LIVRE I, CHAPITRE III
matière, comme Alcinoüs, Plutarque, Atticus , une substance indépendante, entièrement étrangère dans son origine au principe divin : de l’autre, il laisse la nature divine confondue encore avec la dernière de ses puissances, soumise encore comme elles, quoiqu'à un moindre degré, aux conditions de la multiplicité et du mouvement, assujettie aux lois de la matière ". — Or, le principe nouveau porté de la théologie Judéo-Alexandrine dans la. philosophie Platonicienne, conciliant avec la diversité des effets l'unité du principe, cette double conséquence devait précisément en sortir, d’une part de rendre inutile l'hypothèse d’un second principe subsistant par lui-même hors du principe divin , et de tendre à réduire ainsi à l’unité la dualité et l’opposition, d'autre part, d'élever l'idée du principe divin, considéré dans son essence intime, jusqu’à celle de l'unité la plus pure et la plus absolue. Ce sont ces conséquences que devaient en tirer Ammonius Saccas et Plotin.
Le but qu'Ammonius se proposait n'était pas autre que de dégager la philosophie Platonicienne des éléments étrangers qu'on y avait mêlés, et de la rétablir dans sa pureté première. Or, tandis qu’Atticus avait voulu démontrer que les dogmes
1 Voy, plus haut, p. 344.
péripatéticiens répugnaient au véritable esprit du Platonisme, au contraire, suivant Ammonius, si l’on débarrassait la philosophie de Platon et celle d’Aristote des accessoires superflus dont on les avait chargées, et qu'on les réduisit à leur propre substance, on trouvait qu'elles étaient d’accord sur tous les points essentiels; et il les avait ramenées ainsi à une seule et même doctrine’. — Ammonius était né dans la religion chrétienne, et il l'avait quittée lorsqu'il avait commencé à se livrer à la philosophie. Contemporain des saint Pantène et des saint Clément, qui essayaient alors d'enrichir la théologie chrétienne des dépouilles de la philosophie grecque , peut-être même élevé dans l’école des Catéchumènes qu’ils dirigeaient à Alexandrie , il avait pu voir mieux qu'aucun autre quel avantage donnaient à la religion nouvelle contre les philosophes les dissensions qui les partageaient ?. Passé dans leur parti, il dut chercher aussi plus que personne à les mettre à l'abri du reproche le plus plausible que leur pussent faire ceux dont il venait de déserter la foi, et à montrer que ces sectes, si divi-
1. Hierocl. ap. Phot. Biblioth., cod. 214 : Τοῦτον γὰρ τὰς τῶν παλαιῶν ἀνδρῶν διαχαθάραντα δόξας, χαὶ τεὺς ἑκατέρωθεν ἀναφυομένους ἀποσχευασάμιενον λήρους, σύμφωνον ἐν τοῖς ἐπικαίροις τε καὶ ἀναγκαιοτάτοις τῶν δογ- "ἄτων Πλάτωνός TE LA ἀριστοτέλους τὴν γνώμην ἀποφῆναι. Id. ibid., cod. λϑΙ.
* Voy. les ouvrages de saint Justin et des autres apologistes, le Διάσυρ-
1e τῶν ἔξω φιλοσύφων d’'Hermias, etc.