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LIVRE I, CHAPITRE IIT

la semence, les parties organiques qui plus tard seront plus ou moins séparées et distantes. A leur tour les parties de la semence ne font qu’un dans l'unité de la raison séminale τ. La raison séminale se réduit dans l’idée à une unité supérieure encore, exempte enfin de tout commerce avec la multiplicité corporelle.

Au-dessus du monde sensible, il y a donc un monde intelligible, composé des formes pures ou idées de tout ce que le premier renferme. Tout ce qui se trouve ici-bas, se retrouve également dans le monde supérieur : terres, mers, fleuves, animaux où plantes de toute espèce’. Mais ce n’est plus ce monde de prototypes, de modèles semblables aux choses sensibles, tel qu'il semblait que Platon l’eût conçu; contre-épreuve fidele, obtenue par la plus simple abstraction, du monde réel où nous vivons. C’est le monde que forment des unités où se trouvent en essence, concentrées dans la simplicité incorporelle, les choses que le monde sensible nous présente étendues et dispersées dans l’espace et le temps 5.

Ce nest pas tout. — Dans le monde sensible, si tout s'accorde, tout aussi se fait obstacle et se nuit. Chaque chose occupe un lieu dont elle exclut toute

Enr: N, 1x:16.

3 Enn. N1, vu, 11.

> Enn. V, vit, 1.

autre. Déjà dans la semence tout se rapproche et se pénètre, il est vrai, mais jusqu’à un certain point

seulement : l'étendue, la distance y figurent encore.

Dans l’âme tout est en tout : mais les facultés diffé-

rentes ont leurs organes propres et exclusifs ou

elles sont séparées les unes d’avec les autres. Entre

les idées Yunion est plus intime. Par cela seul

qu’elles sont les formes intelligibles de toutes

choses, les idées sont les notions sous lesquelles

l'intelligence comprend tout. Or les notions ne sont pas séparées entre elles comme on Fest dans l’es-

pace : elles le sont d’une maniere tout intérieure, comme des degrés ou des puissances d’une seule et même nature. Il y a plus : toute notion s'explique

par toute autre; les contraires même, qui s'excluent dans la nature, s'appellent et se constituent réciproquement dans la pensée. Dans la semence, encore plus dans la raison séminale, encore bien

plus dans l’âme , chacune des parties est tout, quoi-

que chacune le soit d’une manière différente”.

Davantage encore dans le monde des idées, tout a beau être différent, tout est tout, et toutes les parties renferment, chacune sous une forme parti-

culière, toutes les autres’. Qu'on se figure une

te ΄ ἢ ᾿ , \ “= 1 Enn. V1, vit, 10 : ἕχαστον μέρος, ὅτι ἂν λάθῃς, πάντα, ἀλλα ἄλλος. ! - “" ᾿ ἋΣ nn - 4 , 2 Enn. V,1x, 6 : Οὕτως οὖν χαὶ πολὺ μιᾶλλον ὁ νοῦς ἐστὶν ὁμοῦ πάντα, 3 Ω - “ “ ’ CE 2 LA ἽΞ ‘ καὶ αὖ οὐχ OU.OÙ , ὅτι ἔχαστον δύναμις ἰδία. VI, τι, 20; VI, 7 : Ὁμοῦ δὲ

LIVRE I, CHAPITRE 11. 397 sphère où les astres, la terre, la mer, tous les animaux, toutes les plantes et tous les minéraux aient leur place ; qu'on se la figure diaphane, en sorte que par chaque partie on aperçoive le tout ; enfin que, sans rien changer à la forme, on en fasse peu à peu disparaitre l’étendue : tout, en demeurant ce qu’il est, viendra coïncider avec tout; c’est l’image du monde intelligible des idées τ. Ou encore les intelligibles, les zdées sont comme des rayons qui concourent au même centre; mais comme des rayons considérés avant tout développement dans l’étendue , et pris à leurs origines, où ils ne forment avec le centre qu’un seul et même point ?.

Or plus une chose, en s'étendant, se sépare et s'éloigne d'elle-même, plus elle devient faible; elle est d'autant plus forte qu'elle demeure plus une 9, Tout a donc bien plus de force, bien plus d’intensité dans le monde intelligible qu’ici-bas. Tout ce qui est ici-bas inanimé et sans vie, est vivant dans les idées; tout ce qui est vivant ici-bas, vit là-haut d'une vie plus énergique. Bien plus, dans le monde des idées , non-seulement tout vit, mais tout pense;

1 Enr, VI, ν, 5 : Παντα ἂν εἰκότως κατὰ χέντρα λέγοιτο, ἐν ἑνὶ ὁμοῦ χέντρω ἡνωμιένα,, οἷον ἀφέντα τὰς γραμμὰς, τὰ πέρατα αὐτῶν τὰ πρὸς τῷ χέντρῳ χείμιενοι., ὅτε δὴ καὶ ἕν ἐστι πάντα.

2 Ibid.

PEnnN, Vi, τ: ὥὕσῳ ἰὸν εἰς τὴν ὕλην ἐκτέταται, τόσῳ ἀσθεγέστερον

SET τοῦ ἐν ἑνὶ μένοντος,

tout y est intelligent autant qu'intelligible. L’existence y est science et sagesse !.

Les idées étaient chez Platon des formes abstraites, des entités logiques, inertes et inanimées : chez Plotin, ce sont plus que des âmes, ce sont des intelligences. Qui ne voit ce que doit ici le Platonisme nouveau à l'influence féconde de la philosophie péripatéticienne ?

Aux yeux de Plotin, comme à ceux d’Aristote, tout dans la nature tend à penser. Non-seulement tout tend à penser, mais encore tout pense, autant qu'il peut, et les animaux raisonnables, et les brutes, et les plantes mêmes, avec la terre qui les porte ?.

En effet ce que fait la nature, elle ne le fait pas par voie d’impulsion, comme avec des leviers et des machines 5. C'est toujours une raison, présente dans la matière, qui par elle seule la met en mouvement et la modifie. Ainsi se fait la reproduction des animaux et des plantes : c'est une forme qui engendre une autre forme, en donnant à un sujet soumis à son influence quelque chose d'elle-même, et demeurant elle-même immobhile#. La forme engen-

Enn. V, vi, 4 : Καὶ ἡ οὐσία ἡ ἐκεῖ σοφία;

? Enn. III, vit, 7 : Πῶς οὖν νοήσεις > ὅτι λόγοι" καὶ mac ζωὴ νόησίς τις, ἀλλὰ ἄλλη ἄλλης ἀμυδ ροτέρα, ὥσπερ χαὶ ζωή.

5. Enn. ΠΙ, vis, 1: Δεῖ δὲ καὶ τὸ μοχλεύειν ἀφελεῖν ἐκ τῆς φυσιχῆς ποιήσεως.

4 Ibid. : ἔν τοῖς ζώοις καὶ ἐν τοῖς φυτοῖς τοὺς λόγους εἰναι τοὺς ποιοῦντας,

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