LIVRE I, CHAPITRE III
moins pourtant que Platon lui-même, laisser en dehors du principe divin un second principe, qui concourt avec le premier à la constitution de la nature, Plotin fait tout sortir d’une seule et même source. Après avoir partout distingué comme deux éléments radicalement opposés celui de la matière et celui de la forme, il les rapporte en définitive à un même principe. C’est de la puissance, de l’indétermination et de l'infinité de l’Un que tirent leur origine, d'abord la matiere intelligible de l'intelligence et des idées, puis la matière sensible”. Cependant si lPUn n'était absolument point, comment pourrait-il être la cause première de tout le reste? Si du moins il n’était rien en acte, mais une simple puissance, comment serait-il Dieu, et ce qu’il y a de plus parfait? Ne serait-il pas au contraire de toutes les choses la plus imparfaite et la plus défectueuse ?? L'acte est plus parfait que la simple existence. Force est donc de reconnaître aussi l’acte dans le premier principe. Bien plus, simple comme il l’est, l'acte ne peut différer en lui de la substance, et, par conséquent, il est tout acte $. Si déjà dans l'intelligence l'acte n’est pas plutôt une suite de l'existence que l'existence une suite de
1 Enn. III, vint, 9.
® πη. V1, vit, 20 : Εἰ δὲ ὑπόστασιν ἄνευ ἐνεργείας τις θεῖτο, ἐλλιπὴς ἡ ἀρχὴ καὶ ἀτελὴς ἡ τελειοτάτη πασῶν ἔσται,
5. Jbid, : Et οὖν τελειότερον ἡ ἐνέργεια τῆς οὐσίας, τελειότατον δὲ τὸ
l'acte, à plus forte raison cela est-il vrai de l'Un, où nulle différence ne saurait trouver place. L’être, la vie, l'acte n’y sont donc qu'une seule et même chose 1.
En second lieu , il est bien vrai qu’on ne peut attribuer à l'Un la pensée. Ce serait le faire descendre au rang du deuxième principe. Tout ce qu'on lui ajoute le diminue; donc il ne se contemple pas, il ne se pense pas lui-même ?. Mais le priver de toute espèce de raison, ne serait-ce pas aussi le rabaisser au-dessous de tout ce qui est raisonnable; et comment donc alors serait-il la racine première de toute raison 39 Pour ne pas le mettre au-dessous de tous les êtres dont il est le principe, encore faut-il lui accorder quelque conscience et quelque intuition ineéffable de lui-même 4. Or c’est reconnaitre en lui une sorte d'intelligence ὅ.
En outre, si, dans le premier principe, l’existence n’est en aucune manière l’antécédent et la condition de l'acte, si ce n'est pas en vertu de ce qu'il est qu’il agit, c’est par son acte qu'il commence d'être. Dés lors on peut dire qu'il est la cause de son être, et la cause de lui-même 6.
δ Enn. VI, vi, 7 : ἘΠῚ γε μηδὲ ἐπὶ τοῦ νοῦ τοῦτο ὅτι μᾶλλον κατὰ τὸ εἶναι ἡ ἐνέργεια ἢ κατὰ τὴν ἐνέργειαν τὸ εἶνα!.
FEnn. NI, νει, 925) 30, LES ὙΠ τς, Ὁ; Enn. V1, vu, 15 : Pita γὰρ λόγου παρ᾽ αὐτῆς.
Enn. V1, vi, 39: ἀλλὰ ἁπλῇ τις ἐπιθολὴ αὐτῷ πρὸς αὑτὸν ἔσται.
Enn. V1, vut, 16 : Οἷον νοῦς.