‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 144 sur 228 · LEVRE 1, CHAPITRE: IDE · texte numérisé non relu

LEVRE 1, CHAPITRE: IDE

toutes les choses sensibles, l'âme en était grosse, pour ainsi dire; par la sensation, elle les met au jour pour les faire briller à ses propres yeux. Ou plutôt, elle était elle-même toutes ces choses d'une maniere faible et obscure : elle les devient d’une manière plus forte et plus manifeste; elle passe de l’état du sommeil à celui de la veille, et de la puissance à l'acte ".

Ceux qui avaient représenté l’âme comme une tablette où les choses viendraient se tracer, c’étaient les Péripatéticiens et les Stoïciens. Cependant les Stoiciens eux-mêmes avaient dit que ce n'était pas dans l'impression de l’objet sensible sur le sens ou sur l'âme que la sensation consistait, mais dans l'assentiment, qui vient de la volonté. Quant à Aristote, il est vrai que le premier il avait comparé lPâme avant la sensation à une table où il n'ya encore rien décrit; il est vrai qu'il avait représenté la sensation comme un phénomène passif qui consistait à recevoir en soi les formes des objets sensibles. Mais, sous ces apparences, la véritable théorie qu'il propose, théorie par laquelle il vient rendre à la sensation la valeur que lui refusait le Platonisme, c’est que dans la sensation, en tant qu'elle

1 Ibid, Τιγνώσχει γὰρ τῷ αὐτά πὼς εἰναι" γιγνώσχει γὰρ οὐ τῷ ἐνιζάνειν = ἃ SEA κω » ἢ :» Η τ ᾿ , αὐτὰ, ἀλλὰ TO πως ἔχειν αὐτὰ, χαὶ ὁρᾷν αὐτὰ, καὶ εἴναι αὐτὰ ἀμυδρότερον ; = N = - τ » ΄ » , \ ΄ καὶ γίγνεσθαι ἐκ τοῦ ἀμυδροῦ τῷ οἷον ἐγείρεσθαι ἐναργέστερα, καὶ ἐκ δυνάμεως

est une connaissance, il n’y ἃ point de passion, d'altération proprement dite de l'âme, mais seulement cette sorte de changement par lequel on passe de la possession à l'usage, de l'habitude à l'acte; c’est que les objets sensibles ne servent qu'à faire agir le sens; c'est que l'âme est en puissance toutes les formes sensibles comme l'intelligence toutes les intelligibles; c’est enfin que les formes sensibles ne sont autre chose, dans le fond, que les fonctions ou les actes de l'âme. La théorie que Plotin oppose à l'opinion vulgaire est donc la théorie même d’Aristote. Seulement ces figures empruntées aux objets corporels, que les Stoiciens avaient prises au sens propre, et par lesquelles seules le Dogmatisme vulgaire, issu du Stoïcisme, expliquait la sensation, Plotin les écarte avec une rigueur toute nouvelle; et, repoussant toute similitude tirée des modifications passives de la matiere, il réduit l'idée de la perception sensible, avec plus de précision qu’Aristote lui-même n’avait paru le faire, à celle de l’activité cognitive, qui trouve en soi seule son véritable objet.

Cependant il faut reconnaître qu'entre la forme sensible et ce qui la percoit il n’y a pas encore une parfaite identité. Si c’est elle-même que l'âme apercoit dans les objets des sens, c'est encore comme quelque chose d’autre, de différent d'elle, et qui

LIVRE I, CHAPITRE {ΠῚ 405 forme avec elle une dualité", C'est que la forme sensible implique la matière, le corps, où elle devient comme extérieure et étrangère à elle-même.

Il n'en est pas ainsi de la forme intelligible, ou de l’idée. Aucun élément étranger ne se mêle plus à elle. Toujours présente à elle-même, sans que rien l'en sépare, c’est elle-même qu’elle pense sans obstacle, sans interruption, sans mélange de rien de différent 5. Telle est la condition de toutes les zdées dont se compose le monde intelligible : autant d’intelligences 5 livrées éternellement à la contemplation d’elles-mêmes, et dont cette contemplation seule est tout l'être. Non-seulement ce sont les unités dans lesquelles se concentre ce qui est encore étendu et dispersé dans les àmes; mais la dualité qui subsiste dans chacune des perceptions de l’âme, la dualité de ce qui connait et de ce qui est connu y est réduite encore à l'unité et à l'identité.

Or, maintenant, de même que toutes les àmes ne sont pas seulement étroitement liées les unes aux autres, mais que de plus elles ont leur centre commun en une Ame universelle, au sein de laquelle elles ne font qu’un, de même toutes les idées ne sont pas seulement comprises et impliquées les unes dans les autres : elles remontent encore à une

2 Enn. 11. var, 7.

5 Enn. IV, 11, 5.

idée première qui les embrasse toutes, et dont elles ne sont qu'autant de manifestations particulières. Toutes les idées étant des formes diverses de l’être, l’idée première, forme des formes, est l'être abso- Jument parlant et sans aucune autre détermination, ou l'être en 5017. Ainsi le monde intelligible n’est pas seulement comme une sphère dont on ferait évanouir l’étendue, en sorte que toutes les parties fussent les unes dans les autres ?. Toutes les idées qui le composent se réunissent de plus dans une idée suprême, comme des rayons se réunissent dans leur centre 3. Ou plutôt ce sont les âmes ou les raisons séminales, déjà divisées dans la matière, qui peuvent être ‘comparées aux rayons. Les idées sont comme les commencements des rayons, encore unis dans le centre, qui n’apparaissent différents que dans les lignes qui en partent, mais qui, en se distinguant ainsi les uns des autres, demeurent identiques dans leur commun principe 4.

L'idée pure, en effet, c'est l'être. Toutes les idées particulières ne sont que des expressions différentes de l’être, considéré comme divers par rapport à cette diversité sensible que l’âme déploiera dans la nature; c’est donc le pur ètre qui est seul, à parler exactement, l’intelligible; c’est lui seul,

ἘΣΎ, Ne Le ? Voy. ci-dessus, p. 397.

5 Enn. VI, νι, 7 : ὁμοῦ ἐν ἑνὶ πάντα,

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