LIVRE I, CHAPITRE III
vivant, ni quoi que ce soit au monde’. [L'âme voit qu'elle est Dieu et tout ce qui est. Ou plutôt elle ne voit rien, et n’a plus d'elle-même nulle conscience. En s’identifiant à ce qu’elle aime, ravie hors de soi, elle s'y anéantit’. Quelle félicité est alors la sienne, c'est ce dont ceux qui ne l'ont pas éprouvée peuvent juger jusqu'à un certain point par la félicité que goûte celui qui aime, et qui obtient ce qu’il aime. Mais ces amours mortelles ne s'adressent qu’à des fantômes; ou plutôt ce n'est pas eux que nous aimons véritablement, ce ne sont pas ces apparences sensibles qui sont notre bien, et que nous cherchons. Là-haut seulement est l'objet véritable de l’amour, le seul auquel nous puissions nous unir, parce qu'il n’est pas séparé de notre âme par l'enveloppe de la chair. — Telle est donc la fin dernière et le souverain bien de l'âme, l'union intime avec l'Un, c’est-à-dire la réduction à cette unité absolue qui est Dieu même.
Et pourtant l’âme ne demeure guère dans cette perfection et cette félicité; elle y atteint à grand”-
1 Ibid. 38 : Οὔτε ἑαυτὴν ἄλλο τι λέγει, οὐκ ἄνθρωπον, οὐ ζῶον, cûx ὃν, οὐδὲ πᾶν.
2 Enn. NI, vu, 35; 1x, 11: Ἁρπασθεὶς ἢ ἐνθουσιάσας. — ἔχστασις,
5. Enu. V1, 1x, 9 : Καὶ οἷς μὲν ἄγνωστον ἐστι τὸ πάθημα τοῦτο, ἐντεῦθεν ἐνθυμείσθω ἀπὸ τῶν ἐνταῦθο. ἐρώτων, οἷόν ἐστι τυχεῖν ὧν τις υάλιστα ἐρᾷ, καὶ ὅτι ταῦτα μὲν τὰ ἐρώμενα θνητὰ καὶ βλαδερὰ, καὶ εἰδώλων ἔρωτες... ἐχεῖ δὲ τὸ ἀληθινὸν ἐρώμενον, ᾧ ἔστι χαὶ συνεῖναι, μεταλαθόντα αὐτοῦ χαὶ εὔτως
δ PARTIE IV.—HISTOIRE.
peine, elle en retombe aisément !. C'est ce qu’Aristote disait déjà de la contemplation. En effet, lorsque l'âme s’est élevée au-dessus de toute forme sensible et même intelligible, s’'avançant dans ce qui est sans forme et sans limites, et n’y trouvant plus rien dont elle ressente une impression quelconque, elle se trouble, elle craint de n’avoir plus devantelle que le néant. Parce qu’il n’y a plus rien qui se fasse voir au dehors, elle s’imagine que ce qu'elle cherchait lui a échappé, et elle redescend en toute hâte jusqu’à ce qu'elle rencontre quelque objet sensible sur lequel elle s'arrête et se rassure ?. C’est qu’elle ne peut encore, ici-bas, être assez détachée des choses extérieures et de l'illusion du monde sensible 3. Si du moins elle s’en est éloignée et défendue de tout son pouvoir, affranchie par la mort, elle ira dans quelqu’une des sphères supérieures s'unir plus intimement à l’âme universelle. Mais c'est toujours, selon la doctrine commune des Stoïciens, des Pythagoriciens et des Platoniciens, pour recommencer, avec chacune des grandes années du monde, le cours invariable de la même destinée; c’est pour tomber derechef dans les vicissitudes de sa vie terrestre, en ressortir, y rentrer encore, et ainsi à l'infini durant l'éternité tout entiere.
‘Ibid. το.
ἡ πη. NI, 1x, 3: Μέχρις ἂν εἰς αἰσθητὸν ἦχοι, ἐν στερεῷ ὥσπερ ἀνα-
παυομιένη, elc.