LIVRE I, CHAPITRE III
on voit également la puissance divine parcourant toutes choses '. Ce dogme était, selon lui, de Moïse. Il prétendait que les Grecs l’avaient dérobé à la Bible; et, pour le prouver, il avait fabriqué, sous les noms de Linus, d'Orphée, de Musée et d’autres anciens poëtes, quantité de vers qu'il avait remplis de ses propres opinions ?. Il fut surnommé le Péripatéticien; on en peut induire que c'était chez Aristote surtout qu'il croyait retrouver sa doctrine, ou feignait de le croire 5, Or, le seul de tous les ouvrages attribués à Aristote où figurat l’idée d’une puissance divine pénétrant et parcourant la nature, c'était le livre du Monde; c’est donc le seul aussi sur lequel Aristobule ait dù s'appuyer. Bien plus : quoi de plus plausible que d'attribuer à l’auteur de tant d'écrits supposés cette production également apocryphe, marquée du même caractere, remplie de la même doctrine, et de reconnaître dans le faux Aristote comme dans le faux Orphée (que, d’ailleurs, il ne manque pas de citer }#, le Juif alexandrin, imbu de la physique stoicienne?
! Aristobul. ap. Justin., p. 37 (Paris, 1742, in-f°) : Σαφῶς οἶμαι δέδειχται ὅτι διὰ πάντων ἐστὶν ἡ δύναμις τοῦ θεοῦ.
? Voy. l'important ouvrage d’Aug. Gfroerer, Xritische Geschichte des Urchristenthums, Stutlg., 1831, in-8°, t. II, p. 71-127.
5 Clem. Alex. Strom., V,p. 305 : Τὸν ἀριστόδουλον συγγράψαι ἱκανὰ, δι᾿ ὧν ἀποδείκνυε: τὴν Περιπατητιχὴν φιλοσοφίαν ἔκ τε τοῦ χατὰ Μώσεα νόμιον χαὶ τῶν ἄλλων ἠρτῆσθαι προφητῶν.
4 De Mundo, €. 7.
Une histoire fabuleuse de la version des Septante, qui porte le nom d’Aristéas, et qu’on ne sait à quelle époque précise rapporter, mais qui doit dater aussi du temps des Ptolémées !, nous présente encore le même dogme, exprimé dans les mêmes termes, savoir, que la puissance de Dieu circule à travers tout, et que tout en est rempli ?.
Mais, dans les écrits de Philon, antérieur à Jésus- Christ de quelques années seulement, les dogmes fondamentaux de la théologie judaïque se combinant, soit avec ceux de la philosophie stoïcienne, soit avec ceux de l’Aristotélisme et du Stoïcisme, forment un système complet où achève de se déploÿer, sur de plus grandes proportions et avec des formes probablement nouvelles en partie, la théorie des puissances et des émanations divines.
Ici les deux éléments que le livre de la Sagesse laissait encore confondus ensemble dans l’idée de la sagesse divine, apparaissent détachés et séparés l'un de l’autre. D’un côté, la Sagesse, que Philon appelle de préférence la raison ou le Verbe; de l'autre côté, le Saint-Esprit 4; deux degrés par les-
* Voy. Gfroerer, Xrit. Gesch. des Urchrist,, 11, 61-71.
® Arist., p. 116, ed. Haverc. II : Διὰ πάντων ἡ δύναμις. — Παντὸς τόπου πεπληρωμένου τῆς δυναστείας.
5. Αόγος. Voy. les textes nombreux réunis par Gfroerer, Xrit. Gesch. des Urchrist., 1, 168 sqq. Cependant Philon parle quelquefois aussi de la Σοφία, dont il fait l’épouse de Dieu; νου. ibid., p. 213-229.
Ὁ πνεῦμα ἅγιον. Voy. Gfroerer, loc, cit., p. 229-243.