‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 168 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III. h · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III. h

en lui les désirs féconds ". — Qu'est-ce que cette théorie , si ce n’est la théorie d’Aristote ἢ

Or, ce que Plotin ne dit ici que de la descente des ämes individuelles, évidemment il le faut étendre à la procession des trois grands principes, à la procession de l’'Ame universelle, de l'Intelligence et de l'Un.

Aucun de ces principes n’est en un lieu; aucun n'est ni près ni loin de quoi que ce soit; chacun est partout tout entier. La procession de chacun ne consiste donc en autre chose qu’à apparaître dans le sujet capable de le recevoir, selon le mode et dans la mesure de la réceptivité de ce sujet ?. Ce n’est donc pas, à vrai dire, le principe qui descend lui-même de son unité dans la multiplicité, de son repos dans le mouvement; il demeure immuable dans sa sage quiétude; et la nature inférieure vient se suspendre à lui, cherchant comme avec amour où il se trouve. Ainsi l'amant veille à la porte de ce qu'il aime, agité du désir de le posséder et de s’y unir $. Qui ne voit, encore une fois, que c’est là la théorie même d’Aristote ἢ Dégagée de l'appareil des

1 Ibid, vu, 15.

? Jbid. 2 : Εἰ δὲ μήτε τὸ πόῤῥω εἴπερ πάρεστι, χαὶ ὅλως ἐστὶν ἐκείνων ἐχάστω, οἷς μήτε ποόῤῥωθέν ἐστι μήτε ἐγγύθεν , δυνατεῖς δὲ δέξασθαί ἐστιν,

ὅ Enn. VI, v, το: Μένει μὲ ν οὖν ἐν ἑαυτ ῷ σωφρονοῦν, χαὶ οὐκ ἂν ἐν ἄλλῳ γένοιτο" ἐχεῖνα, δὲ τὰ ἄλλα ἀνήρτηται εἰς αὐτὸ, PO οὗ ἐστι πόθῳ ἐξευρόντα, χαὶ οὗτός ἐστιν ὁ θυραυλῶν ἔρως, παρὼν ἔξωθεν ἀεὶ χαὶ ἐφιέμενος τοῦ καλοῦ...

" “ ΄ ’ -" LIN ἀγαπῶν ἀεὶ Οὗτος. ὡς δύναιτο ETAGE.

figures poétiques, la doctrine fondamentale des Ennéades se trouve n'être autre que celle de la Métaphysique. — En apparence, Plotin expliquait toutes choses par le développement progressif d’un seul et même principe; en réalité, à quelque hauteur qu'il essaie de remonter pour trouver une source unique de toutes choses, il confesse la nécessité d'établir à coté de la première cause un élément inférieur, principe de multiplicité, à qui elle donne, par le désir qu’elle y fait naître, le mouvement et la vie. — L'auteur du livre du Monde avait dit que la cause première restait, dans son essence immobile, en un lieu séparé, et que par sa puissance seule elle se communiquait. Plotin a rejeté comme une fiction la distinction de la puissance et de l'essence. Il a fait voir la cause incorporelle et incirconscriptible présente partout et tout entiere par elle-même. Mais comment se montre-t-elle différente d’ellemême en des natures inférieures? Ce n’est pas par des puissances qui descendent de son sein, qui rayonnent de son unité, c’est parce qu'il y a en dehors d’elle, dès l'origine, quelque autre chose encore où elle se manifeste, et dont la puissance, dont la capacité mesure et limite ses manifestations '. Ainsi se retrouve encore, au fond de ce système où tout

1 Enn. VI, 1v, 3: Où μὴν οὐδ᾽ ὡς ἐκεῖνο pr ὅλως παρεῖναι, met χαὶ ͵ » ΄ " - - ΕἸ - ᾿ , ’ σὺν 9 € τότε οὐκ ἀποτέτμηται ἐκεῖνο τῆς δυνάμεως αὐτοῦ, ἣν ἔδωχεν ἐχείνω" ἀλλ᾽ ὁ

LIVRE I, CHAPITRE III. 61 paraissait s'expliquer par un principe unique, le dualisme de la métaphysique d’Aristote.

Au lieu que le premier être, qui est l’Intelligence, soit une émanation de l'Un, sans le concours d’aucun autre principe, il faut donc avec l’Un une premiere matière, quelle qu’elle soit, source de toute autre matière, une première matiere dont l'Intelligence n'est, pour ainsi dire, que la première mise en œuvre, et de laquelle elle tire ensuite tout le reste. Aristote considérait les âmes comme la première manifestation de la cause première, qui est l’Intelligence, dans la matière qu’elle appelle à l'acte. Cette première manifestation, Plotin la voit plus haut, dans l'Intelligence elle-même; il établit ainsi un degré de plus dans le même système de dualisme (au moins apparent); c’est là, à ce qu’il semble, toute la différence.

Cependant, tandis que, dans la doctrine d’Aristote, le premier principe était tout en acte et que la matière, qui n’est rien qu’en puissance, n'en pouvait être issue, et semblait, comme dans la doctrine de Platon, n’en recevoir que l’ordre et non l'être, Plotin cherchant le premier principe au-dessus de tout acte , dans l’Un absolu , veut y trouver l’origine de la matière elle-même. L'Un serait alors la source première de l'élément de l’infinité et de l'indétermination, duquel lIntelligence aurait formé tout le reste. —- Telle était déjà la pensée de Phi-

lon lorsqu'il attribuait au premier Dieu ou au Père la création, au Verbe l'arrangement des choses : ; telle fut celle d'une partie des Gnostiques; telle fut, sans doute, pendant longtemps, la pensée des théologiens chrétiens ?. Seulement, à mesure que la théologie chrétienne entrait davantage dans la possession et la conscience de ses propres principes, elle devait faire de plus en plus de la matière, non une émanation naturelle de Dieu, comme Philon, les Gnostiques et Plotin, mais une libre création de sa volonté.

Mais, s’il est impossible de faire émaner naturellement la simple puissance de ce qui n’était qu'acte, l'est-il moins de faire émaner naturellement de ce qui n’est qu'unité l’infinité et la quantité? Comment ce qui était déjà vrai, à cet égard, suivant Plotin lui-même, de l’Ame et de l’Intelligence, ne serait-il pas vrai, à plus forte raison,

1 Phil. de Somn., ed. Mang., t. IL, p. 632 : Ο Θεὸς τὰ πάντα γεννήσας, , 0 > 3 A 4 2 \ ἢ , " ἌὌ » ’ »

cd μόνον εἰς τοὐμφανὲς ἤγαγεν, ἀλλὰ rat ἃ πρότερον οὐκ ἦν ἐποίησεν, οὐ Ôn-

- ᾿ Αἱ 2 À KO χαὶ x ΄ τῇ αὐτὸς LE = P ] . Ti : Il υιουργὸς μόνον, ἀλλὰ καὶ χτίστης αὐτὸς ὦν. rocl. ir Tim., p. 91 : Πορφύριος δὲ φησὶν ὅτι πατὴρ μέν ἐστιν ὁ ἀφ᾽ ἑαυτοῦ γεννῶν τὸ ὅλον, ποιητὴς δὲ

3. Methodius ap. Phot. cod. 235 (ed. Bekk. p. 304): Δύο δὲ δυνάμεις Pre ἔφαμεν εἶναι ποιητικὰς, τὴν ἐξ οὐκ ὄντων γυμνῷ τῷ βουλήματι χωρὶς ed λησμοῦ ἅμα τῷ θελῆσαι αὐτουργοῦσαν ὃ βούλεται ποιεῖν" τυγχάνει δὲ ὁ Πάτηρ᾽ θατέραν δὲ χαταχοσμιοῦσαν καὶ ποιχιλλοῦσαν χατὰ μίμησιν τῆς προτέρας τὰ f ” Α Ç « ’ 4 - \ ἤδη γεγονότα" ἔστι δὲ ὁ Υἱὸς, ἡ παντοδύναμος καὶ χραταιὰ χεὶρ τοῦ πατρὸς, ἐν ἦ μετὰ τὸ ποιῆσαι τὴν ὕλην ἐξ οὐκ ὄντων χαταχοσμεῖ. Cf. Justin. Cohort. ad gent., p.21, ed. Francof., Voy. le livre suivant.

Page 1