LIVRE I, CHAPITRE III
sous l’ample développement des zdées. On voit seulement dans le Philèbe que la nature de Dieu, roi de l'univers, renferme et une intelligence royale, et, puisqu'il n’y ἃ pas d'intelligence sans âme, une âme royale’; et dans la République, que le Bien (c’està dire 1171}, surpasse l'intelligence et l'existence, et qu'il en est le principe et la source commune ?, Dans une des lettres qui nous sont parvenues sous le nom de Platon et qui paraissent avoir été composées dans son école peu de temps après lui, on commence à parler énigmatiquement de trois principes, dont le premier, roi de tout, pour lequel tout est fait ; le second , commandant aux choses du second ordre, et le troisième à celles du troisième ordre $, Dans une autre de ces lettres, on place audessus du Dieu qui mène toutes choses, présentes ou futures, et qui est proprement la cause, son Père et son Seigneur, que la véritable philosophie fait connaitre 4.
Ἢ Plat. Phil., p. 30 ἃ : Σοφία μιὴν χαὶ νοῦς ἄνευ ψυχῆς οὐχ ἄν ποτε γενοίσθην. Οὐ γὰρ οὖν. Οὐχοῦν ἐν μὲν τῇ τοῦ Διὸς ἐρεῖς φύσει βασιλικὴν μὲν ψυχὴν, βασιλικὸν δὲ νοῦν ἐγγίγνεσθαι διὰ τὴν τῆς αἰτίας δύναμιν.
? De Rep., p. 508 c: Τοῦτο τοίνυν τὸ τὴν ἀλήθειαν παρέχον τοῖς γιγνωσ- XOUÉVOLS χαὶ τῷ γιγνώσκοντι τὴν δύναμιν ἀποδιδὸν τὴν τοῦ ἀγαθοῦ ἰδέαν φάθι εἶναι....., OÙX οὐσίας ὄντο; τοῦ ἀγαθοῦ, ἀλλ᾽ ἔτι ἐπέκεινα. τῆς οὐσίας πρεσ- Θεία καὶ δυνάμει ὑπερέχοντος. 4
5 Ep. 2, p. 312 ἃ : Φραστέον δή σοι δι᾽ αἰνιγμιῶν... Περὲ τὸν πάντων βασιλέα πάντ᾽ ἐστὶ, χαὶ Exeivou ἕνεχα. πάντα" χαὶ ἐκεῖνο αἴτιον ἁπάντων τῶν καλῶν" δεύτερον δὲ περὶ τὰ δεύτερα, καὶ τρίτον περὶ τὰ τρίτα.
4 Ep. 9, p. 323 4: Τὸν τῶν πάντων θεὸν ἡγεμόνα τῶν τε ὄντων χαὶ τῶν
Un philosophe pythagoricien et platonicien du premier siècle de notre ère, comme on vient de le voir, Modératus de Gadès, compte, avec la matière, trois principes des choses : la première unité, supérieure à l'être et à toute existence; la seconde unité, qui est le véritable être ou l'intelligible, c'està-dire encore les idées ; la troisième, qui est l'âme, et qui participe et de l’unité absolue et des idées 1.
Dans l’Introduction d’Alcinoüs à la doctrine de Platon, composée probablement vers la même époque, les changements que la philosophie platonicienne a déjà éprouvés sont visibles. Les zdées ne sont plus représentées ici, ainsi qu’elles l’étaient chez Platon, comme des essences séparées, subsistant par ellesmêmes. Elles ne sont plus seulement les modèles d'après lesquels Dieu fait les choses, et les premiers objets ou même les formes de sa pensée : elles sont ses pensées mêmes ? et les actes de son intelli-
1 Simplic. ἐμ Phys., f° 50 Ὁ: Οὗτος γὰρ κατὰ τοὺς Πυθαγορείους τὸ μὲν πρῶτον ἕν ὑπὲρ τὸ ὃν καὶ πᾶσαν οὐσίαν ἀποφαίνεται" τὸ δὲ δεύτερον ἕν, ὅπερ ἐστὶ τὸ ὄντως ὃν καὶ νοητὸν, τὰ εἴδη φησὶν εἶναι" τὸ δὲ τρίτον, ὅπερ ἐστὶ ψυχιχὸν, μετέχειν τοῦ ἑνὸς χαὶ τῶν εἰδῶν.
? Alcin. Zntrod. in Plat. dogm., ©. 9: ἔστι δὲ χαὶ ἡ ἰδέα, ὡς μὲν πρὸς θεὸν, νόησις αὐτοῦ, ὡς δὲ πρὸς ἡμᾶς, νοητὸν πρῶτον. — Εἴτε γὰρ νοῦς ὁ θεὸς ὑπάρχει εἴτε νοερὸν, ἔστιν αὐτῷ νοήματα, καὶ ταῦτα. αἰώνιά τεικαὶ ἄτρεπτα. εἰ δὲ τοῦτο, εἰσὶν αἱ ἰδέαι. Plutarch. de Plac, phil., 1, 3 : ἰδέα δ᾽ οὐσία ἀσώματος ἐν τοῖς νοήμασι χαὶ ταῖς φαντασίαις τοῦ θεοῦ. — Ammonius , le commentateur d’Aristote, et Jean Philopon out bien vu la différence qu'il Υ a entre cetle conception et celle de Platon. Voy. Ammon. Herm. ἐπ Porph. isag., præf; Philopon. de Ætern. mundi, 1. Il, et ir Anal. pr. (Schol, in Aristot., ed. Brandis, p. 228).
LIVRE I, CHAPITRE III. 397 gence !. Les idées ainsi réduites à l’intelligence qui les contemple, trois principes suffisent à tout : l’âme du monde, l'intelligence du monde, et Dieu. L’âme du monde, coétendue à toute sa substance, la lie et la tient unie? : idées et expressions empruntées par Alcinoüs au Stoïcisme 5. L'intelligence du monde, inséparable de l'âme, embrasse et contient dans sa pensée tous les intelligibles 4. Dieu enfin ( comme Platon l'avait dit du Bien), Dieu donne à l’intelligible d’être pensé, en éclairant la vérité de sa lumiere, et à l'intelligence de penser 5. Néanmoins, tout en proclamant la nature divine supérieure à toute catégorie et même à l’idée du bien “, Alcinoüs semble n'oser encore, comme le feront plus tard Plotin et ses successeurs, dépouiller Dieu de la pensée même, et le réduire à la pure et simple unité. Avec Aristote, il reconnait toujours dans la cause première une intelligence qui s'assimile, par l'amour qu'elle excite, ce qui vient apres elle 7. L'âme du
1 Alcin., c. ro: Ἑαυτὸν ἂν οὖν καὶ τὰ ἑαυτοῦ νοήματα ἀεὶ vooin, καὶ αὕτη ἡ ἐνέργεια. αὐτοῦ ἰδέα. ὑπάρχει.
5 Voy. plus haut, p. 171.
4 Alcin, c. τά : ἴσως ody, οἴου τε ὄντος νοῦ ἄνευ ψυχῆς ὑποστῆναι. Plotin dit également : βννουν μὲν αὐτὸ (se. τὸ πᾶν) ἔδει εἶναι, ἄνευ δὲ ψυχῆς οὐχ οἷόν τε ἦν τοῦτο γενέσθαι. Enn., IV, 1. vu, 6. 1.
5 GC. τὸ: OÙ γὰρ ὧν ὅπερ ἐστὶν ἡ νόησις, παρέχει αὐτῇ τὸ νοεῖν καὶ τοῖς νοητοῖς τὸ νοεῖσθαι, φωτίζων τὴν περὶ αὐτὰ ἀλήθειαν.
5 Ibid,
7 GC. τὸ : Évepyei γὰρ ἀκίνητος αὐτὸς ὧν... καὶ ὡς τὸ ὀρεχτικὸν (leg. ὀρεχτόν)
monde n'avait l'intelligence qu’en puissance : Dieu agit sur elle comme l'objet du désir agit sur ce qui le désire; il l’éveille comme d'un sommeil profond ; il la tourne vers lui en lui donnant l'intelligence par laquelle elle le regarde et le contemple, et il la remplit ainsi de lui’. C'est la théorie de la Métaphysique, telle, du moins, qu'on l’entendait alors, et avec la supposition d’un monde existant par luiméme, qui ne recevait de l’action divine qu'une forme plus parfaite. Maintenant, il est vrai, tandis qu'Aristote a fait de l'acte même de la pensée la cause première qui donne l'intelligence à tout le reste, Alcinoüs s'efforce de remonter plus haut. Selon lui, l’âme du monde n’a l'intelligence qu'en puissance; l'intelligence en acte est supérieure : c'est l’intelligence du monde. Mais il est quelque chose de supérieur encore, c'est la cause même de l'acte; et cette cause seule est Dieu?. Néanmoins Alcinoüs l'appelle encore lui-même la première intelligence ; χινεῖ τὴν ὄρεξιν ἀκίνητον bnépyov οὕτω γε δὴ χαὶ οὗτος ὁ νοῦς χινήσει τὸν γοῦν τοῦ σύμπαντος οὐρανοῦ,
1 Alcin. c, τὸ : Ἐμπέπλυηχε πάντα ἑαυτοῦ, τὴν ψυχὴν τοῦ κόσμου ἐπεγείρας at εἰς ἑαυτὸν ἐπιστρέψας, τοῦ νοῦ αὐτῆς αἴτιος ὑπάρχων. C. 14: ἐγείρων oi ἐπιστρέφων πρὸς αὑτὸν τόν τε νοῦν αὐτῆς (56. τῆς ψυχῆς) χαὶ αὐτὴν ὥσπερ EX χάρου τινὸς ἢ βαθέος ὕπνου.
2 Ibid. ἐπεὶ δὲ ψυχῆς νοῦς ἀμείνων, νοῦ δὲ τοῦ ἐν δυνάμει ὁ κατ᾽ ἐνέργειαν πάντα. νοῶν χαὶ ἅμα, καὶ ἀεὶ, τούτου δὲ καλλίων ὁ αἴτιος τούτου, οὗτος ἂν εἴη πρῶτος θεὸς, αἴτιος ὑπάρχων τοῦ ἀεὶ ἐνεργεῖν τῷ νῷ τοῦ σύμπαντος οὐρανοῦ. — Selon le de Placitis philosophorum , Platon aurait défini Dieu l'intelli-
gence du monde, I, 3 : O δὲ θεὸς νοῦς ἐστὶ τοῦ κόσμου.
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et, tout en mettant les idées dans l'intelligence du monde, il y voit encore des pensées de Dieu ï.
Après Alcinoüs, tous les Platoniciens dont les opinions sont parvenues jusqu'à nous comptent aussi, outre la matière, trois principes différents de dignité et de nature, trois principes que quelques-uns appellent trois dieux, mais dont le premier et le plus élevé est toujours seulle vrai Dieu, auteur et père de toutes choses; le second, une Intelligence qui lui est subordonnée; et le troisième, l’Ame du monde. Mais, entre ces trois grands principes, marqués de ces caractères généraux, quelles sont exactement les différences et les rapports? Quelles limites précises les séparent? Quels liens les tiennent unis ? De quelle manière dépendent-ils les uns des autres, et le monde dépend-il d'eux? Sur cette question complexe la pensée des Platoniciens flotte longtemps indécise.
Platon ἃ mis l'intelligence au-dessus de l’âme, mais il ne l'en a pas rendue indépendante comme Aristote; il l’a crue sujette au mouvement ainsi que l'âme, et inséparable de l'âme. Il ἃ mis le Bien ou l'Un au-dessus de lintelligence, mais il n’en ἃ fait autre chose encore, ce semble, que la première des idées, ou l’idée qui les comprend toutes 3.
Dans Alcinoüs , le second principe, l'intelligence
1 Voy. ci-dessus, p. 336.
? Plat. de Rep., 1. VIL.
universelle n’est, comme on vient de le voir, qu'une faculté ou qu’une opération du troisième, qui est l'âme; c'est donc à peine un principe distinct. Le premier, à son tour , n’est lui-même qu’une intelligence; et, en passant de l’un à l’autre, on ne retrouve encore que les mêmes attributs et la même nature. Seulement, des deux intelligences il y en a une, la plus haute, quisubsiste par elle-même, et par qui seule la seconde passe de la virtualité à la réalité. Mais 51] est vrai, comme Alcinoüs le redit après Platon , qu’une intelligence, quelle qu’elle soit, ne puisse pas exister hors d’une àme, que devient cette existence indépendante et séparée qu’il attribue, avec Aristote, à l'intelligence première, à Dieu? ‘Plutarque unit peut-être plus étroitement encore qu’Alcinoüs l’âme du monde avec la matière. L’âme du monde, c'est Isis, telle que la représente la mythologie égyptienne, Isis, déesse de la nature et de la terre; Dieu, c'est l’époux lumineux de la déesse, le céleste Osiris”. Puis, entre Osiris et Isis, Plutarque place encore, dans le ciel et les astres, les idées ou formes éternelles, émanations de Dieu. Dispersées dans le monde matériel et passif, âme les rassemble en elle, comme Isis recueillait les membres épars de son divin époux *. Mais comment ces
* Plutarch., de 15. et Osir., e. 53 546.
2 Id. ibid., ce. 59: Οἱ μὲν γὰρ ἐν οὐρανῷ καὶ ἄστροις λόγοι χαὶ εἴδη καὶ
LA \ - - ΄ 4 δὲ τ - δ , = ἀποῤῥοαὶ τοῦ θεοῦ μιένουσι, τὰ δὲ τοῖς παθητιχοῖς διεσπαρμένα, κ, τ. À.