LIVRE I, CHAPITRE II
Ainsi donc procession et retour, dans l'éternité, des trois principes universels de l’Un, de l’Intelligence et de l’Ame, descente et ascension des âmes particulières dans le temps, ce double mouvement suffit à expliquer tout; et ce double mouvement n'est lui-même qu’une alternative d'expansion et de concentration, de l’absolue unité jusqu'à la multiplicité infinie, et de la multiplicité à lunité.
C’est de la même manière que dans la philosophie stoicienne tout s'expliquait par le relächement et la tension alternative d’un seul et même principe, devenant tour à tour d’unité multitude, et de multitude unité. Mais, dans le nouveau Platonisme, le principe qui procède et se déploie dans la multiplicité n’est plus un corps comme chez les Stoiciens ; c’est pourquoi, tout en se multipliant, il reste un; tout en entrant dans le mouvement, il demeure en repos; tout en sortant de lui-même, il subsiste en lui-même : ainsi le veulent lindivisibilité et l’immobilité de l’incorporel. Chaque principe reste tout entier ce qu'il était, indivis et immuable; et, sans se départir en rien de sa propre nature, il descend, il s'épanche, il rayonne et se disperse dans une nature inférieure. — Dans le Stoicisme, le principe des choses n’anime et ne meut la nature que d’une manière toute physique, en se métamorphosant en elle tout entier, en s’y abaissant et s'y perdant sans réserve; dans l’Aristotélisme , au contraire, il
semble, renfermé dans son unité solitaire, n’exercer, pour ainsi dire, sur le monde qu'une action morale, ou idéale, par le désir qu'il lui inspire et duquel nait le mouvement. La première de ces théories représente le principe des choses dans son rapport avec les choses mêmes, d’une maniere purement naturelle, ou matérielle; la seconde (telle du moins qu'on l’entendait) le représente d’une maniere tout humaine, comme étant pour le monde ce qu'est pour nous l’objet en vue duquel notre volonté se détermine. Le Néoplatonisme veut s'élever, au-dessus du Stoicisme et de lAristotélisme, à un point de vue véritablement divin, où ces contraires se concilient ; c’est la pensée que le caractere des véritables principes est précisément de rester tout entiers en eux-mêmes et de procéder ou de descendre tout entiers dans les choses inférieures pour les ramener à eux".
Ainsi c’est la procession qui explique tout, la procession, où le mouvement n'empêche pas le repos, ni la multiplication l'unité. Mais , maintenant, Plotin prend-il au pied de la lettre l’idée de la procession? — D'abord que peut-on entendre, dit-il luimême, par la descente de l'âme dans un corps? L'âme incorporelle et inétendue n’est renfermée en aucun lieu et ne change point de lieu; elle est donc
- ς "" Δ τῶ - a 4 5 ’ 1 Enn. NI, IV, 12 : Ὡς οὐχ ὄντος αὐτῆς (SC. τῆς ψυχῆς) τοῦ μεν εν σωμᾶσι,
τοῦ δὲ ἐφ᾽ ἑαυτοῦ, ἀλλὰ ὅλου ἐν αὐτῷ (leg. αὑτῷ) καὶ ἐν πολλοῖς αὖ φανταζομιένου.