‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 160 sur 228 · LIVRE 1, CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE IIL

de l'imagination. La matière suit, obéissante, et s'étend au gré de la forme qui lui commande et qui l’entraine 1. ὡς

De la puissance infinie de l’Un, l'Intelligence a tiré, en se développant, la matière intelligible, base de la pluralité que toute pensée implique, et, par suite, de la multitude infinie des idées. De la puissance qu’enveloppent les diverses idées , Ame fait sortir encore tout ce qu'il y a de réel dans la matière sensible, nécessaire à ses opérations, lieu où elle se déploie et s'étend. De degrés en degrés, de fonctions en fonctions toujours plus corporelles, elle descend jusqu'au corps sans vie, dernière limite où’ s'arrête épuisé le développement de son pouvoir, mais à laquelle elle donne encore une forme. L'âme est comme une lumière brillant sur une hauteur : au terme de son rayonnement il n’y a plus que les ténèbres ; mais c’est encore la lumiere, c'est encore le regard de l'âme qui détermine leur forme. Tel le soleil dore le nuage qui arrête ses rayons. Ainsi se forme le corps, multitude indéfinie et sans forme par elle-même, limite extrême où vient expirer le bien ?.

Cependant dans son mouvement progressif l'Ame

* Enn. III, vi, 17 : To μὲν οὖν péya, ἐν προύδῳ φαντάσεως θέον, ὅσον εἰς αὐτὸ δὴ τοῦτο τὸ μέγα συνθεῖν ποιῆσαν τὸ μικρὸν τῆς ὕλης, πεποίηκεν αὐτὸ τῇ παρατάσει οὐ πληρούμενον δοκεῖν εἶναι μέγα. --- Μεγεθύνεται δὲ ἕχαστα,

? Enn,. IV, ut, 9; I, vue, 5.

ne s’est pas séparée de l'Intelligence. Elle n’est descendue dans le corps que par sa partie inférieure : par sa partie supérieure elle ne laisse pas d’être toujours unie à l’Intelligence comme l’Intelligence l'est à l’'Un τ. Étendue, dispersée, séparée d’ellemême dans le vaste corps du monde, elle conserve dans l’Intelligence, la conscience de soi; et comme l’Intelligence, dans le mouvement par lequel elle se pense, n’a d'autre fin que de revenir par la conscience d'elle-même à l’unité dont elle s’est écartée, de même en se développant sous les diverses formes et à tous les degrés divers de la vie dans le monde sensible, l’'Ame n'a d'autre but que de se ressaisir, de se posséder, et de rentrer dans la primitive unité de la conscience d'elle-même et dans l’Intelligence. Toute la pratique ne tend, comme on l’a déjà vu, qu’à la contemplation et à la pensée ?. C'est l'Unité que l’Intelligence s'exprime à elle-même par la pensée, c’est l’Intelligence que l'Ame s'exprime, se représente et s’interprète à elle-même comme elle peut. L'Intelligence est à l’Un , l’'Ame est à l’Intelligence ce qu’est à l’idée, encore cachée en nous, la parole qui l’exprime au dehors 3. Comme Philon et Numéunius l’avaient dit,

1 Enn. IV, vi, 8 : Où πᾶσα οὐδ᾽ ἡ ἡμετέρα ψυχὴ édu, ἀλλ᾽ ἔστι τι αὐτῆς ἐν τῷ νοητῷ ἀεί, — Πᾶσα γὰρ ψυχὴ ἔχει τι καὶ τοῦ χάτω πρὸς τὸ σῶμα καὶ

τοῦ ἄνω πρὸς τὸν νοῦν. ἘΠ Ν, xxx, 12.

» H ΄ = ΄ « 1 2 Enn. ΠΙ, vrrr, 5: ἀνέκαμψεν οὖν πάλιν ἡ πρᾶξις εἰς θεωρίαν.

LIVRE I, CHAPITRE IE. k41 comme le dit aussi la théologie chrétienne , la seconde hypostase est donc l’image, la parole ou le

Verbe et l'interprète de la première : la troisième est l’image’, la parole et l'interprète? de la seconde.

Ainsi, des trois hypostases ou substances dont se. compose la nature divine, la seconde et la troisième sont des développements progressifs de la puissance infinie renfermée dans l'unité absolue de la première. Mais elles n'en demeurent pas moins dans leur source. Tels les rayons du soleil, en descendant jusqu'à la terre, n'en restent pas moins réunis dans le foyer commun d'ou ils émanent*. Ici le monde n’est donc plus, comme 1] semblait l'être dans la métaphysique péripatéticienne, en dehors de la Providence divine, et abandonné à lui-méme. Rien dans les corps qui ne préexiste en sa raison séminale, au sein de l'âme du monde; pas une raison séminale qui ne préexiste sous la forme éternelle d’une idée, dans l'intelligence universelle; pas une idée enfin que Dieu n’enveloppe, avant l'éternité elle-même, dans l'infini de son unité. La Providence divine atteint donc et embrasse tout. Mais

1 Enn. V,1, 7 : Εἰκόνα δὲ ἐχείνου λέγομιεν τὸν νοῦν.

3 Épunveurixr. Enn. IV, 1x, 11. — Selon saint Grégoire-le-Thaumaturge, saint Basile, saint Athanase, saint Cyrille d'Alexandrie , saint Jean Damascène , saint Augustin , elc., ces diverses qualifications ne conviennent pas moins au Saint-Esprit à l'égard du Fils qu'au Fils ἃ l’égard du Père. Voy. Dion. Petav. Dogm. theol., II, 679, 687. ᾿

ÿ Enn. IV, vint, 4.

cela ne signifie pas que Dieu règle et administre les choses par une volonté et par un raisonnement pareils à ceux dont les hommes font usage. Bien plus, la Providence est supérieure à l'intelligence contemplative la plus pure. La procession de la nature divine n’a pas été l’effet d’une détermination volontaire. Tout ne pouvait pas finir à l’Un : après ui il fallait une seconde nature, puis après la seconde une troisième, jusqu’au complet développement de la puissance divine τ : ainsi s’est formé le monde; ainsi il se conserve et se conservera toujours. Le premier principe verse sa lumière sur le second, le second sur le troisième, celui-ci sur le corps qu'il anime; c'est là la providence ?. C’est un même principe qui, par une nécessité naturelle, sans choix et sans raisonnement, rayonne du fond de son unité absolue à travers l'intelligence et l’âme jusque dans la multiplicité du monde. Tout procède d’un même centre, et ne laisse pas d’y demeurer contenu d’une manière supérieure à toute raison et à toute pensée. Telle est l’idée véritable de la Providence divine 5,

Maintenant si la procession des principes divins

ὁ Enn. MI, τι, ἃ : Γέγονε δὲ, οὐ λογισμῷ τοῦ δεῖν γενέσθαι, ἀλλὰ φύσεως δευτέρας ἀνάγκῃ, etc. Ρ

3 Enn. II, ut, 4 : ἐπιλάμπει τὰ χρείττω τοῖς χείροσι, καὶ ἡ τέλεια πρόνοια, τοῦτο.

ὅ Enn., VI, vu, 39 : H δὲ πρόνοια, ἀρχεῖ ἐν τῷ αὐτὸν εἶναι παρ᾽ οὗ τὰ πάντα.

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