‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 111 sur 228 · LIVRE 1, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE III

Les Stoiciens avaient enseigné que la providence était de l'essence de Dieu. « Que resterait-il à la neige, disait l’un d'eux, si on lui Ôtait le froid? et . au feu si on lui ôtait la chaleur? De même, que resterait-il à l'âme, si on lui ôtait le mouvement, à Dieu si on lui Ôtait la providence? » Toute la vertu stoicienne n'avait d'autre objet que le gouvernement des penchants naturels; semblablement ce n’était que pour l'ordre et la conservation du monde que Dieu agissait'. Mais, dit encore Alexandre d’Aphrodisiade, prétendre que les dieux n’agissent que pour le monde, c'est vouloir que le maitre ne fasse rien et n'existe que pour les serviteurs : c’est, par conséquent, placer le serviteur au-dessus du maitre. Encore est-il vrai que le maitre, pour tirer de son esclave le service dont il a besoin , devant prendre soin de lui et pourvoir à sa conservation, il y 8 entre eux une sorte de réciprocité, et ils sont jusqu'à un certain point le but, la fin l’un de l'autre. Mais de prétendre que le bien et la fin de Dieu consiste dans l’administration du monde, c’est mettre l’immortel dans la dépendance des choses mortelles ?.— Cependant de ce que la providence n’est pas en Dieu essentielle, c’est-à-dire de ce qu’elle n’est pas pour lui unenécessité, suit-il, comme

Id, Quest. et sol, (1536, in-f°), ἔ, 17 ἃ.

Id. ibid.

Id. ibid., 1. 16. Καὶαϑ᾽ αὑτὸ, προγγουμιένη.

ot

on imputait à Aristote de l'avoir cru, qu’elle ne lui soit qu’accidentelle et se trouve en lui comme par hasard? La division ordinaire de l'essentiel et de l’'accidentel n'a plus sa place ici. En se connaissant lui-même, Dieu connait dans leurs causes premieres les événements de ce monde; non-seulement il les connaît, mais encore il les veut. La providence qu'il en a n'est donc pas un accident. Mais en même temps il n’a, il ne peut avoir d'autre fin que lui-même; sa providence ne lui est donc pas non plus essentielle et nécessaire τ. C’est celle qui appartient à un principe absolument indépendant, exempt de tout besoin et de toute obligation, puisqu'il est le bien suprème, et qui, par conséquent, n'existe et ne fait rien que pour lui seul,

Ce n'est pas tout : il se passe dans le monde beaucoup de closes auxquelles ne s'étend pas la providence divine : ce sont les accidents qu'introduit dans le cours de la nature la présence du non-être. Il arrive dans un royaume certaines choses que le roi n’a pas commandées et qu'il ignore, le royaume ne laisse pas pour cela de subsister 2.

Ainsi, en rétablissant la cause première dans son indépendance à l’égard du monde, auquel le Stoiïcisme l'enchaïnait, Alexandre d’Aphrodisiade l’en

1 Id. ibid.

? Id, de Fato, p. 119.

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