LIVRE I, CHAPITRE III
lisme d’Aristote et de Platon. C’étaient les Stoïciens qui avaient représenté l'âme parcourant et pénétrant tout le corps, dans toute sa profondeur, et en formant ainsi un tout sympathique à lui-même dans toutes ses parties; seulement ils en avaient fait un corps mêlé avec le corps plus grossier qu'il habite. En représentant l’âme pénétrant en effet tout le corps, y mettant partout la sympathie et l'unité, et pourtant , en vertu de son incorporéité, subsistant tout entière en elle-même ou dans une intelligence plus pure encore, Ammonius Saccas ramène à la fois et subordonne la théorie de Zénon à celle de Platon et d’Aristote, comme à un système plus vaste et plus élevé qui comprend et dépasse le Stoïcisme. —1l accorde, en second lieu, Platon avec Aristote, tel du moins qu’on l’entendait alors; il accorde avec le système qui représentait l'âme comme la forme vivante de l’organisation, le système qui l'en faisait entièrement séparée 1.
Mais pour subordonner la philosophie péripatéticienne elle-même à celle de Platon, c'était dans la théologie qu'il restait un dernier pas à faire, un dernier degré à franchir, que n'avait pas franchi Numénius. Le principe le plus élevé de la Métaphysique, l’Intelligence, semblait encore impliquer quelque multiplicité et quelque mouvement, et exiger
* Plat, Tim., p. 28 e.
quelque objet étranger : pour atteindre à la hauteur première de la pensée de Platon, il restait, ce semble, à élever définitivement au-dessus de l'intelligence ce qu'il avait déclaré supérieur et à la vérité et à l'être : l’Un absolu. Ériger en premier principe la pure unité, par suite montrer le souverain bien et la fin de l’âme dans la réunion à l'Un ou l'unification, supérieure à la contemplation la plus pure, c’est là surtout ce que dut accomplir Ammonius Saccas, c’est par là qu’il dut se flatter de rétablir la doctrine Platonicienne dans toute sa pureté; c'est en cela principalement que dut consister cet enseignement que ses disciples s'étaient, dit-on, engagés à tenir secret. Platon n’avait-il pas dit qu’il était difficile de découvrir et impossible de faire connaître à tout le monde le père de toutes choses, c'est-à-dire dans sa pensée l’Un absolu, et les Platoniciens ne comparaient-ils pas la haute théologie aux grands mystères, connus des seuls initiés, à qui il était interdit d’en révéler le secret aux profanes "ἢ
* Plotin. Ennead., VI, 1x, 11 : Τοῦτο δὴ ἔθελον (leg. ἐθέλει ? ) δηλοῦν τὸ τῶν μυστηρίων τῶνδε ἐπίταγυκα, τὸ μὴ ἐκφέρειν εἰς μιὴ μεμυγμιένους᾽ ὡς οὐκ ἔχφορον ἐκεῖνο ὃν, ἀπεῖπε δηλοῦν πρὸς ἄλλον τὸ θεῖον, ὅτῳ μιὴ καὶ αὐτῷ δεῖν (leg. ἰδεῖν) εὐτύχηται. Nous suivrons la dernière édition de Plotin donnée par Creuzer en 1835 (Oxon., 3 vol. in-4°), quoiqu’elle ne soit peut-être pas très-supérieure , pour la correction du texte, à celle de Bâle (1580, in-f° ). La ponctuation surlout est souvent vicieuse, Quant aux commentaires , le meilleur reste toujours l'admirable traduction de Marsile Ficin , si profondément versé dans la connaissance de la philosophie platonicienne,