‹ Essai sur la Métaphysique d'AristoteChapitre 177 sur 228 · LIVRE I, CHAPITRE III. &TT · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III. &TT

rites mystérieux qu’elle veut consommer l’identification de l'âme avec Dieu. C’est le temps aussi où elle prétend dépasser de plus loin ces régions de la pensée et de la contemplation où la métaphysique péripatéticienne s’arrétait.

Ce que nous savons de plus considérable des opinions particulières par lesquelles Jamblique se sépara de ses prédécesseurs, touchant la nature et les rapports des principes, c'est que, tandis que les âmes, soit en descendant dans les corps, soit même en péchant, ne cessaient pas, selon Plotin, de demeurer dans l'intelligence par leur partie supérieure, et d’y vivre de la vie pure de la contemplation, selon Jamblique elles descendaient et elles péchaient tout entières. Qu'est-ce qui pèche, en effet, quand nous cédons aux séductions des passions, si ce n’est la volonté? Or, qu'y at-il de plus élevé dans notre âme? Et comment, au contraire, ne serions-nous pas tous parfaits et parfaitement heureux, si la plus haute partie de nous-mêmes demeurait toujours dans l’état divin de la contemplation *. — Pourtant, d'un autre côté, toute àme reste nécessairement inséparable de l'intelligence; toute la philosophie platonicienne implique que les principes incorporels, en procédant les uns des autres, ne se séparent

“, . * \ - -» ,ὕ + 1 Procl. ἐπ Tim, p. 341: Τί κωλύει χαὶ νῦν ἡμᾶς εὐδαίωονας εἶναι ἀνθρώπους ἅπαντας, εἰ τὸ ἀκρότατον ἡμῶν ἀεὶ νοεῖ χαὶ ἀεὶ πρὸς τοῖς θεοῖς :

jamais. Donc il faut distinguer ici les actes de l'âme et son essence. Elle se sépare de l’intelligence par ses actes, dès qu’elle pèche; elle s’en sépare même par ses puissances, desquelles émanent ses actes : elle lui reste unie par son essence, sa substance, son être 1.

Ce n’est pas tout. Toutes les âmes ne font qu'un, non-seulement en essence, mais en acte aussi, dans J'Ame universelle. Or, l'âme universelle ne saurait déchoir de la contemplation de lintelligence. Comment se peut-il donc que les âmes particulières n’y restent pas toujours avec elle? Cest qu'il faut distinguer, selon Jamblique, l'Ame descendue dans le monde, ou l'Ame intramondaine, dans laquelle toutes les âmes se meuvent, et l’Ame supramondaine?. C'est celle-ci qui seule reste éternellement livrée à la contemplation dans l’Inteiligence universelle ὃ: et par conséquent cette Ame même, les âmes qui tombent n'y tiennent plus que par leur substance et leur être.

Ainsi l'intervalle augmente entre les différents principes. En chacun d'eux on distingue ce qui n’était distingué, selon la philosophie péripatéticienne, que dans les choses sensibles; l'essence, la puis-

1 xd. ibid., 342: H μὲν ἄρα οὐσία oi ἀείζωός ἐστι χαὶ ἀεικίνητος, αἵ δὲ δυνάμεις χαὶ ἐνέργειαι περὶ τὴν ζωὴν χαὶ περὶ τὸν νοῦν ἁμαρτάνειν πεφύχασιν.

? D'après Proclus, ἐπ Tim., p. 93-94, Porphyre aurait déjà fait cette distinclion.

5 Procl. ἐπ’ Tim., p. 191.

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