‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 146 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

au-dessus de la cause immédiate de la nature , audessus de l'âme universelle. Ce n’est point un être à part, absolument détaché de l'âme, c’est le fond même de l’âme'; c’est l’âme considérée dans le centre d’où elle rayonne, et où elle se réduit à Vacte simple et indivisible de la conscience intellectuelle de soi-même.

Des raisons séminales des Stoiciens, réunies dans l'âme universelle, Plotin est donc remonté d’abord aux idées, centres intelligibles, où-la multiplicité des raisons séminales se réduit à l’unité. Il ἃ réuni à leur tout les idées dans une idée première, celle de l'être, centre de l’âme elle-même. Avec Aristote, reconnaissant dans tout intelligible une intelligence en acte, il ἃ fait de l’idée premiere, source de toute existence, l'intelligence premiere, source de toute connaissance. S'élevant enfin, dans la métaphysique péripatéticienne, à une hauteur où les successeurs dégénérés d’Aristote, où les Alexandre d’Aphrodisiade eux-mêmes ne savaient plus atteindre , il a reconnu dans cette intelligence suprème, identique avec l'être, la conscience éternelle et uniforme que la pensée ἃ de la pensée.

Cependant, parvenu à ces hauteurs de la contemplation, il ne s’y arrête pas; il prétend s’élever, sur les ailes de Platon, à une région supérieure encore.

1 Enn. V,utr, 4: Τοῦτο γὰρ ἡμεῖς.

Quoique toutes les idées soient unies dans une idée première, elles ne laissent pas de former une multitude; elles ont, par conséquent, leur matière, une matière tout intelligible, 1] est vrai, mais qui n’en est pas moins un principe de division et de différence. Tout ce qui est multiple a de la matière, avait dit Aristote. — En second lieu, dans chacune des idées ou dans l’idée première qui les embrasse toutes, l’intelligence n’a d'autre objet qu’elle-même, l'intelligence et l'intelligible ne font qu'un; mais il ne laisse pas de subsister toujours entre les deux termes de la pensée une distinction quelconque. Qu’on fasse la chose pensante, la chose pensée et la pensée même entièrement identiques, elles s’évanouissent les unes dans les autres, et il n’y a plus de pensée", Si donc l'identité est nécessaire dans l'intelligence, la différence ne l’est pas moins ?. Quelque simple que soit l'intelligence, par cela seul qu’elle se pense, elle est encore dualité et multitude 5, Ce n’est pas tout : ia pensée est un

1 Enn. VI, vit, 42 : Et δὲ ταὐτὸν νοῦς, νόησις, νοητὸν, πάντῃ ἕν VEVOeva, ἀφανιεῖ αὐτὰ ἐν αὐτοῖς.

2 Ibid. V,r,43;uur,10; ὟΙ, vit, 39: Δεῖ γὰρ τὸν νοῦν ἀεὶ ἑτερότητα, καὶ ταυτότητα. λαμόάνειν, εἴπερ νοήσει.

5 Enn. V,ur, τὸ : Δεῖ τοίνυν τὸν νοῦν, ὅταν νοῇ, ἐν δυσὶν εἶναι. V, τν, αἱ Διὸ οὐχ ἁπλοῦς, ἀλλὰ πολλά. --- ἔστι μὲν οὖν καὶ αὐτὸς νοητὸν, ἀλλὰ χαὶ νοῶν, διὸ δύο ἤδη. νι, 1 : ὅτι νοεῖ ποιοῦν αὑτὸ δύο, μᾶλλον δὲ ὃν, ὅτι νοεῖ, δύο, χαὶ, ὅτι αὐτὸ (leg. αὑτὸ), ἕν. 2 : Οὐχ ἕν, ἀλλὰ πολλὰ NON, καὶ

LIVRE I, CHAPITRE ΤΠ. 411 acte. Or, suivant Plotin, il n'y a pas d'acte qui soit absolument sans mouvement’. Ici, à la vérité, c'est du même au même que le mouvement a lieu; l'intelligence ne sort, pour ainsi dire, de soi que pour revenir à soi, ou plutôt elle ne saurait se quitter. Rien ne change dans l'intelligence pure; tout y est éternel. Si donc on y trouve encore un mouvement, ce n’est pas un mouvement qui s'accomplit, comme dans le raisonnement et le discours, mais un mouvement toujours accompli et passé ?. C'est donc un mouvement qui est un repos 3, Comme la multitude et l’unité, comme la différence et l'identité, le mouvement et le repos ne sont ici qu une même chose. — Mais encore est-ce toujours du mouvement, de la différence et de la multitude.

C’est que tout en s’élevant, sur les traces de l’auteur de la Métaphysique, à la conception de l'identité complète de l’être et de la pensée, Plotin persiste toujours visiblement à distinguer jusque dans l’intelligence absolue l’acte d'avec la substance, et à considérer la pensée comme une manifestation, une

1 Enn. V, 1x, 10; VI, vir, 30. Simplic. ir Categ., ὁ £ 3 Ὁ: Io- Ε] ᾽ ’ ? ᾽ 2°) « »- - “» - 72 « δ ΄ τίνος χαὶ οἱ ἄλλοι οἱ ἀπὸ τῆς τῶν Στωϊχῶν συνηθείας εἰς τὴν Ἀριστοτέλους ς 'ν .

: Η ? \ 3 ν ς ᾽ οὗτοι συγχέουσιν εἰς ταὐτὸ κίνησίν TE χαὶ ἐνέργειαν, καὶ τὴν ποίησιν οὐ τηροῦσι χαθαρὰν ἀπηλλαηγμιένην τοῦ πάθους, εἴπερ μετὰ χινήσεως αὐτὴν ὁρῶσι.

θ Y PE :

? Enn. IL, vin, 8: Διεξόδῳ δὲ, οὐ τῇ διεξιούσῃ,, ἀλλὰ τῇ διεξελθούσῃ. 3 Enn. VI,11, 8.

forme d'existence, par-delà et avant laquelle se trouve toujours l’être. Selon lui, quand on dit, avec Aristote, que la où il n'y a pas de matière, la connaissance et la chose connue ne font qu'un, il ne faut pas entendre que c’est la connaissance de la chose qui est la chose même, mais plutôt, en sens inverse , que c'est la chose qui, étant sans matière, est purement intelligible, et qui est, par cela même, toute connaissance et toute pensée !. Car une chose n'existe point parce qu'on la conçoit, c’est parce qu'elle existe qu'elle peut être conçue ?. Ce n’est donc pas la pensée qui fait l'être et détermine l’intelligible, c'est plutôt par l'intelligible qu’elle est déterminée * ; c’est elle qui a besoin de l’intelligible, auquel elle est relative, et non l’intelligible qui ἃ besoin d’elle. L’intelligible n’a besoin de rien, il demeure paisible dans sa propre nature 4; seulement cette nature, c'est la vie, la vie la plus parfaite et la

5" ” 1 ΄ - “ « “ 1 Enn, V1, vi, 6: Εἰ δέ τις λέγοι ὡς ἐπὶ τῶν ἄνευ ὕλης τὸ αὐτὸ ἐστὶν ἡ ἐπιστήμη τῷ πράγματι, ἐχείνως χρὴ νοεῖν τὸ λεγόμενον, ὡς οὐ τὴν ἐπιστήμην 2e τὸ πρᾶγμα, λέγει εἴναι, οὐδὲ τὸν λόγον τὸν θεωροῦντα τὸ πρᾶγμα αὐτὸ τὸ

oi

- Al πρᾶγμα. , ἀλλὰ ἀνάπαλιν τὸ πρᾶγμα αὐτὸ ἄνευ ὕλης ὃν, VONTOY TE χοὶ νόησιν

5 -moévucrec ΣΙ ΡΠ ever, οὐχ, οἵαν λόγον εἶναι τοῦ πράγματος, οὐδ΄ ἐπιθολὴν πρὸς αὐτὸ, ἀλλ οὐτὸ τὸ πρᾶγμα. ἐν τῷ νοητῷ ὃν, τί ἄλλο ἢ νοῦν καὶ ἐπιστήμην εἶναι.

ὦ, €, NES) » ἊΝ τ! ΄ὔ 2 Ibid. V, 1x, 7 : 0θεν καὶ τὸ λέγειν νοήσεις τὰ εἴδη, εἰ οὕτω λέγεται, + , δὴ » ἢ δε " d #=, OI EU δ ΠΣ, » αὐ = , 1 τ ὡς ἐπειδὴ ἐνόησε τόδε, ἐγένετο ἢ ἔστι τόδε, οὐκ ὀρθῶς" ταύτης γὰρ τῆς νοήσεως πρότερον δεῖ τὸ νοούμενον εἶναι.

ΤῊ “ ’ ᾿ EU" - 5. Enn. V,1v, 2: Aoptoros μὲν αὕτη (56. ἡ νόησις )-.. ὁριζομένη δὲ ὑπὸ τοῖ νοητοῦ.

5 « « " ᾿Ξ ,» ‘ 5 “ ASE 22 ων ut © - ù 1 Ibid. : To νοητὸν ἐφ᾽ ἑαυτοῦ μένον, καὶ οὐχ ὃν ἐνδεὲς ὥσπερ τὸ ὁρῶν χα!

LANRE: TI, CHAPITRE EI. 413 plus pure, et par conséquent la pensée !. La pensée naît ainsi de l’essence même del'intelligible, et elle en est comme l’imitation et le fantôme ?. A la vérité, elle n'en est pas pour cela réellement distincte; elle n’est pas un acte accidentel à l'essence de l’intelligible, mais son essence même en acte. Néanmoins dans l'intelligence elle-même il faut concevoir d’abord l'existence, à laquelle s'ajoutent ensuite l’acte et la pensée 4. C’est ainsi que, voyant toujours en toute pensée et en tout acte quelque chose du caractere relatif, divers et mobile de l'accident, Plotin met encore au-delà l'être, comme la substance et la base, immobile sujet du mouvement de la pensée. — Pourtant,encore une fois, force lui est de reconnaïîtreavec Aristote que le premier'être, l'être par excellence, doit être tout en acte; force lui est d’avouer en dernière analyse l'identité de l'être, de l'intelligence et de la pensée. Donc tout ce qui est vrai de la pensée est vrai de l'être ; et les imperfections nécessaires de l’une sont aussi celles de l’autre.

Aristote a considéré l'être en soi, identique avec

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