‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 156 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE ΤΠ]. h · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE ΤΠ]. h

senté tendu dans les choses , et se mouvant en elles tout entier. Sous l'inspiration de la théologie judéohellénique encore en son enfance, l’auteur du livre du Monde a déjà indiqué une théorie moyenne, destinée à concilier ces deux théories extrêmes : en laissant Dieu hors du monde, il a fait descendre dans le monde la puissance de Dieu. Philon a inspiré à Numénius, Numénius à Ammonius Saccas une pensée plus hardie : unir, identifier, et non plus seulement rapprocher par un médiateur les extrêmes. C'est encore cette pensée que s’approprie, que développe et que féconde Plotin.

Suivant Plotin, l'essence, ou l’être, on la substance, ne se séparent pas de la puissance. Comme on l’a déjà vu, c’est le principe lui-même qui tout à la fois reste hors des choses et vient en elles. Depuis l’unité absolue jusqu'à l'âme, chaque principe demeure tout entier en soi, et en même temps, il sort de soi, il s’avance, il procède ! et s’épand

1 EnnV, 11, 2 : Προεληλυθῦς. VI, rit, 12: Πρόοδος προιοῦσα, elc. Modératus de Gadès avait déjà employé le mot προοδισμός. — Les théologiens chrétiens ont aussi exprimé par le mot πρόοδος la procession du Saint- Esprit (voy. Greg. Naz. Orat. XIIT, p. 211; XXIX , p. 493). Cependant ils ont employé de préférence, pour la procession soit du Fils, soit du Saint-Esprit le mot προσοχὴ, qui indique plus d'activité. Voy. 5. Just. Dialog. p. 221. Beauscbre, ἢ] δε, crit. du Manich., 1, 548. — Les Pères latins ont employé comme équivalant à l’idée de la procession celle de lémanation. Petav. Dogm. theol., 1, 294 : « Sciri illud oportet, quam latini theologi emanationem appellant , eam ab illis (se. græcis) nominari πρόοδον,

quæ et ab nostris processio dicitur, » Plotin se sert également des métaphores qui impliquent l’idée de l'émanation. Voy. Enr. V, 1, 6.

k32 PARTIE IV.—HISTOIRE.

dans des natures inférieures. Par cette procession nait de l’'Un l’Intelligence, de l'Intelligence l'Ame, de l’Ame l'Univers. Telle est l’idée d’où sort tout le système de Plotin. L’Aristotélisme repose sur l'idée de l'acte; le Stoicisme sur celle de la tension; l'idée de la procession résume désormais tout le Néoplatonisme, et elle est l’union des deux idées contraires qu’elle vient remplacer. C’est l’acte immobile et séparé, réuni avec l’activité concrète et en mouvement, c'est la cause immanente réunie avec la cause transitive; un même principe, immuable en lui-même, qui se meut et se métamorphose dans ses effets.

Maintenant, comment chaque principe, comment le premier principe, avant tout, se détermine-t-il à procéder dans des natures inférieures? Ce qui est bon, dit Platon, ne saurait être envieux ᾿. 1] ne refuse donc pas de se communiquer; sans changer, il donne l'être en pur don. C’est une loi universelle que tout être arrivé à son point de perfection engendre un autre être semblable à lui ?, quoique moindre que Jui 5.

Mais que la génération des choses résulte de la

1 Plat. Tim., p. 30 e : ἀγαθὸς ἦν, ἀγαθῷ δὲ οὐδεὶς περὶ οὐδενὸς ἐγγίγνεται φθόνος. Aristot. Metaph., I, 2 : ἀλλ᾽ οὔτε τὸ θεῖον φθονερὸν ἐνδέχεται εἶναι.

3 Plotin. Enn. V, 1, 6 : Πάντα δὲ ὅσα ἤδη τέλεια, γεννᾷ,

ΦΉΜΗΣ (Val, ἢ

bonté du principe, ce n’est pas à dire qu'elle soit l'effet d’une volonté bienfaisante. Les mots de bon et de bonté ne signifient ici, comme presque partout dans l’antiquité païenne, que la perfection intrinsèque, dans laquelle consiste le bien, et non le désir ou la volonté chez un être de la perfection et du bien d'un autre être’. A la vérité, tout ce qui existe tendant, par sa nature même, à être tout ce qu'il peut ètre, cette pensée ne pouvait manquer de se produire, qu'aussitôt qu'un être n’est plus empéché par rien d'étranger, aussitôt que, parvenu à sa perfection et affranchi du besoin, sa nature se développe librement, il se répand et se communique de tout son pouvoir ?. Tel est le sens de la maxime de Platon, tel est celui de la preuve que Plotin en donne , et qui est la loi universelle de la reproduction. De cette idée à cette autre que la bonté d’un être consiste précisément à vou-

! Cette derniére idée s'exprime en grec par εὔνοια où φιλανθρωπία, et non par ἀγαθότης. Aussi Cicéron traduit ainsi le passage célèbre du Timée (ἀγαθὸς ἦν οἷς.) : « Probitate videlicet præslabat; probus autem invidet nemini. » — Au resle bonitas et bonus, n'ont de même, en général, que la signification ἀ᾽ ἀγαθότης et ἀγαθός, qu'expriment probitas et probus. Cependant ces mots commencent à prendre dans quelques passages de Cicéron le sens actif et transilif de bonté et de bon. Voy. De Nat. Deor. 1. I. cap. pœnult ; IL, 34; pro Ligar.12; pro Rosc, το. Cf. Plaut. Capt. 11,1, V. 48.

2 De là l’intime connexion qui existe dans les langues anciennes aussi bien que dans les modernes entre les idées de Lberté et de penchant à donner (/ibéralité).

loir le bien de tous les êtres, que la bonté véritable et la zenveillance ne font qu’un , en d’autres termes, que la perfection et l'amour sont une seule et même chose, il n’y avait qu'un pas : mais ce pas, il n’était pourtant pas donné de le faire ni à la philosophie platonique ni à aucune autre de l'antiquité paienne.

Dans la pensée de Plotin, ce n'est donc pas par une volonté, ni par rien qui y ressemble, que chacun des trois principes, et que le premier principe avant tout se détermine à procéder hors de lui-même dans ce qui vient après lui. Supposer que la procession du premier principe s’est faite par une volonté, ce serait, dit Plotin, supposer qu'il désire, et, par suite, que quelque chose Jui manque. Or, comment manquerait-il quelque chose à ce qui est la perfection même 13 En second lieu, qui dit volonté, dit pensée et mouvement. Si donc la procession de l’Un dans l’Intelligence se faisait par volonté, l’Intelligence ne viendrait pas immédiatement après l'Un; elle ne serait pas au second rang , mais seulement au troisième. Entre elle et l’Un il y aurait encore la volonté de l'Un°. En

ἘΝ - d Ü * Enn. V, un, τὰ : Οὐδ᾽ αὖ ὅλως mochuunhf (οὕτω τε γὰρ ἦν ἀτελὴς, καὶ ARE cb ’ JE τὰ “ - δ᾽ LL A 4 τ - ΄ x A προθυμία οὐχ etyev ὅ τι προθυμηθῇ"}) οὐδ᾽ αὖ τὸ μὲν etye τοῦ πράγματος, τὸ 4 ᾽ + , A + eu δὲ οὐχ εἴχεν" οὐδὲ γὰρ ἦν τι πρὸς ὃ ἡ ἔχτασις. 2 3 4 Ü » " e ΄ , -» 1 Enn. V, ut, 12 : Εἰ δὲ μὴ, οὐχ ἔσται ἡ πρώτη ἐνέργεια ὁ νοῦς“ où γὰρ + - -Ψ , \ Fr , - ΄, οἷον προθυμγθῇ νοῦν γενέσθαι. τ, 6 : Τὸ οὖν γιγνόμενον ἐχεῖθεν οὐ κινγθέντος

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