‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 175 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

rait perpétuellement en elle-même. Ainsi il n'y a pas dans l'âme un mouvement véritable, et pourtant quelque chose s'y trouve d'analogue au mouvement.

Pour l’Intelligence, le mouvement lui est encore plus étranger qu’à l’Ame. L'intelligence ἃ pour essence de se connaître elle-même, d’être seule et tout entière l’objet de sa propre contemplation : elle ne pense donc pas tantôt à un intelligible, tantôt à un autre. Il y aurait alors des moments où telle ou telle partie d'elle-même ne serait pas l’objet de sa pensée. Donc elle pense à la fois tout ce qu'il est possible de penser : tout lui est présent ensemble, sans aucune succession, dans une éternité indivisible. Par conséquent l'Intelligence n'est pas un mouvement : elle est un acte, un et simple, qui exclut tout changement ?, C’est avec la pensée changeante, qui laisse un objet pour un autre, que le temps a pris naissance; et cette pensée ne commence qu'avec l’âme 5. I] semble que Porphyre se renferme ici plus étroitement encore que Plotin dans la théorie péripatéticienne de l’immobilité absolue de l'intelligence.

Cependant l'éternité elle-même n'est pas sans tenir encore quelque chose du temps. La perpé-

D Ibid. 45: Inyÿ γὰρ ἔοικεν οὐκ ἀποῤῥύτω, ἀλλὰ χύκλω εἰς ἑαυτὴν ἀνα-

Ghutobon à ἔχει.

. ᾽ " " ss , ? ei 5% " 2 Ibid. : Οὐδὲ κίνησις ἄρα" ἀλλὰ ἐνέργεια, καθ᾽ ἕν ἐν ἑνὶ, αὔξην τε ἀφηρη- ; : AUS: Ν :

5 Ibid,

tuité indéfinie du mouvement simule l'éternité; mais l’immobile aussi semble multiplier son continuel présent à mesure que le temps passe. En sorte que l'éternité figure le temps, comme le temps figure l’éternitéT. Dans l'immobilité même de l'intelligence éternelle, il y a donc quelque chose encore qui répond et qui ressemble au mouvement.

C'est qu’en effet, quelle que soit l'unité de l’intelligence, elle enveloppe toujours quelque multitude 5. Cette multitude est le monde des zdées. De là dans toute pensée quelque chose toujours d’analogue à la distance et au mouvement.

Or maintenant, si l'objet de l'Intelligence est multiple, elle est multiple elle-même, puisqu'elle est à elle-même son propre objet. Mais, ainsi que Plotin l'avait dit, la pluralité suppose avant elle l'unité 5. Donc par delà , avant l’Intelligence , il y ἃ encore l'Unité absolue, Là seulement cessent enfin toute division, toute pluralité et tout mouvement. Cependant, à l'exemple de Plotin, Porphyre laisse un moment subsister jusque dans l'Un lui-même une sorte de pensée supérieure à la pensée proprement dite. Comme Aristote l’avait montré, lapensée

1 Ibid.

2 Ibid. 15: Ei δὲ πολλὰ καὶ τὰ νοητὰ (πολλὰ γὰρ 6 νοῦς νοεῖ, χαι οὐχ

ἕν), πολλὰ ἂν εἴη χαὶ ἐ 3 Ibid. : Κεῖται δὲ

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