LIVRE I, CHAPITRE IE. hh
finit avec l’âme et son expansion dans le vaste corps du monde, la division et la séparation ne s'arrêtent pas là. L’Ame universelle enveloppe une multitude d'âmes particulières, comme l’Intelligence une multitude d’idées ou d’intelligences; et c’est par une idée, par une intelligence particulière que chaque âme particulière tient, dans le sein de lAme universelle, à l’universelle Intelligence. Mais les âmes ne demeurent pas unies comme les #dées desquelles elles dépendent, dans l'identité de leur commun principe: En rapport immédiat, comme elles le sont, avec la matière sensible, avec l’élément de l’étendue et de la division, le désir naît en chacune d'elles de se faire dans un corps séparé une vie indépendante. Chacune se voit comme en un miroir dans ce petit monde où elle peut déployer ses puissances, et, éprise de sa propre image, obéissant à une fascination toute-puissante, elle descend, ou plutôt, comme disait Platon, ses ailes divines se brisent, et elle tombe. Le désir d’être quelque chose par elles seules et de s'appartenir, la présomption ou l'audace ?, comme disaient les Pythagoriciens , telle est la cause de Ja séparation des àmes particulières d'avec l'âme universelle, et de leur chute; telle est la première origine du mal 5. 1 Enn.,1V, 11, 12 : ἀνθρώπων δὲ ψυχαὶ, εἴδωλα αὑτῶν ἰδοῦσαι, etc. 3 Toua.
# Enn., V,1, 1: Ἀρχὴ μὲν οὖν αὐταῖς τοῦ κακοῦ ἡ τόλμιο, καὶ ἡ γένεσις, ‘ , , ME ὡ τ » 5: ψ καὶ ἡ πρώτη ἑτερότης, χαὶ τὸ βουληθῆναι δὲ ἐαυτῶν εἶναι.
he PARTIE IV.—HISTOIRE.
L'âme du monde est semblable, dans sa partie inférieure, au principe vital d’une grande plante, qui y administre tout paisiblement et sans bruit. Les âmes particulières qui s’en détachent sont semblables, du moins dans leur partie inférieure, à à ces animalcules auxquels donnent naissance les parties de la plante qui se putréfient ?,
Ce n’est donc pas par une volonté véritablement libre que chaque âme descend dans son corps; la volonté ne ténd qu'au bien : qui pourrait, de propos délibéré, quitter le meilleur pour le pire? Mais elle ne descend pas non plus par contrainte. Elle cède à une illusion, en se cherchant où elle n’est pas, hors de ce qui est sa véritable essence, admirant plus qu’elle-même tout ce qui n’est pas elle et où elle imagine se trouver. — Quoique Plotin s’efforce de séparer profondément de la procession des trois principes la descente des ὁ âmes, c’est loujours en définitive une extension de la même pensée ;
c’est en cédant à la même inclination qui a entraîné l’Ame universelle à sortir, pour procéder dans le monde, du sein de l’Intelligence, que l’âme particulière se détache de l’ Ame universelle et s'attache en particulier à un corps.
De cette premiere détermination suit toute sa destinée. Selon qu’elle a choisi de descendre plus
1 Enn., IV EU
LIVRE I, CHAPITRE III. ἀμ ou moins bas, toute une vie s'arrange pour elle, qui est la fidèle image de son choix et de sa disposition initiale". C’est ainsi que telles âmes viennent prendre des corps de bêtes , telles des corps d'hommes, et de tels ou tels hommes. Et quand l'heure de chacune est venue, elle descend d’ellemême, comme si elle était appelée par la voix d’un héraut, et entre dans le corps qui lui est conforme : à: ou plutôt elle vient moitié de son gré et moitié sans le vouloir, comme siune incantation magique l'y obligeait, ou comme on cède sans raisonnement à l'attrait d’un objet qu’on désire $.
Enfin, une fois descendue dans un corps, l’âme
peut s’y complaire; elle peut, oubliant sa patrie intelligible, se donner au monde inférieur qu ‘elle est venue habiter 4. C’est là le mal véritable. Et on lexpie après chaque vie, en descendant plus bas encore, dans une nature convenable au mauvais choix qu’on a fait. L’âme coupable tombe comme par son propre poids dans la condition de la brute, qu’elle ἃ préférée à celle de l’homme. La métempsy-
* Enn. IV, 1x, : Κάτεισι δὲ οὐκ ἀεὶ τὸ ἴσον, ἀλλ᾽ ὁτὲ μὲν πλέον, ὅτὲ δὲ ἔλαττον, κἂν πρὸς τὸ αὐτὸ γένος ἴῃ" κάτεισι δὲ εἰς ἕτοιμον ἑχάστη, καθ᾽ ὁμιοοίωσιν τῆς διαθέσεως. 13 : Ποὸὺς-ὅ ἐστιν ἕκαστον Lao de.
3 Ibid. : Καὶ ἄλλος ἄλλῃ χρόνος, οὗ παραγενομένου, οἷον χήρυχος καλοῦντος, χκατίασι, καὶ εἰσέδυ εἰς τὸ πρόσφορον σῶμα, ὡς εἰκάσαι τὰ γιγνόμενα, οἷον δυνάμεσι μάγων, χαὶ ὁλκαῖς τισὶν ἰσχυροῖς κινεῖσθαί τε καὶ φέρεσθαι.
5 Ibid.
# Enn. IV, 19, 4.
chose est sa naturelle et nécessaire punition", jusqu'au terme de chacune des périodes de la vie du monde, où, affranchies de leurs corps, toutes les âmes rentrent, sans perdre leur nature propre et leur indépendance, dans l’âme universelle.
Mais l’âme tombée dans le corps, dans la région du mal, s’en retire-t-elle au contraire autant qu’il est en son pouvoir, alors sa chute, à tout prendre, ne lui a pas porté préjudice.'Si l'Un ne s'était pas développé dans l'Intelligence et l’Ame universelle , ses puissances seraient restées à jamais ensevelies en lui. De même, si l'âme füt demeurée toujours immobile dans une existence incorporelle, elle eût Ὁ ignoré éternellement ce qu’elle pouvait. C’est l’acte qui révèle la puissance; et sans l'acte, la puissance n'est même véritablement rien?. C’est à la grandeur des effets sensibles que la force et la fécondité du principe intelligible se font connaître. — Si donc au lieu de s’enfoncer de plus en plus dans la basse région de la matière, l’âme s’en dégage et s’en retire, non en quittant cette vie (elle
Ÿ Enn. IV, 1x, 15.
? Enn. IV, vu, 5 : Κἂν μὲν θᾶττον φύγῃ, οὐδὲν βέθλαπται, γνῶσιν κακοῦ προσλαθοῦσα, χαὶ φύσιν κακίας γνοῦσα, τά; τε δυνάμεις ἄγουσα. αὐτῆς εἰς τὸ φανερὸν, καὶ δείξασα, ἔργα τε καὶ ποιήσεις, ἃ ἐν τῷ ἀσωμάτω ἠρεμοῦντα μάτην τε ἂν ἦν, εἰς τὸ ἐνεργεῖν ἀεὶ οὐκ ἰόντα, τήν τε ψυχὴν αὐτὴν ἔλαθεν ἂν ἃ εἶχεν οὐχ ἐχφανέντα, οὐδὲ πρόοδον λαθόντα, εἴπερ πανταχοῦ ἡ ἐνέργεια τὴν δύναμιν ἔδειξε χρυφθεῖσαν ἂν ἁπάντη, χαὶ οἷον ἀφανισθεῖσαν, χαὶ οὐχ οὖσαν»