LIVRE I, CHAPITRE III
Enfin cet acte par lequel il pose lui-même sa propre existence est un acte de volonté et de liberté. Car qui pourrait le contraindre 1? A la vérité on ne saurait concevoir dans l'Un ce libre arbitre qui délibère et choisit entre des contraires. Mais c'est là une imperfection des êtres bornés, incapables de se tenir toujours au meilleur ?. La volonté de Dieu est immuable; elle est sa nature méme. Mais en est-elle moins libre? Qu’y a-t-il au contraire de plus libre que ce qui agit conformément à sa nature? En Dieu, la volonté et l'être ne font qu’un. Sa volonté, c'est lui. Donc tel il ἃ voulu être, tel il est, et il n'est que parce que et comme il l'a voulu 5. Il est le maitre de son existence, il est l’auteur et le maître de lui-même À. — Suit-il de là que le premier principe eût pu à son gré être tout autre qu’il n'est? Mais l’objet de tout désir et de toute volonté est le bien. Nulle chose qui ne préfère être le bien plus encore que d’être ce qu’elle est, et qui ne croie être d'autant plus qu’elle participe davantage du bien ὃ. Que souhaiterait donc
1 Enn. VI, vin, 13.
2 Ibid, 21 : Καὶ γὰρ τὸ τὰ ἀντιχείμιενα δύνασθαι ἀδυναμίας ἐστὶ τοῦ ἐπὶ τοῦ ἀρίστου μένειν.
5 Enn. NI, vu, 13 : ὥς ἄρα ἐθσύλετο, οὕτω καὶ ἔστιν. 21 : Πᾶν ἄρα
, cf - " ε LES » 4 \ A ε , ’ »” βούλησις ἦν. — αι : Πρῶτον ἄρα ἡ βούλησις αὐτὸς, χαὶ τὸ ὡς ἐθούλετο ἄρα,
ve PP 1 KO οἷον EOCUAETO.
ὁ $ Enn. NI, vint, 13 : Τῶν ὄντων ἕκαστον ἐφιέμενον τοῦ ἀγαθοῦ βούλεται
d'autre que soi celui qui est le bien absolu? Rien en lui qui puisse lui déplaire et qu’il voulüt changer. Il est tout ce qu’il veut et tout ce qu'il peut vouloir être “. Il est à la fois et ce qui est aimable par excellence et l’amour : il est l'amour éternel de luimême ?. En lui volonté, amour, désir, ne font qu’un avec l'être. Ce n’est donc ni par force qu'il est ce qu'il est, ni par hasard non plus; il est ce qu’il doit être, par une volonté immuable, également supérieure à la fortune et à la nécessité 5. — Plotin rend ainsi l’un après l’autre à son Dieu tous les attributs que doit avoir celui de la métaphysique péripatéticienne : mais c'est pour finir toujours par les lui retirer. Il le déclare en définitive : ce n'est qu'improprement et par abus qu’on peut étendre à l’'Un de telles qualifications. Comment porter lintelligence et la volonté dans ce que nous ne pouvons pas seulement nommer un être? Le nom même d'Un ne lui convient pas, à parler rigoureusement : du moins nous n’arrivons d'ordinaire à l’idée de l'unité que par la réduction successive de la quantité, et comme au minimum qui en est le terme; or, le premier principe est ce qu'il y a de plus grand, non pas, il est vrai, par l’étendue, mais bien par
1 Ibid, : Σύνδρομος αὐτὸς ἑαυτῷ, θέλων αὐτὸς εἶναι, καὶ τοῦτο ὧν ὅπερ θέλει, χαὶ ἡ θέλησις καὶ αὐτὸς ἕν, elc.
? Enn. VI, vus, 15 : Καὶ ἐράσμιον καὶ ἔρως ὁ αὐτὸς καὶ αὑτοῦ ἔρως.
5 Ibid.