LIVRE I, CHAPITRE III
que de la dualité impliquée dans la conscience même que l'intelligence ἃ de soi, elle se réduise enfin à une simplicité absolue. Comme ceux qui, dans les grands mystères, sont admis à pénétrer dans le sanctuaire le plus reculé, où ils doivent jouir de la vue des dieux, se dépouillent de tout vêtement’, de même l'âme, pour approcher de Dieu, doit se dépouiller de toute forme, même la plus intelligible et la plus pure? ; qu'elle se prépare ainsi pour le recevoir seule à seul, et elle verra tout à coup Dieu paraitre en elle 3, Vainement se fatiguerait-on à poursuivre par la pensée ce qui est au-delà de toute pensée. Il ne faut que l’attendre en silence jusqu’à ce qu'il apparaisse, comme l'œil attend, tourné vers l'horizon, le soleil qui va se lever au-dessus de l’océan 4. La pensée, par l'analogie et l’abstraction, ne sert qu’à nous élever peu à peu à la hauteur d'où il est possible de découvrir Dieu. Elle est comme un flot qui nous porte, et qui en se gonflant nous soulève, en sorte que de sa cime tout à
Enn. 1, vi, 7. Ce rite est omis par Sainte-Croix, Rech. sur les myst. du Pas.
2 Enn. VI, vu, 34.
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5. Jbid. : ἰδοῦσα δὲ ἐν αὑτῇ ἐξαιφνῆς φανέντα, μεταξὺ γὰρ οὐδὲν, οὐδὲ ἔτι δύο, ἀλλ᾽ ἐν ἄυιφω.
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4 Enn. V, νυ, 8: Διὸ οὐ χρὴ διώχειν, ἀλλ᾽ ἡσυχῇ μένειν, ἕως ἂν φάνη, παρασκευάσαντα ἑαυτὸν θεατὴν εἰναι, ὥσπερ ὀφθαλμὸς ἀνατολὰς ἡλίου περιμένει, ὁ δὲ ὑπερφανεὶς τοῦ ὁρίζοντος ἐξ ὠχεανοῦ, φασὶν οἱ ποιηταὶ, ἔδωχεν
δῷ PARTIE IV.—HISTOIRE.
coup nous voyons’. — Mais ce n'est pas au dehors qu’il nous faut regarder. De même que dans la nuit, quand tout objet extérieur ἃ disparu, l’œil aperçoit quelquefois une lueur qui émane de lui, lueur rapide et fugitive : ainsi brille par instants, du fond de nous-mêmes, le suprême bien. Et enfin toute image empruntée au sens de la vue est ici insuffisante. Si l'âme connaît le bien suprême, c’est plutôt, comme Aristote l’avait déjà dit de la pensée contemplative, par une sorte de toucher?, ou de goût intérieur. — T'àme ne cherche Pintelligible que pour en être éclairée; tout ce qu’elle demande à la beauté, c’est de la voir : mais, pour le bien, elle en veut être remplie. Ou plutôt encore, elle ne veut faire qu’un avec lui. Ce qu'on aime, on désire y être uni, et s’y perdre Ÿ. Aussi dans la contemplation, œuvre de l'intelligence, l'âme est encore prudente et raisonnable : mais le bien est comme un nectar qui l’enivre de l'ivresse de l'amour. Et mieux vaut pour l’âme être en une telle ivresse que de demeurer plus sage 4. Dans cet état, on ne sent plus son corps; on ne sent plus si on est homme, ni
‘ Enn. V1, vit, 36 : ἐξενεχθεὶς δὲ τῷ αὐτῷ τοῦ νοῦ οἷον χύματι, καὶ ὑψοῦ ὑπ᾽ αὐτοῦ οἷον οἰδύσαντος ἀοθεὶς εἰσεῖδεν ἐξαίφνης.
5 Enn. VI, 1x, 9 : ἔν ἡσύχω τῇ πρὸς ἐκεῖνο ἐπαφῇ. Ibid. 11,
5 Enn. NI, 7, 34.
4 Ibid, 35 : ὅταν ἄφρων γένηται μεθυσθεὶς τοῦ νέκταρος, τότε ἐρῶν γίγνεται,