‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 14 sur 228 · LIVRE 1, CHAPITRE T · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE T

la contemplation , il l’oublie; il ne pense qu'aux seules sciences humaines, à la poursuite desquelles l'amour de la gloire lui a fait consumer presque toute sa vie ; son savoir ne lui sert qu'à mieux comprendre combien est peu de chose encore ce qu'il sait, et il meurt découragé. — Cependant. en même temps qu’il mit l'humanité, plus encore que n'avait fait Aristote, dans la servitude des choses sensibles et de la nature, il semble que Théophraste s’éleva à un sentiment nouveau de la perfection spéciale de la nature intellectuelle et de sa supériorité sur tout ce qui appartient au corps. Dans le fragment qui nous reste de sa Métaphysique ', et qui ne consiste qu’en des prolégomenes où il discute, selon la méthode ordinaire aux Péripatéticiens, les principales questions que la science doit résoudre, on ne trouve aucune doctrine qui soit en désaccord avec l’enseignement d’Aristote. Mais un doute y apparaît, qui semble la première lueur d'un jour nouveau. Tandis que le philosophe qui a reconnu dans la pensée le principe de tout le reste, préoccupé cependant d’une vénération superstitieuse pour le monde physique, voit encore dans le mouvement régulier des sphères célestes la plus haute forme de la vie, et n'hésite pas à mettre la condition des astres fort au-

Sur l’authenticité de ce fragment, νου. Fabricius, δ δί, græca, À. TL, ὁ. 9, $ τή.

dessus de celle des humains, Théophraste se demande si le mouvement circulaire n’est pas au contraire d’une nature inférieure à celui de l’âme, surtout au mouvement de la pensée, duquel naît ce désir où Aristote lui-même a cherché la source du mouvement du ciel !

On rapporte de trois autres disciples d’Aristote, Cléarque de Soli?, Aristoxène et Dicéarque$, qu'ils réduisirent l'âme à l'harmonie des éléments dont le corps est composé. C'est une opinion pythagoricienne que Platon et Aristote avaient également repoussée. Comment venait-elle à renaître dans l'école du second? Nous ne savons rien de plus de la doctrine de Cléarque. Mais nous voyons qu’Aristoxène ne se bornait pas à renouveler purement et simplement la théorie des Pythagoriciens : il y ajoutait un élément nouveau, modification de l’idée péripatéticienne de l’action, et qui devait bientôt jouer un grand rôle dans la philosophie. — Aristote avait remarqué que l'harmonie ne consistant que dans la proportion des éléments du corps, on n'y

1 Metaphys., ed. Brandis, p. 311,1. 3 : Εἰ δ᾽ οὖν τῆς κυχλικῆς αἴτιον τὸ πρῶτον, οὐ τῆς ἀρίστης ἂν εἴη" κρείττων γὰρ ἡ τῆς ψυχῆς, καὶ πρώτη δὴ καὶ μάλιστα ἡ τῆς διανοίας, ἀφ᾽ ἧς χαὶ ἡ ὄρεξις,

* Theodoret. Therapeut. V. Sur Cléarque, voÿ. Jonsius, de Scriptor. hist. philos., 1, xvrur. Cf. Plutarch. de Fc. in orbe lunæ, c. 2.

Plutarch. de Plac. philos. IV, 2 : Δικαίαρχος (se. ἀπεφήνατο τὴν ψυχὴν) ἁρμονίαν τῶν τεσσάρων στοιχείων Stob. Eclog. τ. I, p. 52. Nemes. de Nat. hom, pp. 28, 35.

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