esclaves et les animaux n'ont que peu de chose à faire pour le bien commun, et la plus grande partie de leurs actes est indéterminée et laissée au hasard’. Ainsi, dans la parfaite liberté se retrouverait la parfaite détermination. — C'est que, pour Aristote, le premier principe comme la fin dernière de la volonté libre, c’est cette cause suprême qui est la détermination et la nécessité même, c'est le bien absolu, c’est Dieu. Pour Alexandre d’Aphrodisiade, le libre arbitre semble n'être qu'une exception à la règle selon laquelle

Ψ ᾿ . 7 - FES , “ 19 Ρ 1 Metaphys., XII, 10 : ὥσπερ ἐν οἰκία τοῖς ἐλευθέροις ἥχισται ἔξεστιν ὅ : ᾿ RÉ LE Me A : EN EE δι τι ἔτυχε ποιεῖν, ἀλλὰ πάντα ἢ τὰ πλεῖστα τέταχται, τοῖς δὲ ἀνδραπόδοις

καὶ τοῖς θηρίοις μικρὸν τὸ εἰς τὸ κοινὸν, τὸ δὲ πολὺ ὅτε (leg. ὅ τι) ἔτυχε.

Dieu gouverne le monde. Eten effet, si, dans le 7'raité du Destin et de la Liberté, adressé à deux empereurs, et qu’on peut, jusqu’à un certain point, considérer comme un ouvrage exotérique, le Commentateur se contente d’assigner pour cause aux actes volontaires notre volonté même, ailleurs, dans la dissertation d’un caractère plus rigoureusement scienüfique, où il explique le libre arbitre par le mélange du non-être avec l'être, il arrive à cette conclusion, qu’il attribue à Aristote : que les actes libres sont proprement des mouvements sans cause '. C'est fonder, comme Épicu re, la liberté sur le hasard.

De là aussi, si Dieu prévoit les actes de la volonté humaine, ce n’est pas d’une maniere déterminée , mais comme des événements contingents, qui peuvent être et ne pas étre?, et par conséquent d'une maniére éventuelle et indéterminée.

Ainsi, de même que, selon Alexandre, l'âme humaine n'est qu'un effet périssable de l'organisation, sans aucun lien substantiel et durable avec Dieu, de même aussi, selon lui, le libre arbitre, séparé de action divine, se réduit à un phénomène sans cause, nfraction inexplicable à l’ordre de l'univers, et où,

e son côté, la prescience divine trouve une infranchissable limite.

1 Alex. Aphrod. de An., f° 159 a: Διχεῖ δὲ καὶ ἀριστοτέλῃ εἶναί τις

ἀναίτιος κίνησις, ὡς ἐν τῷ πέμπτω λέγεται TOY μετὰ φυσικὰ.

? Id. de Fato, p. 138.

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