‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 129 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

Mais pour se rencontrer, les deux doctrines sont parties des deux extrémités opposées. C'est ainsi qu’elles s’avancent l’une vers l'autre d’un mouvement que presse et précipite une attraction réciproque. Sous l’influence des religions qui divinisent la nature, et de la philosophie qui est venue les consacrer, la théologie judaïque s'est rapprochée du naturalisme païen. À son tour, cette force que la philosophie grecque semblait chercher vainement en elle-même pour remonter du naturalisme stoïcien à la pensée d’un principe placé au-delà et audessus de la nature, c’est la théologie juive qui la Jui communique.

En faisant de l'Esprit de Dieu l'âme du monde, et une àme de laquelle le monde tient toute sa substance, Philon réduit à une seule essence, à une seule nature, comme les Stoïciens, comme Apollonius de Tyane et Numénius, et le monde et son auteur. Or, c’était justement le caractère principal par lequel la religion hébraïque se distinguait de toute autre, que d'établir entre Dieu et le monde une différence absolue de nature. Philon ne saurait l'oublier entièrement. Au lieu donc de dire que notre âme est quelque chose de détaché de l'âme universelle, ce serait, dit-il, un langage plus pieux et plus convenable à des disciples de Moïse, de l'appeler une empreinte de l'image divine. Notre âme, dit-il encore, est comme une médaille frappée par le sceau de

Dieu, dont le Verbe est le caractère τ, Pour échapper à la nécessité de faire de notre âme et de Dieu une seule et même substance, Philon essaie ici de se rattacher à l'hypothèse, encore en faveur alors chez les Platoniciens , d’un second principe subsistant par lui-même, auquel le principe divin ne ferait que donner une forme meilleure?. — Mais si l’âme humaine est véritablement, comme la Genèse elle-même le témoigne, un souffle sorti de la bouche de Dieu; si, par conséquent, elle est l'Esprit divin descendu dans notre être, et si l'Esprit est Dieu même, comment s'empêcher de reconnaître que c'est Dieu même qui est toute l'âme? Et enfin, comme de l’âme descendent semblablement les puissances inférieures, à peine restera-t-il, au-dessous de la puissance divine, pour rendre raison, sil se peut, du mal qui se trouve en ce monde,

1 Id. de Nom. mut., 1.1, p. 612 : Τῆς τοῦ παντὸς ψυχῆς ἀπόσπασμα, ἢ, ὅπερ ὁσιώτερον εἰπεῖν τοῖς χατὰ Moon φιλοσοφοῦσιν, εἰκόνος θείας ἐχμαγεῖον ἐμφερές. de Mundo, t. II, p. 606: ὁ δὲ μέγας Μωσῆς οὐδενὶ τῶν γεγονότων τῆς λογικῆς ψυχῆς τὸ εἶδος ὡμοίωσεν, ἀλλ᾽ εἶπεν αὐτὴν τοῦ θείου χαὶ ἀοράτου πνεύματος ἐχείνου δόκιμον εἶναι νόμισμιαι, οὐσιωθεῖσαν καὶ τυπωθεῖσαν σφραγίδι θεοῦ, ἧς ὁ χαραχτήρ ἐστιν ὁ ἀΐδιος λόγος. De Prof.,t.1, p. 547: ὁ δὲ τοῦ ποιοῦντος λόγος αὐτός" ἐστιν ἡ σφραγὶς, À τῶν ὄντων ἕχαστον μεμιόρφωται. Cf. de Mundi opif.,t. 1. p. 5. Cette idée, ou du moins cette figure du σφραγὶς est encore une de celles qui jouent un rôle important dans la théologie chrétienne. Voy. le premier chapitre du livre suivant. La comparaison de l’âme avec une médaille à l'empreinte de Dieu, se retrouve dans un passage de saint Cyrille d'Alexandrie , ap. Combefis. “μοί, noviss. biblioth. PP., XI, 107.

? Cf. de Mundi opif., 1, 4.

5 Phil. de Opif., p. 31 (ap. Beausobre, II, 349).

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