LIVRE I, CHAPITRE III
de l’Un absolu? Si l'Un est la simplicité même, si en conséquence on ne peut concevoir qu’il devienne, sans le concours d'une matière quelconque, la dualité de l’Intelligence , comment le concevoir se développant d’abord par lui seul dans l'infinité de la matière, et se transformant ainsi dans ce qui est justement le contraire de sa propre nature? Donc il faut toujours imaginer la première matière, nécessaire à la formation du second des principes divins, comme distincte du premier, si étroitement qu’on le lui veuille unir, et comme coexistant dès l’origine avec lui; et ladoctrine de Plotin coïncide encore une fois avec celle d’Aristote, Le Néoplatonismea voulu réunir dans une nouvelle et plus haute idée de la nature divine les contraires, qui partout s’excluent, et toujours il est ramené à les partager, comme Aristote, entre la nature divine et une nature différente, principe mystérieux de toute imperfection.
Néanmoins une impulsion puissante arrache en quelque sorte la philosophie de Plotin à l’attraction continuelle de la métaphysique péripatéticienne, et l'entraine dans une direction tout opposée; c'est l’impulsion que lui a donnée l'esprit même du Platonisme. Poursuivant toujours le premier principe au-delà de toute détermination et de toute forme , il tend invinciblement à résoudre l’Un luimême dans lindétermination absolue de la matière.
θ᾿ PARTIE IV.—HISTOIRE.
Aristote a pris pour la cause première l’acte pur, qui est la Pensée se contemplant elle-même; Plotin cherche au-delà un principe supérieur encore, en qui se rencontre, s’il se peut, la source commune et de l’acte et de la puissance. Au-delà de la beauté il trouve ke bien, et il rapporte la beauté, comme toute forme, à l’intelligence, et le bien à l’amour. Est-ce donc à l'amour qu’il s'arrêtera? l'amour, principe fécond duquel venait de naître, dans l’obscurité de la Judée, une nouvelle religion, une nouvelle philosophie, un nouveau monde. — Mais Pamour implique encore quelque action, et, par conséquent, selon Plotin, la multiplicité et le mouvement. C’est donc plus loin encore qu’il cherche la cause première. Or, en faisant abstraction de tout acte quelconque, il ne reste, d’abord, que le simple fait d'exister, sans nulle autre détermination.
Aussi a-t-on vu Plotin, après avoir fait la pensée supérieure à la simple existence, après avoir identifié la pensée et le véritable être, placer l'être audessus de la pensée; contradiction inévitable qui deviendra chez ses successeurs plus manifeste encore. En conséquence, tandis que dans le système d’Aristote, c’est par l’acte de la pensée que le premier principe engendre dans les êtres naturels le désir, duquel suit le mouvement, selon Plotin, pour que la cause produise sans mouvement ce qu’elle produit, il faut qu’elle le produise par son existence