LIVRE I, CHAPITRE 1Π
qui est de sa nature unité et multitude il faut remonter encore à ce qui n’est qu'unité; des raisons séminales il faut remonter aux idées pures ', des formes sensibles aux intelligibles, de l'âme à lintelligence.
Dans le monde sensible, les formes se divisent, comme l'avait dit Numénius, avec la matiere à laquelle elles sont unies; elles se divisent, et se séparent, pour ainsi dire, d'avec elles-mêmes ?. Cependant elles ne laissent pas pour cela d'être par elles-mêmes sans étendue et sans parties. La matière les divise, et elles restent en elles-mêmes indivises et unes 5. Les formes telles qu’elles sont dans la matière, les formes sensibles supposent donc, ou plutôt elles sont en leur essence des formes sans étendue et sans matière, par suite purement et simplement intelligibles 4. — Ces formes intelligibles, c’est ce que Platon ἃ nommé les idées. Mais, pour remonter aux idées, la méthode de Plotin ne consiste plus, comme celle de Platon, à séparer simplement des individus ce qui s’y trouve de commun , à abstraire l’universel de toutes les déterminations particulières. Sa méthode est plutôt celle
Enn. IV, 1v, 39.
H ’ [ - 2 " ΄ 5 Enn. V, vur, 1: ἀφίσταται γὰρ ἑαυτοῦ πᾶν διϊσταάμιενον. 3 Enn. IV, τι, τ : DIT, νι, 9.
4 Enn. IV, τν; 39 : Γίγνεται τοίνυν τὰ ἐν τῷ παντὶ οὐ χατὰ σπερματιχοὺς, ἀλλὰ χατὰ λόγους περιληπτικοὺς HAL τῶν προτέρων ἢ MATE τοὺς τῶν σπερμια-
τῶν λόγους (leg. περιληπτικωτέρους Χχαὶ προτέρους ἣ τοὺς τ. σ. À?)
d’Aristote, subordonnée , accommodée au principe directeur de toute la philosophie pythagoricienne et platonicienne. Au lieu de tirer de la comparaison des individus l’universel, Aristote se renferme dans l'individu même, et des opérations imparfaites, ou des mouvementsdel'individu, il s'élève à l’acteimmobile auquel ils se rapportent et duquel ils dépendent. Comme Aristote, c’est dans l'individu lui-même que Plotin remonte des manifestations au principe, Seulement ce n’est pas de la virtualité et du mouvement à l'acte qu'il procède, mais de la multitude à l’unité. Ce n'est plus, à la vérité, dans l'élimination de la pluralité des individus que sa méthode consiste : mais c’est dans l’abstraction successive et graduée de la multiplicité matérielle de chaque être. Ce n’est plus à l'unité logique de l'espèce et du genre qu'il semble tendre comme à la cause et à la raison derniére des choses, et ce n’est pas non plus à Pacte, opposé de la simple puissance : c’est à l'unité essentielle, intime, abstraite de toute quantité.
Ainsi c’est en poursuivant dans l’analyse de l'être l'unité, que Plotin est remonté du corps aux raisons séminales, et aux âmes qui les comprennent. De la même manière il remonte des raisons séminales aux zdées. — Déjà, sans sortir même du monde sensible , ainsi que les Pythagoriciens lavaient remarqué avant les Stoiciens, nous voyons coexister, rapprochées, réunies et confondues dans