‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 17 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE TI. l · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE TI. l

sciemment et volontairement fait de la nature quelque chose de brut et d’aveugle. Ce qu’il trouve à dire à la nature, chez Straton, c'est ce qu'il reproche en des termes identiques au Dieu de Platon et de ses disciples Xénocrate et Héraclide, au Dieu d’Aristote; c'est d’être, à cause de leur immatérialité même, dépourvus des sens et de la figure corporelle qu Épicure attribuait à ses dieux; c’est enfin ce que Velléius reproche au Dieu même des Stoiciens, corporel il est vrai, mais animé, intelligent, actif, sans figure ni sens ‘. Il n'y a donc rien ici dont on puisse inférer que Straton n'avait pas reconnu dans la nature la présence de l'intelligence : ce serait plutôt le contraire. Maintenant résulte-t-il des premiers mots, que Straton ne reconnut d’autre dieu que la nature? Velléius le dit-il formellement, on ne serait pas tenu de l’en croire. N'impute-t-il pas faussement à Aristote, à Théophraste, à Xénocrate et à Héraclide d’avoir confondu Dieu avec le monde, le ciel ou l'éther? Mais pourquoi le sens méme de ses paroles ne serait-il pas ici simplement que Straton mit dans la nature la puissance que d’or-

dinaire on attribue aux dieux, la puissance de pro-

τ De Nu. Deor. I, 12 : Quod vero ( Plato) sine corpore ullo Deum vult

6556... careal enim sensu necesse est. — Ibid. 13 : Xenocrates... eujus libris qui sunt de natura Deorum, nulla species divina describitur. — Heraclides ..sensuque Deum privat ete, — Ibid, 13 : Cum autem sine corpore idem vult esse Deum, omni illum sensu privat et prudentia, — Ibid. Zeno

… æthera Deum dicit esse, si intelligi potest nil sentiens Deus,

k2 PARTIE IV.— HISTOIRE.

duire, de conserver, de changer les choses? Cicéron lui-même dit ailleurs : « Niez-vous que la nature puisse quelque chose sans Dieu? Straton vient à la traverse, qui exempte Dieu de ce grand ouvrage du monde. S'il est permis aux prêtres des Dieux de ne rien faire, combien cela ne l’est-il pas plus justement aux Dieux mêmes? Il dit donc qu'il n’a pas besoin pour faire le monde du secours des dieux; il enseigne que tout ce qui existe a été formé par la nature; non que tout soit, comme le dit Épicure, le résultat du concours de corps rudes , polis, ou crochus, séparés par le vide : ce sont là, selon lui, des rêveries de Démocrite, qui imagine au lieu de démontrer; mais poursuivant dans le détail les diverses parties du monde, il montre que tout ce qui est ou qui vient à être, a été formé ou se forme par des poids et des mouvements naturels. De la sorte, il délivre Dieu d’un grand labeur, et moi d'une grande crainte. Car qui pourrait, s’il pense que Dieu s'occupe de lui, ne pas trembler jour et nuit devant la puissance divine 19.» En rapportant

1 Acad. II, 38 : Negas sine Deo posse quidquam ? Ecce tibi e transverso Lampsacenus Strato, qui det isti Deo immunitatem magni quidem muneris. Sed (/eg. scilicet?) cum sacerdotes Deorum vacationem habeant, quanto est æquius habere ipsos Deos? Negat opera Deorum se uti ad fabricandum mundum, Quæcumque sint, docet omnia effecta esse natura ; nec ut ille, qui asperis et lævibus et hamalis uncinatisque corporibus concreta hæc esse dicat , interjecto inani. Somnia censet hæc esse Democriti, non docentis, sed optantis, Ipse autem singulas mundi partes persequens, quidquid aut

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