‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 155 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

la puissance *. Tout vient de l'Un, c’est là tout ce qu'on en peut savoir. Rien ne se peut ajouter à l'idée qu’il est la puissance universelle; il n’est de plus, il n’est actuellement, soit pour nous, soit pour lui-même, qu’un néant. Tel est le dernier principe auquel vient se terminer tout le système Néoplatonicien.

En résumé, au-dessus de la matière, trois Lypostases où substances principales, dont chacune est à ce qui lui est inférieur ce que l'unité est à la multitude, et dont la plus haute est l’Un même, sans aucune autre détermination ; trois hypostases liées les unes aux autres de telle sorte, que chacune est à celle qui vient après elle ce qu’est un centre aux rayons qui en partent, un centre divisé et multiplié en quelque manière dans ses rayons, sans laisser pour cela d’être tout en lui-même : telle est dans son dessein général la doctrine exposée par Plotin.

Outre le monde corporel et sensible, trois principes placés au-dessus, et aussi, pour ainsi dire, au fond les uns des autres, l'Ame, l'Intelligence et l’'Un; en réalité un seul et même principe considéré en rapport avec la matière sensible , avec une matière purement intelligible et idéale, et enfin en lui seul, c’est le système auquel le Platonisme tendait depuis sa renaissance. Ces trois principes mis les uns avec

1 Enn, VI, 1x, 6 : Μέγιστον γὰρ ἁπάντων οὐ μεγέθει ἀλλὰ δυγάμει,

k30 PARTIE IV.-- HISTOIRE.

les autres dans le rapport de l'unité à la multitude, c’est la forme précise à laquelle la méthode Platonicienne devait amener enfin par sa propre force les opinions incertaines et confuses des prédécesseurs d’'Ammonius Saccas. La pensée que la relation intime par laquelle dépend de chaque principe ce qui lui est inférieur consiste en ce que ce principe lui a donné de son être sans en perdre, et y descend sans cesser pour cela de subsister tout entier en luimême, c'est la pensée qu'une théologie étrangère a fournie au Platonisme. Maintenant, enfin, qu’en vertu de cette propriété divine et surnaturelle chaque principe ait produit de lui-même, ait tiré de soi seul, comme d’une source abondante, toute la multitude dans laquelle il habite et dont il est l'unité; que chacun soit ainsi comme un centre dont les rayons ne seraient que l’expansion, c’est là la conception par laquelle Plotin en particulier (bien que sur les traces sans doute de son maitre) tente une solution nouvelle des problèmes que la Métäphysique d’Aristote et la physique Stoicienne semblaient avoir laissés encore en suspens.

La philosophie péripatéticienne paraissait représenter le premier principe, ou Dieu, comme absolument séparé d’avec les natures inférieures et sans communication avec elles; c'était l'acte pur, qui formait le monde en lui donnant le mouvement sans se mouvoir. Le Stoicisme au contraire l'avait repré-

Page 1