‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 125 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

le Dieu pur, le Dieu saint de la religion hébraïque, auteur libre de la nature et séparé d’elle, se développant en quelque sorte, et par l'intermédiaire aussi de l'intelligence ou de la sagesse, tend à descendre enfin jusqu'à la condition d’une âme du monde. Ainsi marchaient d’elles-mêmes au devant l’une de l’autre , la théologie païenne et la théologie juive, que devait unir et concilier le christianisme.

Cependant, par la conquête d'Alexandre, par la fondation d'Alexandrie, la Judée entrait en communication avec la Grèce. Ptolémée Philadelphe transportait des Juifs, au nombre de cent mille, dans la nouvelle capitale de l'Égypte. Bientôt ils y formèérent les deux cinquièmes de la population. La langue grecque était devenue la leur : les dogmes de la philosophie grecque ne pouvaient pas ne pas se marier dans leurs pensées et dans leurs écrits à ceux de leur religion nationale. Or la philosophie qui exerçait alors la plus grande influence dans le monde grec, et qui la conserva jusqu’à la destruction de Jérusalem et la dispersion des Juifs, c'était le Stoïcisme ; et, de toutes les doctrines grecques, le Stoïcisme était justement la plus propre à précipiter la théologie hébraïque sur la pente où elle s'était d'elle-même et de plus en plus engagée.

4 Phil. (Opp. ed, Th. Mangey, in-{°, τ, Il) adv, Flacc., p. 523,

L'influence du Stoïcisme est déjà manifeste (et non, comme on l’a dit’, celle du Platonisme), dans un livre attribué à Salomon, mais qui date évidemment du temps des Ptolémées, le livre de la Sagesse.

Dans ce livre, la Sagesse divine n’est plus seulement, comme dans d’autres parties plus anciennes de la Bible, une émanation de la gloire de Dieu, le rayonnement de sa lumiere, le souffle de sa puissance ? : elle a de plus les attributs caractéristiques de l’éther actif et animé des Stoiciens. Tendue comme une chaîne d’un bout à l’autre du monde, elle le pénètre, elle le parcourt, et y administre tout3; et, en même temps, elle le contient 4 : idées, expressions toutes empruntées à la philosophie stoicienne.

Dans les fragments que nous avons encore du Juif Aristobule, qui vivait sous le règne de Ptolémée Philométor, environ 150 ans avant Jésus-Christ,

4 Principalement Brucker (de Vestigüs philosophiæ Alexandrine in libro Sapientiæ, in Miscell. hist. philos., p. 187-225, Aug. Vindel., 1748, in-8° ), M. Adolphe Franck, dans ses recherches sur la Kabbale, p. 337, ete. — Jac. Thomasius avait reconnu dans le livre de la Sagesse les doctrines stoïciennes ; voy. Diss. de stoica erust, mundi, XIV , 178.

2 Lib. sap., VI, 25 : ἀτμὶς γάρ ἐστι τῆς τοῦ θεοῦ δυνάμεως, καὶ ἀπόρpoux τῆς τοῦ παντοκράτορος δοξῆς εἰλιχρινής. — ἀπαύγασμα γάρ ἐστι φωτὸς αἰδίου. XI, 21: Πνεύματι δυνάμεως.

5 1014. VIII, 1 : Διατείνει δὲ ἀπὸ πέρατος εἰς πέρας... καὶ διοικεῖ τὰ πάντα. VII, 24 : Διήχει δὲ χαὶ χωρεῖ διὰ πάντων διὰ τὴν χαθαρότητα.

4 Ibid., 1, 7 : Συνέχον τὰ πάντα,

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