LIVRE I, CHAPITRE ΤΙ
Ainsi, tandis qu'Aristote avait fait consister dans l'acte immobile et simple de la pensée le bien suprême, cause première et dernière fin de tout mouvement, Plotin voit encore dans la pensée un mouvement qui tend à une fin supérieure, et il cherche plus haut l’absolu bien.
Ce qui correspond à l'intelligence, suivant lui, c’est le beau, que le Stoïcisme avait identifié avec le bon. Or le bien est un principe supérieur que suppose et duquel dépend la beauté. La beauté ne consiste pas, comme on l'a dit, dans la proportion; car alors comment pourrait-il y avoir quelque beauté dans ce qui est simple? Une belle chose est celle où ce qui est par soi-même sans forme et sans ordre est ordonné par la forme; c’est celle où la forme, dominant la matière, l'assujettit à sa propre unité. Une chose laide est celle où la matière n’est pas assujettie à l'empire de la forme?. Or, la forme, c’est l’incorporel. La lumière est ce qui existe de plus beau dans le monde sensible, parce que c'est ce qu'il y ἃ de plus incorporel dans les corps 5. Ce qui fait la beauté du corps, c’est donc une forme incorporelle par elle-même, et qui, par conséquent,
1 Enn. 1, vi, 1. C’est évidemment aux Stoiciens que Plotin fait allusion. Voy. plus haut, p. 187.
2 Ibid, 2 : Αἰσχρὸν δὲ καὶ τὸ μὴ χρατηθὲν ὑπὸ μορφῆς καὶ λόγου, οὐκ ἀνασχομένης τῆς ὕλης τὸ πάντῃ κατὰ τὸ εἶδος μορφοῦσθαι.