LIVRE I, CHAPITREL
bles à la vie purement contemplative, ils étaient nécessaires à la vie proprement humaine’. Et toutefois en cette vie même il n’en fallait à l'homme que ce qui est indispensable pour laffranchir des nécessités corporelles. Cette condition remplie, les perfections de l’âme, les vertus, suffisaient à la félicité. De grands biens extérieurs pouvaient seuls y ajouter : mais elle s’en passait ?; de grands maux physiques pouvaient seuls la troubler? : mais encore, de même que Dieu et la nature font toujours de tout ce qui est possible ce qui est le mieux, de méme la sagesse sachant toujours tirer de la plus mauvaise fortune le meilleur parti possible, c'était elle, en général, qui était la maïîtresse de la vie 4.— Théophraste affirma sans restriction, au moins expresse, que la félicité était mcompatible avec Îles maux physiques, et que la vertu ne suffisait pas pour la donner 5. Il loua dans un de ses dialogues cette sentence d’un poëte : « C’est la fortune et non la sagesse qui est la maîtresse de la vie. » Enfin lorsqu'il allait mourir, ses disciples lui demandant
ἡ Aristot. Eth. Nicom. X, 8, (Τὰ ἐχτὸς) ἐμπόδιά ἐστι πρός γε τὴν θεωρίαν. — Δεήσει δὲ χαὶ τῆς ἐκτὸς εὐημερίας ἀνθρώπῳ ὄντι" οὐ γὰρ αὐτάρκης ἡ φύσις πρὸς τὸ θεωρεῖν. 1, 8.
Ὁ Ibid. X, 7 : ἀλλ᾽ ὅμως αὐταρκέστατος (ὁ σοφός).
# Ibid. I, τας Cf. Senec. epist. 95.
4 Ibid. I, τὸ : Αἱ ἐνέργειαι χύριαι τῆς ζωῆς. # Cicer. Acad, 1. 9; de Fin. V, 5.
$ Cicer. Tusc. V, 9 : Vitam regit fortuna, non sapientia.
s'il ne lui restait rien à leur recommander, il leur dit «qu'il avait seulement un avis à leur donner; c'était de réfléchir : que la vie nous promettait, dans l'acquisition de la gloire, bien des plaisirs qu'elle ne donnait pas, et que rien n'était plus stérile que cet amour de gloire; que, s’il nous était accordé de plus longs jours, tous les arts pourraient être portés à leur perfection, et la vie humaine réglée et ornée par toutes les sciences; mais qu'il fallait mourir au moment où on commençait de savoir, où on commençait de vivre. En sorte qu'il y avait dans la vie plus de vide que de réalité. ᾽ν Aïnsi, de méme que, dans sa philosophie, tout en donnant pour fin suprème à l’homme la vie divine de la contemplation, il a été préoccupé surtout des obstacles qui s’opposent à la félicité humaine; de même, à la fin de sa carrière, chargé d'années et d’une gloire acquise par d'immenses travaux, la dernière pensée qui l’occupe et qu'il recommande à la méditation de ses disciples, c'est celle de la vanité de la vie, et de l’inutilité des efforts qu’une stérile ambition nous fait faire pour obtenir des connaissances où la fragilité de notre nature ne nous permet pas d'atteindre. Cette sagesse, plus haute à la fois et plus proche de nous, que lui-même, après son maitre, il ἃ fait résider dans l'intelligence pure paisiblement livrée à
᾿ Diog. Laert, V, 40, 4t ; Cicer. Tusc, III, 28.