‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 137 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

De là le nom de mystique ou mystérieuse, donné. à cette théologie qui prétendait pénétrer dans le fond ineffable de l’essence divine, et conduire l’âme, par delà toute science et toute pensée, jusqu’à l'identification entière avec Dieu. — Une fois en possession de l’idée qu’un principe peut se communiquer à une nature différente et inférieure sans sortir de lui-même ni déchoir de sa propre nature, que l'unité, par conséquent, peut devenir multitude, dans une région inférieure, sans cesser d’être en elle-même unité, on devait rapporter enfin l'intelligence elle-même à un principe supérieur, entièrement exempt des conditions auxquelles elle semblait encore assujettie, à un principe affranchi de toute multiplicité, de tout mouvement, de toute activité, tel en un mot que Platon semblait avoir conçu l'Unité, et que personne depuis n’avait su la comprendre. C'est là ce que fit sans doute Ammonius Saccas, et par où il mérita, même apres Numénius, d’être considéré comme le véritable fondateur de la nouvelle école Platonicienne. l Maintenant donc le nouveau Platonisme est enfin assis sur sa triple base, la théorie des trois principes divins ou des trois kypostases archiques * : l’Un, l’Intelligence et l'Ame; principes enchainés

H se ΄ Ἀρχίχαι ὑποστάσεις,

l'un à l’autre par la nouvelle théorie de la communication de la nature incorporelle.

Des trois principes, le moins élevé, lAme du monde, c’est la cause première ou Dieu, tel que les Stoiciens l’avaient compris ; le second, l’'Intelligence, c’est le Dieu d’Aristote; enfin le principe suprême des Néoplatoniciens, l’Un, est le Dieu de Platon. Ce sont les trois principes des trois grandes doctrines qui ontrempli la période de maturité et de vigueur de la philosophie grecque; ce sont ces trois principes, subordonnés l’un à l’autre, dans le même ordre ouils s'étaient succédé’. Le Néoplatonisme recueille ainsi les doctrines qu'ont laissées les âges antérieurs; il les relève en quelque sorte l'une au-dessus de l’autre dans l’ordre inverse des temps qui les ont vues paraître, il en forme les assises successives d’une vaste philosophie que couronne l'antique doctrine de Platon. Tel est le système dont les écrits de Plotin offrent le développement. « Dans ces écrits, dit avec raison Porphyre, sont mélés secrètement les dogmes stoiciens et péripatéticiens, et la Métaphysique d’Aristote y est condensée tout entière ?. »

Ἢ En outre, Plotin compare les trois principes aux trois grands dieux, Uranus, Cronus et Zeus ( Ennead., V, 1, 4,7), qui répondent sans doute à autant d'époques mythologiques. On a dû adorer d’abord le ciel (Uranus); ensuite le mouvement du ciel, ou le temps (Cronus); enfin le principe de ce mouvement (Zeus ).

? Porphyr. Fit. Plot., c. τά: ἐμμέμικται δ᾽ ἐν τοῖς συγγράμμασι καὶ τὰ

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