‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 131 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

exemples, tirés de la nature du feu ou de la lumière et de celle de la science, reposera la théorie chrétienne de la Trinité 1.

1 S. Justin. Dialog., p. 221 : ὅποιον ἐπὶ πυρὸς ἄλλο γινόμενον, οὐκ ἑλαττομιένου ἐχείνου ἐξ οὗ ἡ ἄναψις γέγονεν. Tertull. Apolog., c. 31 : Ita de Spiritu Spiritus , de Deo Deus, aut lumen de lumine accensum. Concil, ic. symbol. : Pos ἐκ φωτός, Tatien, Contra gent., p. 145, emploie les deux comparaisons tirées de la communication du feu et de la parole à la fois une et entendue par plusieurs , et en conclut la distinction du simple μερισμὸς d'avec l’éroxonn ou ἀποτομὴ, p. 146 : To γὰρ ἀποτμιηθὲν τοῦ πρώτου χεχώρισται, τὸ δὲ μερισθὲν... οὐχ ἔνδεα, τὸν ὅθεν εἴληπται πεποίηκεν. Cf. Dion. Petav. Dogm. theol., t. I, 1. Liv, ©. 10. --- Hiérax, disciple de Manès, comparait le Père et le Fils à deux mèches brülantes plongées par leur base dans la même huile. Saint Hilaire répond qu’ils ressemblent plutôt à deux flambeaux allumés l’un de l’autre. De Trinit., VI, ap. Petav. Dogm. theol., 11, 526 : Vera fidei professio est ita Deum ex Deo natum ut lumen ex lumine , quod sine detrimento suo naturam suam præstat ex sese, ut det quod habet, et quod dederit habeat. L. VII : Quæro itaque nunc utrum divisio ac separatio sit, cum ignis ex igne est, Aut numquid abscinditur natura ne maneat, aut non sequitur natura ne insit, cum accenso lumine ex lumine per quemdam quasi nativitatis profectum naturæ nulla defectio sit, et tamen sit lumen ex lumine ? etc. Victor Utic. Prof. fid. ( Bibl. PP.,t. IV ): Deum ex Deo , lumen ex lumine filium profitendum accipimus. Si ergo in efficientia visibilis ac mundani luminis tale aliquid non (del. non) invenitur, ut, lumine ex lumine sumpto, et per quandam generalionis nativitatem exorlo , ipsam luminis originem, quæ ex se lumen aliud dedit, nec minui nec ullum omnino detrimentum ministrati ex se luminis perpeti patuit, quanto rectius et melius de divini et ineffabili luminis natura credendum est, quæ ex seipsa lumen generans minui omnino non potuil. Cf. Orig. Hom. VI, ir Num., et contra Cels. 1. VI, p. 525.

Enoius avait déjà dit, probablement d’après un auteur encore plus ancien :

Ut homo qui erranti comiter monstrat viam, Quasi lumen de suo lumine accendat, facit Ut nihilominus ipsi luceat eum illi accenderit.

Sur la différence essentielle de la Trinité chrétienne et de celle de Philon et des Néoplatoniciens , voyez le livre suivant.

Or, c’est cette conception qui, transmise de Philon aux Platoniciens, va devenir le principe organisateur et comme l’âme de leur philosophie. Celui par qui cette transmission s’opéra fut vraisemblablement le Pythagoricien Numénius. Numénius était né en Syrie, où il y avait quantité de Juifs, et où leurs doctrines étaient tres-répandues. Il avait lu la Bible : car il comparait les dogmes de Platon à ceux de Moïse et les trouvait identiques. Qu'est-ce que Platon, disait-il, sinon Moïse parlant la langue attique 7? Le plus célèbre des Juifs hellénistes d'Alexandrie, Philon, ne pouvait lui être inconnu. Et en effet dans un des fragments peu nombreux qui nous restent de lui, la théorie de Philon sur le rapport du principe supérieur au principe inférieur se retrouve tout entière, appuyée des mêmes analogies, exprimée presque dans les mêmes termes. « Toutes les choses, y est-il dit, qui, passent à celui qui les reçoit en quittant celui qui les donne, ne sont qu’une monnaie creuse : ce sont des choses périssables et humaines. Les choses divines sont celles qui, lorsqu'on les donne, restent là d’où elles proviennent; qui, en servant à l’un, ne font souffrir nul préjudice à l’autre; qui, au contraire, servent à celui-là même qui les donne, en le faisant ressouvenir de ce qu’il oubliait. C’est là la

4 Porphyr. de Antro nymph., 10; Clem. Alex. Strom., I, p. 343.

vraie richesse, la belle science, qui sert à qui la reçoit, sans abandonner qui la donne. De même vous voyez un flambeau allumé à un autre flambeau, recevant la lumière sans que celui-ci la perde, mais seulement parce que la matière du premier s’est embrasée au feu du second. Telle est encore la science qui reste à celui qui la donne, et pourtant passe, identique, à celui qui la recoit. La cause d’un tel phénomène n’a rien d’humain. Elle consiste en ce que l'essence qui possède le savoir est la méme en Dieu qui la donne et en toi et moi qui la recevons ?, »

C'est donc le caractère de la nature divine que, pour se communiquer à tout, elle n’en demeure pas moins tout entière ce qu’elle était. Et la raison qu’en indiquait Philon, Numénius l’'énonce maintenant d’une manière plus précise et plus forte: L'esprit qui se communique sans diminuer, disait le premier, c'est l'esprit pur qui remplit tout. Si la nature divine peut communiquer ses attributs sans rien en perdre, dit maintenant le second, c’est que la

1 Numen ap. Euseb. Præp. ev., XI, 18 : ὕποσα δὲ δοθέντα μέτεισι πρὸς τὸν λαμιθάνοντα ἀπελθόντα ἐκ τοῦ δεδωχότος ἐστὶν ἀνθρώπινα χρήματα, νόμισμα χοῖλον, ἐπίσημιον᾽ ταῦτα μὲν οὖν ἐστὶ θνητὰ καὶ ἀνθρώπινα" τὰ δὲ Dei ἐστιν, εἷα μεταδοθέντα ; ἐγθένδ᾽ ἐχεῖθι γεγενημένα, ἐνθένδε τε οὐκ ἀπελήλυθε, χἀκεῖθι γενόμενα, τὸν μὲν ὥνησε, τὸν δ᾽ οὐκ ἔόλαψε καὶ προσώνησε τῇ περὶ ὧν ἠπίστατο ἀναμνήσει. ἔστι δὲ τοῦτο τὸ καλὸν χρῆμα ἐπιστήμη ἡ καλὴ, ἧς ὥνατο μὲν ὁ λαδὼν, οὐκ ἀπολείπεται δ᾽ αὐτῆς ὁ δεδωχώς... Τούτου δὲ τὸ αἴτιον... οὐδέν ἐστιν ἀνθρώπινον, ἀλλ᾽ ὅτι ἕξις τε καὶ οὐσία, ἡ ἔχουσα τὴν ἐπιστήμην ἡ αὐτή ἐστι παρὰ τῷ δεδωχότι θεῷ καὶ παρὰ τῷ εἰληφότι ἐμιοὶ καὶ σοί.

nature divine préexiste partout identique. Les trois principes divins, le Père, le Fils, auteur du monde, et le Petit-Fils, qui est le monde même, ne font donc qu’un; partout une seule et même essence. L’identité est le fond de tout. La fin, le souverain bien de l’âme, c’est comme Philon l'avait aussi indiqué 1, de revenir à l’union et à l'identité absolue avec ses principes ?.

Ainsi partout un seul et même principe qui descend , par degrés, comme le Dieu des Stoiciens , à différentes formes de plus en plus éloignées de sa première nature, mais qui n'en demeure pas moins, en même temps, dans toute son intégrité et toute sa perfection essentielles; un principe qui, en se développant dans une diversité infinie, reste pourtant immuable, et auquel, du milieu même de la diversité, tout peut, tout doit revenir s'unir et s’identifier ? : telle est l’idée nouvelle introduite maintenant par Numénius au sein de la philosophie Platonicienne. — Mais cette idée, ce n'était pas à Numénius lui-même qu'il appartenait de lui faire porter ses fruits. D'un côté, on l’a déjà vu, il fait encore de la

1 Voy. de Cherub., 9; de Migr. Abrah., 73 Quis rer. div. hær., 53. 2 Procl. ἐπ Tim 3 : Νουμήνιος μὲν γὰρ τρεῖς ἀνυμνήσας θεοὺς, πατέρα . τ}. 09. οὐὐουμηνιοῦ μὲν γὰρ ρει ρα CRE θ

$ Jambl., ap. 5100). Ecl.,t. I, p. 1066 : Évooty μὲν οὖν καὶ T&uroTnTa ἀδιάκριτον τῆς ψυχῆς πρὸς τὰς ἑαυτῆς ἀρχὰς πρεσθεύειν φαίγεται Νουμήνιος.

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