LIVRE I, CHAPITRE IIT
du fond de sa solitude, de porter ses volontés parmi ses créatures. Dieu et son habitation, ou sa Gloire, c’est donc Dieu avec le cortége de ses anges, souffles vivants, esprits, par lesquels seuls il se communique à nous.
Mais les anges de Dieu ne sont pas seulement les instruments de sa volonté : ils en sont aussi les conseillers ; ils sont les assesseurs avec lesquels il délibère ". Ils forment ainsi tous ensemble sa sagesse, non moins que son pouvoir. Aussi dans le développement progressif de la théologie hébraïque, les forces divines se réunissent peu à peu sous une seule et même idée, comme en une même personne : la Sagesse divine ?. Sagesse, intelligence , science, termes synonymes 3 dans toute la haute antiquité 4. --- Cette sagesse n'est donc pas la simple faculté de savoir ou de juger, telle qu'elle est en nous, et que l'abstraction seule distingue de l’être qui sait et
Ἢ Voy. Genes., XI, 7, où Jéhovah, se consultant, parle de lui-même au pluriel , et surtout le passage célèbre (TIT, 22) où il dit : « Voilà Adam devenu comme l'un de nous. » — Dans les religions païennes , chaque grand dieu avait aussi ses assesseurs, partageant son trône et formant son conseil : c’étaient les dieux πάρεδροι, σύνεδροι, σύνθρονοι, consentes. On réunissai les régedpct dans des temples communs; d’où ils prenaient le nom de συννάοι, ὁμιονάοι. Voy. D'Arnaud, de Dis παρέδροις, Hagæ Com. 1732, in-8°; cf. Le Moyne, Varia sacra, IT, 382.
ie PIEL
3 Voy. Erod., XXXI, 33 1 Reg. II, 6; Job, XII, 12.
4 Sur les différents sens de σοφὸς et σοφία, voy. Meiners, Comm. Acad,
Gætting, τ. 1, p. 301. Σοφία et 221 ont exactement la même étendue.
qui juge. C'est une figure, sinon une substance complète, distincte de Dieu même, et qu’à mesure qu’on avance dans les monuments de la théologie judaïque, en suivant l'ordre des temps, on voit se détacher d’une manière de plus en plus prononcée sur le fond de la nature divine.
Dans les livres qui nous sont parvenus sous le nom de Salomon, le roi sage, en qui la sagesse divine a sa représentation terrestre, la Sagesse est décidément le médiateur par lequel seul Dieu a tout fait et conserve tout !; elle est l'expression efficace de sa volonté et de sa pensée. Or, elle esten même temps le souffle qui sort de sa bouche ? : c’est donc déjà lidée complète du Verbe créateur. Ce n'est pas tout: elle est appelée l'arbre de vie ὁ; extension nouvelle de l’idée de la puissance divine, qui devait devenir un jour le dogme d'une seconde manifestation de Dieu, l'Esprit saint, conçu comme le principe vital, comme l'âme vivifiante du monde.
La philosophie grecque, après avoir confondu Dieu avec la nature, après en avoir fait l’âme du monde, se voit contrainte de remonter, par l’intermédiaire de la pure intelligence, à un Dieu plus digne de ce nom, exempt de toutes les imperfections de la nature. Par un mouvement contraire,
1 Proverb., III, 19; VIII, 22, 30.
? Jbid. II, 6.
Ibid. ΠΙ, 18; ef. XI, 30, et Ecclesiastic., XLV, 6.